PORTE-AVIONS BRITANNIQUES EN ORIENT
La fin de la guerre en Méditerranée et dans l’Atlantique permit à la Royal Navy de concentrer ses principaux porte-avions en Extrême-Orient, ou ils formèrent la British Pacific Fleet. L’attaque de la raffinerie de pétrole de Sabang en 1944, de petite envergure selon les Américains, mobilisa cependant quatre fois plus d’avions que lors du raid sur Taranto.
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, au moment ou se constitua la British Pacific Fleet, l’US Navy employait sur une grande échelle l’Aviation navale, s’inspirant de doctrines opératrionnelles qu’il fallait réinculquer aux Britanniques. Un premier pas avait été franchi, au début de 1943. Lorsque le Victorious avait opéré dans le Pacifique avec le Saratoga. Puis, un an plus tard, les Américains prêtaient pour quelque temps le Saratoga au noyau de la nouvelle flotte bitannique, stationnant alors à Ceylan. Ce noyau était formé par l’Ilustrious et d’autres unités principales, qui, en raison de la fin prochaine des hostilités en Méditerranée, étaient désormais en mesure d’intervenir en Asie.
Lorsque la Royal Navy put enfin disposer d’une importante force aéronavale en Extrême-Orient, la guerre du Pacifique touchait à sa fin et cette participation britannique n’avait qu’une valeur de symbole, d’une utilité militaire très marginale en comparaison de l’effort américain.
Après quelques semaines d’intense préparation, les deux porte-avions constituèrent le fer de lance d’une force de 27 navires, appelée TF-70, et qui devait, le 16 avril 1944, attaquer la raffinerie de pétrole de l’île de Sabang, à la pointe nord de Sumatra. Bien que dirigée par un officier britannique, cette force était multinationale, rasemblée derrière six enseignes différentes. Pour les Britanniques ils étaient faciles de déclencher une offensive contre les Japonais. Les deux porte-avions contenant 83 avions, soit quatre fois le nombre d’appareils utilsés à Taranto. Le mois suivant, des manœuvres préparatoires furent effectuées à Surabaya, dans l’île de Java. Si les pertes furent assez faibles et les résultats peu importants, les Britanniques tirèrent de ces exercices des enseignements précieux. Ils s’aperçurent en effet qu’il était capital de faire naviguer le commandant de la force à bord d’un porte-avions, celui-ci ayant, de là, une meilleure vue d’ensemble de la situation (la tradition voulait qu’il porte sa marque sur un navire de guerre). Ils prirent également conscience de la nécessité, lors d’opérations prolongées, de disposer d’un second pont d’atterrissage.
Vers la fin de 1944, le calme revenant dans l’océan Indien, cette zone ne fut plus surveillée que par six porte-avions d’escorte disponibles de la flotte des Indes orientale basés à Ceylan, et servant essentiellement à appuyer la campagne de la XIVe armée, à Burma, avec cent-cinquante avions.
En janvier 1945, de sa base temporaire de Manus, dans les îles de l’Amirauté, au nord de la Nouvelle-Guinée, la British pacific Fleet se déclara opérationnelle. Elle avait accompli la lourde tâche d’assembler er d’organiser l’énorme train de ses navires, de façon à être totalement indépendante dans une guerre mobile l’amenant loin de ses bases habituelles. Comme la TF-57 la BPF était commandée par le vice-amiral Rawling, placé lui-même sous les ordres du commandant en chef de la flotte américaine du Pacifique, l’amiral Nimitz, mais elle dépendait de la 5e flotte de l’amiral Spruance. La BPF étai essentiellement constituée de quatre porte-avions et de quelques navires modernes, et elle recevait l’appui de six CVE, sa puissance étant équivalente à celle d’un groupe d’intervention américain. Sa première opération fut la prise d’Okinawa.
Les Britanniques avaient pour mission de détruire les terrains d’aviations japonais, situés dans le Sakishima Gunto, la série d’îles s’étendant entre Okinawa et Formose. Attaquant le jour et se retirant la nuit pour reformer l’escadrille, les assaillants ne rencontrèrent que peu d’opposition les premiers temps, mais le 1er avril 1945, jour des principaux débarquements, le Indefatigable fut touché par un kamikaze.
(À gauche), le Victorious et l’implacable, photographiés depuis le pont d’envol du Formidable, le 10 juillet 1945, alors que la force aéronavale britannique s’apprête à lancer des attaques aériennes contre le sol métropolitain du Japon. Bien qu’embarquant davantage d’appareils que ce quoi ils avaient été conçus, ils restaient en déçà des performances américaines. (À droite), A de nombreuses reprises, la décision britannique de blinder les ponts d’envol des porte-avions se révéla très judicieuse car de nombreux avions-suicides s’écrasèrent en explosant, sans pour autant mettre les navires hors de combat. En revanche, nombre d’unités américaines durent retourner à leurs ports d’attache afin de réparer des ponts d’envol éventrés.
Après un mois d’opérations continues, les Britanniques s’accordèrent un moment de répit, puis revinrent de nouveau à l’attaque, joignant leurs efforts à ceux des porte-avions américains, incapables à eux seuls de mettre un terme à l’activité aérienne des Japonais. Le 4 mai un kamikaze s’abattit sur le Formidable endommageant son pont blindé ; il fallut quatre-vingts minutes pour le remettre en état Le Indomitable fut également atteint. Cette guerre d’usure continua ainsi des deux côtés, jour après jour. Le 9 mai, le Formidable fut touché une nouvelle fois et le Victorious essuya deux attaques. Il n’y eut que quelques morts mais de nombreux avions, à bord, furent détruits. Le 25 mai, Okinawa se trouvant désormais entre les mains des Américains. La TF-57 quitta les lieux après deux mois d’intense activitéé Plus lourd, les porte-avions brtanniques avaient prouvé leur supériorité aux Américains, car si ses derniers n’avaient perdu aucun avion. Beaucoup avaient été sérieusement endommagés et furent par la suite retirés du service.
Au cours des 8 000 sorties effectuées par l’aviation de la BPF pour s’emparer d’Okinawa, prŝ de 85 appareils avaient été détruits, dont la moitié par les kamikazes. Les Britanniques avaient brillé par leurs exploits et les deux flottes avaient bénéficié de leur expérience réciproque.
La bataille du détroit de Surigao
La bataille du détroit de Surigao est l’une des quatre opérations plus connu sous le nom général de bataille du golfe de Leyte. Les japonais suivant le plan Sho-1, avaient envoyé deux détachements (appelés respectivment Force (C) et le deuxième groupe d’attaque) ver le détroit de Surigao. Le premier détachement sous les ordres du vice-amiral Nishimura, comprenait le cuirassé Fuso, Yamasiro et un croiseur lourd, tandis que le second, sous les ordres du vice-amiral Shima, ne comprenait que trois croiseurs lourds. L’objectif désigné était les escadres américaines au large de Samar. Elles devaient être attaquées conjointement avec le premier groupe d’attaque du vice-amiral Takeo Kurita qui comprenait cinq cuirassés.
Nishimura entra dans le détroit de Surigao peu après minuit, le 24 octobre 1944. Deux destroyers précédaient le vaisseau amiral Yamashiro, le Fuso et le croiseur lourd Mogami qui avançaient de front. La première attaque américaine fut menée par des vedettes lance-torpilles et fut repoussée. Mais la seconde ligne de défense était constituée par un groupe de destroyers tous armés de torpilles. La mêlée fut confuse. L’un des destroyers américains lâcha une bordée de cinq torpilles ui toucha le Fuso par le travers. Ce dernier explosa et se brisa en deux parties, qui dérivèrent séparément avant de couler. La dernière ligne de défense américaine était commandée par le contre-amiral Jesse B. Oldendorf et était composée de six cuirassés : Tennessee, West Virginia, Mississippi, Maryland, California et Pennsylvania. Cinq d’entre eux étaient des vétérans de Pearl Harbor. Ils avaient tous été remis en état et bénéficiaient des derniers modèles de radar de conduite de tir. Le Tennessee et le West Virginia ouvrirent le feu à une distance de 20 850 m, suivis peu de temps après par le vaisseau amiral Mississippi et le Maryland.
Pendant un moment, le Yamashiro sembla indifférent à la tornade de feué Bien que touché, il signalait : (Le Yamashiro a été touché par une torpille, mais sa capacité de combat est intacte).
(À gauche), le cuirassé japonais Yamashiro en 1938. (À droite), le Pennsylvania conduit une file de vieux cuirassés de la classe Colorado et trois croiseurs de bataille dans le golfe de Lingayen.
Oldendorf tourna alors sa ligne de bataille pour barrer le (T) à Nashimura, manœuvre classique des cuirassés. Aucun navire n’échappe à une telle puissance de feu. Les témoins oculaires virent le Yamashiro se transformer en brasier. Il chavira finalement, entraînant tout l’équipage dans la mort. Les cuirassés n’avaient plus rien à faire. Les destroyers et les avions achevèrent la deuxième escadre de Shima, coulant tous les croiseurs et destroyers, exception faite du Shigura. La bataille du détroit de Surigao fut la dernière grande bataille de cuirassés et elle restera comme l’un des sommets de la bataille en ligne.
Le sacrifice du Yamato
En avril 1945, pour gêner le débarquement américain d’Okinawa, le plus grand cuirassé jamais construit, le Yamato, fut envoyà pour une mission sans retour. Le débarquement américain à Okinawa marquait en effet, pour le Japon, le commencement de la fin. Mais dans un effort désespéré pour retarder l’énivitable, le cuirassé Yamato effectua sa dernière sortie depuis Kyushu. Il devait servir d’appât, loin d’Okinawa, aux avions américains et rendre ainsi l’île vulnérable aux attaques massives des kamikazes contre les navires de guerre et les transports de troupes. Dans le cas, improbable, ou le cuirassé atteindrait l’île, il avait reçu l’ordre de s’échouer et d’utiliser ses canons de 460 mm pour aider les défensseurs. Il n’avait pas embarqué de carburant de retour.
Cette escadre-suicide, dont le nom de code était TEN GO, comprenait, outre le Yamato, le croiseur léger Yahagi et huit destroyers. Elle quitta la baie de Yokuyama le 6 avril à 16 heures. Le lendemain l’un des destroyers fit demi-tour en raison d’ennuis mécaniques. Les navires légers naviguaient en cercle, entourant le cuirassé Yamato. Le 7 avril, ils furent repérés par les avions de reconnaissance américains. Peu de temps après, quelque 250 appareils partaient à la rencontre de l’escadre japonaise TEN GO. Le Yamato les repéra à environ 30 000 m. Tous les marins de l’escadre japonaise savaient que l’issue fatale ne pourrait être évitée, mais un climat de ferme résolution régnait dans les équipages quand les avions commençèrent leurs attaques. Après une brève accalmie, due à une bourrasque de pluie qui cacha les navires, la bataille commença à 12 h 32 alos que l’escadre n’était qu’à 280 km au sud de Kyushu. Le premier navire à disparaître fut le Yahagi. Puis ce fut le tour du destroyer Isokaze. La première bombe toucha le Yamato à 12 h 40, et dix minutes plus tard, des torpilles le touchaient par bâbord. Puis ce furent huit autres torpilles qui atteignirent leur but sur bâbord et deux à tribord, entraînant une voie d’eau. A 14 h 5, il était évident que le dispoitif de redressement du bateau ne pourrait l’empêcher de gîter et l’ordre d’évacuation fut donné, Une dernière torpille l’atteignit qui ogmenta sa gîte de 20o. Soudain, la coque géante explosa dans d’énormes nuages de fumée.
Le Yamato lors de sa première sortie en mer en 1941. Il n’eut jamais l’occasion de mettre à l’épreuve sa puissance et fut coulé par l’aéronavale américaine le 7 avril 1945.
Soudain la coque géante explosa dans d’énormes nuages de fumée. Les incendies avaient probablement gagné la soute à munitions. Les destroyers encore saufs se hâtèrent de repécher les survivants, mais 2 498 officiers et marins périrent. Après que les derniers rescapés eurent été repêchés à bord du Kasumi, le Fuyuzuki tira une torpille dans la coque du cuirassé et prit le chemin du retour avec les autres navires rescapés. Le Hatsushimo, le Suzutsuki et le Yukikase.
Le Yamato qui brûle après l’attaque de l’aviation allié.
L’opération TEN GO fut un sacrifice innutile ; elle causa la mort de 3 665 marins (446 sur le Yahagi et 721 dans les destroyers, sans compter ceux du Yamato).

































































