LES PROCÈS DE 1945-1948

7 août 2014

DES TONDUES ET COLLABORATEURS

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 2 h 00 min

Des milliers de tondues

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Cette femme est tondue pour avoir collaboré ou habité avec un soldat allemand

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La tonte de cette femme en 1944

Plus les recherches avancent plus les bouches s’ouvrent, plus les crampes mémorielles se dénouent, avec le temps, et mieux nous savons l’ampleur du phénomène des tontes à la Libération: des milliers de femmes, des dizaines de milliers peut-être, sont passées à la coupe zéro, au coin des rues des grandes villes comme sur les places des bourgades, dans les régions qui avaient fortement souffert de l’occupation allemande comme dans celles qui avaient été relativement épargnées, là où le maquis délogea la Wehrmacht au prix de durs combats comme là où la Libération intervint sans combats, des confins pyrénéens à ces marches de l’Est que l’on a longtemps cru, à tort, préservées, de par leur spécificité culturelle.

Le déroulement de la tonte

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Très variable, également, le déroulement même de la cérémonie, où se donne libre cours une troublante imagination populaire: à demi dévêtue, parfois nue, le front, les joues (les seins) couverts de croix gammées peintes au goudron, une pancarte autour du cou, hissée sur une estrade où elle subit une parodie de jugement, plongée dans une fontaine, affligée d’un bonnet d’âne ou d’un collier de chien, exposée, photographiée, astreinte à une conduite de Grenoble en tous les points stratégiques de la localité, parfois battue, voire lynchée, toujours cruellement moquée, la tondue fait l’objet d’un rite de dégradation, de ridiculisation aux variantes infinies.

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Partout, les tontes se présentent comme une fête sauvage une cérémonie, un carnaval ou un charivari destinés à canaliser et purger  les passions populaires, à conjurer le spectre de la guerre civile franco-française et à hâter  le rétablissement de l’ordre légitime. Aussi  trouve-t-on dans la plupart des cas des éléments de scénographie qui les situent au carrefour des fêtes populaires et des grandes scènes de persécution d’antan : cortèges bruyants traversant ville ou village, travestissement de la tondue dont le front s’orne de croix gammées, inscriptions vengeresses inscrites au goudron ou à la peinture sur différentes parties du corps des pécheresses (a fait fusiller son mari, a couché avec les Boches, collabo), exécution de la sentence sur une estrade située devant un bâtiment public. Mélange inextricable de rires et de violence.

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Les dérapages sont légions et cette épuration sauvage sert souvent d’alibi à des règlements de compte personnels. Des femmes sont tondues pour collaboration horizontale avec l’occupant, des maisons sont marquées de croix gammées. Ces débordements sont souvent le fait de résistants de la veille, soucieux de faire preuve d’un zèle qu’on ne leurs connaissait pas face à l’occupant quelques jours auparavant.

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Nous pouvons comprendre, bien sûr, la mécanique selon laquelle la tondue est élue dans le rôle du bouc émissaire: elle est, le plus souvent, une femme sans pouvoir ni prestige (une boniche, pas une Arletty), désocialisée (une réfugiée, fréquemment), une humble, une sans voix, n’entendant rien à ces histoires-là (la politique) et ayant, comme la plupart, tâché de survivre durant les quatre années de privations.

L’inépuisable diversité des tontes

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La tonte de cette femme en 1944

Les tontes se caractérisent à la fois par leur inépuisable diversité et par une homogénéité fondamentale. On tond en effet des femmes de différentes conditions (des hommes, parfois, plus rarement) pour les raisons les plus disparates et dans les circonstances les plus diverses. Ici, une jeune fille est simplement accusée d’avoir entretenu une peu patriotique liaison avec un militaire allemand, et là une femme mûre d’être une indicatrice de la Gestapo.  Ailleurs, on reproche à telle de s’être exhibée avec des notables de la collaboration ou des profiteurs du marché noir; en d’autres lieux, tout simplement, d’être épouse ou fille de milicien notoire, tenancière d’un café où l’on servait les occupants. De même, si la tonte est bien parfois, telle qu’on la décrit habituellement (et un peu facilement) le fait de la foule en délire, des résistants de la vingt-cinquième heure, voire l’heure des cons,  il arrive aussi, plus troublant, qu’elle ne soit pas tout entière spontanéité et débordement.

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Le viol ne manque pas au tableau

Dans un village de l’Ain, Altemare, le commissaire de la République, Yves Farge décrit une maison sur laquelle est cloué un scalp, surmonté d’un bout de papier, portant la sentence du maquis. Des femmes eurent les bouts du sein coupés. D’autres furent tatouées au fer rouge, une autre rasée pas seulement la tête fut contrainte, pour parachever le travail de s’accroupir, nue au-dessus d’un récipient où brûlait de l’essence.

Dans l’arrondissement du Blanc, Mme Y âgée alors de quarante-trois  ans, fut arrêtée chez elle par une bande venue de Villedieu-sur-Indre. On l’amena à Mehun, hameau de la commune de Villedieu, où elle fut pendue, entièrement nue, à une porte, à l’aide de deux chaînes de moto et d’une corde. Les vertèbres craquèrent et elle dut son salut à un réflexe instinctif qui lui fit passer ses doigts entre son cou et la chaîne.

Elle fut ensuite rasée partout, la besogne étant complétée par des brûlures au briquet. Après quoi, on la frappa brutalement à coup de barre de fer et de crosses de mitraillettes. Le même soir, vers 10 h 30, on l’obligea à se coucher nue. La tête contre le mur, le dos au sol, les jambes écartées à l’aide d’une corde à coulisse que l’on serrait à volonté. La séance dura environ deux heures. Puis quatre prisonniers furent contraints, sous la menace de coups d’abuser de la malheureuse.

Pareille scène se renouvelèrent continuellement jusqu’au matin. Le lendemain, vers 9 heures, on l’ammena en camion à Neuilly-les-Bois, puis en forêt de Lancosme, où elle fut de nouveau frappée. C’est là qu’’un Noir, invité à abuser de la prisonnière, refusa catégoriquement. Le calvaire de la pauvre femme prit fin à Château-Robert, près de Vendoeuvres. Elle fut examinée par deux docteurs et resta en prison, dans différentes résidences du 23 août au 24 novembre. Pour une fois, il arriva que l’affaire ne fût pas étouffée et que des sanctions judiciaires fussent prises, ultérieurement, contre les coupables.

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L’interrogatoire de ses deux femmes en 1944

Un certain nombre de femmes sont exécutée sommairement dans les heures suivant la Libération, d’autres mettent fin à leurs jours quand on vient les arrêter ou, plus tard, en prison. On leur peint des croix gammées sur le visage, quelques-unes sont marquées au fer rouge. Les interrogatoires sont un cauchemar. Je ne me rappelle plus rien, dit la mère d’Henriette. Ma tête a volé d’un côté et de l’autre tellement on m’a frappée. On me posait toujours et toujours les mêmes questions. Ils voulaient savoir comment lui, cet Allemand, il se comportait au lit. Je ne répondais pas. Et je recevais une nouvelle une nouvelle gifle. Ma tête volait à gauche. Ils m’ont même demandé combien de centimètres mesurait son sexe. Je ne répondais toujours pas. Alors on continué à me gifler. Et ma tête volait à droite. Je n’arrive même pas à te raconter tout ce qu’ils voulaient ces hommes, mes compatriotes.

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Malheur aux vaincus, tel est le mot d’ordre de l’été 44, dans une France tout juste libérée. Il suffit d’avoir eu des contacts, pas forcément intimes, avec des militaires allemands, d’être victime de la délation qui prolifère, pour aller au pilori. Taxées de collaboration horizontale, des femmes par milliers sont promenées dans les rues, la plupart tondues, quelquefois nues, sous les huées d’une foule haineuse.

La photo de Robert Capa

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La photo d’une femme tondue par Robert Capa

Sur l’une des célèbres photos de Robert Capa, apparaît une proscrite de la Libération pourchassée par la foule pour avoir collaboré avec l’occupant. La femme porte un nourrisson dans ses bras. Le photographe américain a pris, ce 18 août 1944 à Chartres, deux clichés de la malheureuse. On la voit marchant au milieu d’une multitude de femmes, suivie de quelques fillettes et d’hommes goguenards. Le spectacle n’est pas coutumier. Il est de ceux, cocasses et cruels, dont les foules sont friandes. La femme est précédée d’un gendarme. L’uniforme donne à la scène un semblant de légalité. Sans doute l’emmène-t-on en prison. Un homme porte son baluchon, carré de linge blanc noué hâtivement. Témoin de cette chasse aux sorcières à la française, le reporter questionne des badauds. Ils ne savent pas si cette femme est accusée d’avoir eu une liaison avec un Allemand ou d’avoir dénoncé des Français qui écoutaient Radio Londres. Nous penchons pour la première hypothèse, vu l’enfant à son bras.

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On a tondu plusieurs milliers  de femmes, des dizaines de milliers peut-être. Les recherches les plus récentes sur les tontes font apparaître que l’on a tondu dans les grandes villes comme dans les bourgades, dans les régions où le maquis avait durement affronté l’occupant  et ses séides français, comme en Dordogne, et  dans celles où la présence massive de ces derniers empêchait l’action de la Résistance, comme dans le Cotentin, dans les localités où de rudes affrontements avaient eu lieu entre les Alliés et la Wehrmacht comme dans d’autres où les Allemands s’étaient retirés sans combat.

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Dans un petit village breton, un jeune homme des forces Françaises de l’intérieur passe à la tondeuse une fille accusée d’avoir (collaborée) avec l’occupant allemand.  Le tableau de chasse de ce coiffeur improvisé a dû revêtir une certaine importance si l’on en juge par l’amas de chevelure dont le sol est recouvert.

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Une femme a été tondue, Un jeune patriote la tient en joue.

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À Chartres, une suspecte vient d’être arrêtée par une douzaine de jeunes F. F. I armés.

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À Paris, deux femmes sont amenées à la Préfecture de Police le 25 août 1944.

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À Paris, cette femme tondue, accusée d’avoir fait fusilier sont mari, vient d’être arrêtée.

Colère dans le sud

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La colère gronde dans le sud après la libération

Dans le Midi, les manifestations de joies ou de colère sont évidemment plus colorées, mais aussi plus cruelles que dans le Nord. A Sarlat, note un témoin, une sorte de folie règne partout. La contrepartie du régime d’occupation est terrible. Les femmes qui ont été avec les Allemands souffrent le plus. Nues jusqu’à la ceinture, une croix gammée douloureusement tatouée sur la poitrine, elles sont promenées dans la ville. On leur coupe les cheveux à ras. Le cuir chevelu avec, car le sang coule.

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Le procès de Mme Polge est un épisode culminant des journées nîmoises. Cette jeune femme très belle était devenue l’amie du commandant allemand de la place. Beaucoup de Nîmois eurent recours à elle pour arranger nombre d’affaires. Son procès est attendu par la population avec autant d’impatience qu’une corrida. L’accusée est condamnée à être tondue et promenée dans la ville avant d’être fusillée. La foule s’acharnera plusieurs heures sur son cadavre qui sera transpercé, de la manière qu’on imagine, avec un manche à balai.

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Dans les jours qui suivent la Libération de nombreuses femmes sont tondues. Face à cette expédition expéditive, le 10 septembre, une affiche signée par les responsables de la Résistance d’y mettre un terme.

La chasse aux collaborateurs

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Ces tribunaux, des régions dans lesquelles ils opèrent (essentiellement l’ancienne zone non occupée) de l’intensité de l’activité milicienne dont il s’agit de se venger, des horreurs découvertes après le départ de l’armée allemande, horreurs dont les collaborateurs qui n’ont pas fui sont, à tort ou à raison, rendus responsables. Les commissaires de la République, choisis et désignés dans la clandestinité, bien avant la Libération, pour maintenir l’ordre et jeter les bases d’une république nouvelle, ont beau prendre des arrêtés mettant fin à l’existence des  tribunaux militaires ou autres cours martiales, il faut du temps, dans certains départements, pour que leurs ordres soient suivis d’effet.

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Procès de collaborateurs en 1944

Sans doute la justice mettra-t-elle bien des mois avant de rentrer. Dans les voies de la légalité. Et les anomalies ne manquent pas. Ainsi les jurés des cours de justice sont-ils systématiquement choisis parmi les résistants, c’est-à-dire parmi les adversaires de ceux qu’ils ont à juger; ainsi les prévenus ne peuvent-ils se réclamer de l’obéissance à un gouvernement déclaré illégal depuis le 16 juin 1940 ; ainsi tous les magistrats, à une exception près, ayant prêté serment au maréchal Pétain (serment exigé par l’acte constitutionnel numéro 10 en date du 4 octobre 1941), sont les hommes qui ont, quelques mois plus tôt, jugé et condamné des gaullistes et des communistes, et doivent maintenant juger et condamner des collaborateurs. Une situation que la défense, lorsqu’elle sera libre de s’exprimer, ne se fera pas faute de dénoncer. Avec ses excès, ses négligences, ses lenteurs profitables aux accusés, la justice d’après septembre 1944 sera infiniment moins rude et moins sanglante que la justice sommaire des tribunaux du peuple ou des cours martiales, pour ne pas parler de la justice exercée à titre de représailles ou de vengeances.

De 30 000 à 40 000 Français ont été abattus, dans des proportions inégales suivant les régions. A Marseille 800 corps non identifiés auraient été jetés dans le Jarret. A Avignon, 46 exécutions sommaires recensées.

Dans la région de Limoges, près d’un millier, sans compter un charnier qui ne fut pas ouvert et dont on évalue le contenu à 200 ou 300, tués par les maquisards A Poitier, pas d’exécutions sommaires signalées parmi les Français : mais des prisonniers allemands, d’origine russe ou géorgienne sont massacrés sur la Place d’Armes, par une foule en délire. Dans les Deux-Sèvres, quelques exécutions sommaires. A Clermont-Ferrand, dans les quarante-huit-heures de troubles qui suivirent la libération, il y en aurait eu entre 130 et 150. Dans un rayon de 100 kilomètres à la ronde, l’exemple de la plus grande ville est suivi. A Bironde, le premier jour, une vingtaine d’exécutions. A Lyon, 7 à 800, A Lunéville, 30.

Tous ces meurtres Non pas la même origine. Les uns sont commis à la suite d’acte de trahisons indéniables perpétrés  au profit des Allemands contre les troupes du maquis, les autres pour des raisons injustifiable.

Un exemple

Vers onze heures un mardi soir, une auto s’est arrêtée dans la cour et V, et est sorti par derrière de la maison pour aller dans l’obscurité se rendre compte de la qualité des visiteurs. Il avait le sentiment que (les maquis lui reprocheraient sa dénonciation. Entendant les occupants de la voiture descendre à terre et faire semblant de s’exprimer en allemand, le malheureux est allé vers eux et leur a dit AH! Vous êtes des Allemand, alors je n’ai rien à craindre de vous. Il avait lui-même prononcé sa condamnation à mort. Les autres ont joué le jeu.

Poursuivant toujours son idée il ne leur a fait grâce d’aucun détail en rajoutant encore, pour leur demander enfin (J’espère que vous aller libérer mes enfants pour me récompenser). Ils lui ont promis. Complaisamment, il leur a raconté comment (Alfred), de la Gestapo, était venu d’abord, qu’il l’avait retenu à déjeuner, qu’’il lui avait fait faire une belle omelette.

Les visiteurs du soir lui ont alors demandé de les conduire à l’endroit où étaient les conteneurs. Sa femme voulait d’abord les restaurer, ils ont refusé. Au retour, nous nous arrêterons. Le jeune fils voulait l’accompagner; eux n’ont pas voulu, il n’y avait pas de place dans la voiture, on ne devait plus le revoir vivant; un voisin a entendu, du côté des bois des coups de feu, vers 24 heures. Le narrateur conclut son récit en écrivant : Pauvre homme, moi qui sais les mobiles qui l’ont poussé à agir, je suis prêt à lui pardonner.

Les tribunaux d’exceptions

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Procès populaire à la libération 1944

Au lendemain de la libération de Limoges par les Francs tireurs et partisans, le 22 août, leur chef, le colonel Guingouin, instaure un tribunal militaire (anticipant de trois jours sur l’arrêté du commandant des Forces françaises de l’intérieur, le colonel Rivier). Trois cents personnes comparaîtront devant la cour de justice militaire de Limoges, du 24 août 1944, date de sa première audience, jusqu’au 14 septembre. Soixante-quatorze seront condamnées à mort et toutes exécutées. Cette justice d’exception s’exposait à d’inévitables abus. On citera le cas d’un des condamnés par la même cour martiale de Guéret, qui passera devant le poteau d’exécution pour avoir, agent d’assurance, établi une police pour le camion et les locaux de la Milice. Les états de service remarquables de l’agent d’assurance pendant les deux guerres mondiales ne lui avaient valu aucune forme d’indulgence de ses juges. Lorsque le commissaire de la République, Pierre Boursicot, prendra ses fonctions, les cours martiales du Limousin auront largement entamé l’épuration.

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Exécution de trois collaborateurs reconnus. Ils ont été fusilier

Comparés aux exécutions individuelles qui ne s’embarrassent d’aucune formalité et dont les victimes offrent le plus large éventail social et politique, quand il ne s’agit pas de vengeances personnelles, les jugements des tribunaux d’exception s’efforcent en général de conserver les apparences de la légalité, alors même, ne l’oublions pas, que la France n’est pas totalement libérée et que la guerre n’est pas terminée. Le sud de la France et plus spécialement le quart sud-ouest  (le Limousin) voient se développer les tribunaux d’exception, ce qui n’est pas étonnant dans des régions où la Résistance s’est montrée très active, la répression allemande, parfois jumelée avec l’intervention de la Milice, la plus sauvage.

Le lynchage

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Lynchage d’un collaborateur par des civils

Cette répression improvisée prend parfois un tour plus tragique. Sans s’embarrasser de scrupules juridiques, certains résistants assassinent des victimes convaincues  parfois sans preuves matérielles  de collaboration. Dès la Libération de Cavaillon, par exemple, un imprimeur qui a travaillé pour les Allemands est passé par les armes. Dans cette même ville, deux jeunes miliciens sont fusillés le 1er novembre 1944, bien que le préfet et le président du Comité de Libération aient tenté de s’interposer. Circonstance aggravante, un lynchage a précédé leur exécution.

Les miliciens de Grenoble

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Les miliciens de Grenoble dans le box des accusés

Six jeunes miliciens de l’école de formation d’Uriage dans l’Isère, sont condamnés à mort, le 2 septembre, par la cour martiale de Grenoble et fusillés le jour même. Ces condamnations et ces exécutions ne retiendraient pas spécialement l’attention si l’on ne considérait le jeune âge des condamnés, l’absence de charges sérieuses à leur encontre (aucune forme d’engagement contre la résistance), les circonstances de leur arrestation, de leur condamnation et de leur exécution. Avoir été milicien pendant l’été 1944, et au-delà, et quelles que soient la nature de cet engagement et les responsabilités encourues, expose à l’exécution sommaire ou à la sévérité d’un tribunal d’exception.

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L’exécution d’un des membres de la milice de Grenoble

Les douze miliciens comparaissent devant une cour martiale, formée à l’initiative du préfet Reynier, assistés par un avocat, le choix d’un défenseur ayant rencontré mille difficultés. Les membres du Barreau, à Grenoble comme ailleurs, refusent le plus souvent de s’engager, voire de s’exposer. Grenoble ne fera pas l’exception. Le procès devant la cour martiale se déroule dans un chahut monstre d’une foule au comble de l’excitation qui couvre l’avocat, Me Guy, d’insultes et de menaces à tel point qu’on devra le faire escorter par des gendarmes.

La foule se retrouve, en masse, pour ne rien manquer de l’exécution des six condamnés à mort : les amateurs du spectacle se précipitent à pied, à bicyclette ou dans des voitures délabrées. Bientôt six corps s’affaissent sous les balles du peloton, dans le crépuscule froid et pluvieux de septembre. Le journaliste américain John Osborne qui rendit compte de l’événement dans le magazine Life écrivit que la foule fut prise d’un délire collectif et que les maquisards durent éloigner des individus qui cherchaient à atteindre les six cercueils où devaient être déposés les corps des victimes.

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Milicien pendu à la libération 1944

Perpignan, quatre mille suspects sont soumis à des traitements horribles. L’abbé Niort, de Tautavel, âgé de 65 ans, a le thorax enfoncé et les côtes cassées. On lui arrache les ongles, les cheveux et des morceaux de chair avec des tenailles. Condamné par une cour martiale, on doit lui faire des piqûres pour qu’il tienne jusqu’au poteau. Dès qu’il s’effondre, la foule se précipite sur son cadavre. Des femmes frappent le mort. D’autres urinent sur lui. Quelques mois plus tard, l’abbé sera réhabilité à titre posthume. A  Aix-en- Provence, sur le majestueux cours Mirabeau, les cadavres de trois jeunes miliciens pendus se balancent plusieurs jours. Dessous, on fait défiler les enfants des écoles. Il n’est jamais trop tôt pour apprendre.

Massacres à Nîmes

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Nîmes en 1944

Nîmes, le maître des cérémonies est le commandant Boulestin, de son vrai nom, Teussier, ivrogne notoire qui, jusque-là, vendait des cacahuètes et des lacets dans les rues. Il se déplace en voiture sur laquelle il a fait peindre son nom de guerre en lettres énormes. Le noyau des F.T.P. de la ville est constitué d’Espagnols rouges, d’Indochinois du Mouvement Ouvrier International et de Russes de l’armée Vlassov qui ont changé de camp. L’exploit principal de Boulestin est l’organisation des tueries sur la place des arènes de NÎmes, le 28 août 1944.

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La chasse aux collaborateurs dans le sud de Nîmes

Ce jour-là, il prend livraison de neuf miliciens à la prison populaire. Il les fait aligner les bras levés, puis il organise un défilé à travers la ville. On jette sur les malheureux des détritus et on les frappe. Un haut-parleur convie les honnêtes citoyens à participer aux réjouissances. Arrivés aux arènes, les suppliciés sont collés au mur. Couvrant les cris de la foule, les fusils crépitent. Des énergumènes se précipitent. Ils écrasent les corps à coups de talon. Des femmes hystériques trempent leur mouchoir dans leur sang. La scène dure deux bonnes heures. C’est là que sera exécuté dans d’atroces conditions, Angelo Chiappe, préfet régional d’Orléans, ancien préfet de NÎmes où, à la Libération, on le réclama. A partir du 9 septembre, toujours à Nîmes, une cour martiale juge les suspects par paquets de 20. La foule se rue sur les accusés à leur arrivée pour les frapper. Ce jour-là, il y a 6 exécutions. Le 11 septembre, on en tue 5 autres, ainsi que le 14 et le 18. On exécute aussi en dehors de cette procédure. On exécute après un simulacre de jugement le président du Tribunal de Nîmes, le préfet de la Lozère, Dutruch, ou le commandant de gendarmerie Brugnère, que l’on réhabilitera ensuite. Les corps des victimes sont entreposés dans la cour du lycée avant d’être jetés à la fosse commune. On en dénombre parfois 34 ensembles.

Le petit Godard

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L’épuration à la libération des collaborateurs

A Paris, il y a plusieurs prisons clandestines mais la geôle la plus sinistre est installée à l’Institut dentaire de l’avenue de Clichy, où sévissent d’authentiques truands, tel José Redrossa, et des spécialistes de la torture. L’un des anciens pensionnaires de l’établissement en a conté les scènes hallucinantes Les F.T.P. ont amené Godard. Godard, c’était le jeune homme qui s’était jeté du second étage, la veille, parce qu’on le torturait trop. Il n’avait que vingt ans. Mais il avait appartenu à la L.V.F., le petit imbécile. Et les F.T.P. n’aimaient pas ça. Ils l’ont battu et torturé plusieurs fois, là-haut, au second étage, avec je ne sais quelle science chinoise. C’était trop pour ce petit Godard de vingt ans. A un moment, sans doute, il n’a pu en endurer plus, de tout son corps d’enfant qui souffrait, qui saignait. Il a voulu s’échapper, n’importe comment. Il s’est jeté à travers la fenêtre, emportant au passage du bois, des vitres. Et ils l’ont ramassé en bas, les jambes brisées. L’un d’eux l’a rapporté dans la salle, sur son épaule. Et les jambes de Godard lui pendaient dans le dos, comme des choses mortes.

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Épuration en France en 1944-1945

Ils l’ont jeté sur une paillasse, dans un coin. Il est resté là toute la nuit. Et ce fut un drôle de nuit. Personne n’a pu dormir. Les prisonniers jusqu’au matin ont entendu le petit Godard qui avait voulu fuir la torture et qui n’avait pas réussi. Il a souffert toute la nuit par ses jambes brisées. Il criait de douleur. Il appelait sa mère. Ou bien il râlait, longuement, comme s’il allait mourir. Nul ne l’a soigné, puisqu’il devait être fusillé au matin. C’eût été du temps perdu. Les F.T.P., parfois, en passant, le traitaient de salaud, et lui ordonnaient de se taire. Au matin, donc, ils l’ont amené jusqu’au mur, sur un brancard. Ils ont essayé de le mettre debout, de le faire tenir, tant bien que mal, en l’appuyant au mur, pour le fusiller, selon les règles. Mais le petit Godard s’est aussitôt effondré, sur ses jambes brisées. Alors ils l’ont remis sur le brancard et ils l’ont tué dessus. C’est ainsi qu’a fini de souffrir le petit Godard.

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La chasse aux notables de 1944

La liste serait interminable de ces notables assassinés en raison de leur fonction sociale : le général Nadal ; Lacroix, syndic de la corporation paysanne de Haute-Savoie ; Daniel Bedaux, ancien adjoint du général de Castelnau. Le baron Henri Reille-Soult, notable de la Vienne et authentique résistant, est assassiné le 19 octobre 1944. En Haute-Savoie, le comte de Sales est abattu en pleine rue, alors que deux gendarmes le conduisent au tribunal. Dans le Puy-de-Dôme, le grand aviateur Jean Védrines est abattu sous les yeux de sa femme et de ses enfants. Il avait été attaché pendant quelques semaines au cabinet du maréchal Pétain en1940.

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Notables surveillé par deux gardes armées du Front de Libération

Le comte Christian de Lorgeril, âgé de 59 ans, combattant des deux guerres, est propriétaire d’un vaste domaine et d’un château historique. Sous le prétexte qu’il a toujours professé des idées monarchistes, les F.T.P. l’arrêtent le 22 août 1944. Complètement dévêtu, le malheureux est d’abord contraint de s’asseoir sur la pointe d’une baïonnette. Puis les tortionnaires lui sectionnent les espaces métacarpiens, et lui broient les pieds et les mains. Les bourreaux lui transpercent le thorax et le dos avec une baïonnette rougie au feu. Son martyre n’est pas fini. Il est plongé dans une baignoire pleine d’essence. Leur victime s’étant évanouie, ils le raniment en l’aspergeant d’eau pour répandre ensuite sur ses plaies du pétrole enflammé. Le malheureux vit encore. Il ne mourra que cinquante-cinq jours plus tard, dans des souffrances de damné. Les responsables de ce crime et de bien d’autres, commis notamment sur la personne de détenus à la prison de Carcassonne, seront traduits plus tard devant les juges. Trois furent condamnés à 10, 7 et 5 ans de prison. Les autres furent acquittés. Leurs avocats avaient invoqué les instructions du général de Gaulle comme les défenseurs de miliciens invoquèrent celles de Pétain.

Le salon de l’épicier

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La chasse aux collaborateurs en France 1944

Voici le collabo jeté dans une pièce qui a dû être le salon de l’épicier. S’y trouvent déjà un gendarme portant au front la mention vendu, tracée à l’encre, un négociant de Marmande dont le visage tuméfié dit le traitement qu’il a da subir, trois dames légères au crâne rasé et un garçon de quatorze ans, qui s’est inscrit aux Jeunes du P.P.F. Au cours de la nuit, le salon reçoit un nouvel hôte. Un garagiste de La Réole. Il a été sérieusement  tabassé pour avoir effectué des réparations aux voitures des officiers allemands. L’un de ses cousins, accusé d’avoir  vendu sa marchandise aux occupants, a été, avec sa femme et son fils, collé à un mur et abattu à la mitraillette. Un des gardes-chiourme leur apporte du pain. Ce sera le seul ravitaillement durant les trois jours et les trois nuits passées dans cette première geôle. Le gardien leur annonce l’arrivée d’une grosse prise. Un dénonciateur capturé à Nérac. Vous allez entendre ce que vous allez entendre. L’homme est enfermé dans la cave. On entend les coups mats de gourdins et de nerfs de bœufs assenés sur son corps nu. Cela dure des heures. Parfois les hurlements cessent. Mais le supplice n’est pas achevé. De longs râles disent qu’il n’a pas fini de souffrir. Il sera achevé au matin.

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Après la libération de Nancy, un collaborateur est forcé de tenir au dessus de sa tête la photographie d’un officier allemand.

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Un autre arrestation à Rennes

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Après la libération de Paris place des Pyramides. Des membres des Forces Françaises de l’Intérieur prennent sous leur protection un individu malmené par la foule qui avait déchiré son pantalon.

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D’abord des images terribles en noir et blanc : celles d’un homme qu’une foule en furie maltraite, brutalise, frappe puis accroche par les pieds en haut d’un lampadaire. L’homme se débat. Ses gestes se font ensuite plus rares et, enfin, du moins on le devine, il meurt. La corde qui le retenait est coupée sans ménagement et son corps tombe au sol comme un vulgaire paquet de linge sale. On avait déjà pu voir ces images dans le film Été 44 de Patrick Rotman, qui les avait utilisées à l’état brut, sans commentaire. Daniel Scheidemann a eu l’excellente idée de chercher à en savoir plus et de mener, avec la collaboration de Christelle Ploquin, une enquête sur cette scène atroce qu’on avait d’abord située à Vichy pendant l’été 1944. En fait, la scène se passe à Cusset, un petit village proche de Vichy, et se déroule le 2 juin 1945, soit près d’un an après la Libération. Plus que la révélation de ce décalage chronologique, c’est la reconstitution de la genèse de cette tragédie, par le croisement des témoignages et des documents, qui donne tout son intérêt historique.

Personnages célèbres emprisonnés

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Arletty, une prisonnière célèbre

Parmi les plus célèbres de ces prisonniers n’y a-t-il pas la comédienne Arletty (à gauche) qui, au moment de l’épuration, a déjà inscrit son nom au générique de chefs-d’œuvre tels que Hôtel du Nord, le jour se lève ou les visiteurs du soir, une vedette à qui l’on reprochait d’avoir eu des relations avec des duchesses et des comtesses. Arrêtée, elle se retrouvera dans la même geôle que Tino Rossi qui, lui, offrait sa voix aux autres détenus, pendant les offices religieux.

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Mary Marquet

Également enfermée: Mary Marquet l’actrice de théâtre entrée depuis vingt ans à la Comédie française où elle était devenue sociétaire et à qui on reprochait des articles écrits dans la revue Aujourd’hui, une revue dont le directeur n’était autre que Georges Suarez, l’un des journalistes fusillés.

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Pierre Fresnay

Pierre Fresnay, également inquiété et emprisonné passait son temps de réclusion à frotter son carrelage à la paille de fer. Cet acteur qui était lui aussi passé par le théâtre, notamment le Français, avant d’être appelé par le cinéma, fut révélé au grand public dans le corbeau. C’est justement ce rôle du docteur Germain accusé par des lettres anonymes d’être l’amant de l’épouse de l’un de ses confrères dans une petite ville de province, qui va faire de Pierre Fresnay un homme suspect aux yeux des membres de ces juridictions d’exception. Le film, présenté dans les salles de cinéma outre-Rhin sous le titre Province française, et son interprète principal furent accusés d’avoir voulu réaliser une entreprise d’avilissement propre à montrer la dégénérescence du peuple français à travers les habitants d’une petite ville provinciale.

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L’arrestation de Sacha Guitry par la Résistance 1944

Le 23 août 1944 à 10 heures du matin Sacha Guitry est arrêté à son domicile par deux hommes armés. On ne lui laisse pas le temps de s’habiller et on l’entraîne dehors. Pour un spectacle, c’est un spectacle ! L’auteur dramatique se décrira lui même: Mon pyjama se compose d’un pantalon jaune citron et d’une chemise à larges fleurs multicolores. Je suis coiffé d’un panama exorbitant, et quant à mes pieds, qui sont nus, ils sont chaussés de mules de crocodile vert jade. Il est conduit ainsi vêtu, par les rues, jusqu’à la mairie du VII » arrondissement où il est brièvement interrogé dans la cellule 117. Ce 23 août commencent les épreuves de Sacha Guitry en prison et ses démêlés avec la justice. Il racontera d’ailleurs tout cela dans un ouvrage édité en1949 qui s’intitule Soixante jours de prison et qui succède à Quatre ans d’occupations paru en octobre 1947. On l’accuse d’antisémitisme lui qui, dénoncé par le Pilori, est obligé de se disculper de l’être alors même qu’il vient en aide à des amis juifs. De là à l’arrêter… Depuis 1942, Radio Londres et les journaux de la Résistance font circuler des listes noires de collaborateurs. Dans l’un de ces journaux, Guitry est condamne a mort. L’époque de souffrance se prête à la revanche. Le seul fait d’avoir fréquenté l’ennemi est considéré comme suspect. Guitry ne peut nier ses fréquentations et tous les arguments développés dans ses livres de souvenirs écrits après l’occupation ne peuvent occulter certains faits accomplis au moment où des hommes et des femmes mouraient sous la torture, les balles et la hache, dans des camps.

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Sacha Guitry

Pendant l’Occupation, Sacha Guitry ne va pas manquer d’occupations et ce sont elles qui vont le mener, en fonction de l’interprétation qu’on leur donne, au respect ou au déshonneur. Lorsqu’il arrive à Paris il fait des démarches auprès du préfet Jean Chiappe et du recteur de l’Académie de Paris chargé des affaires culturelles pour obtenir la réouverture des théâtres, et il reprend dans son théâtre de la Madeleine une pièce créée en 1919 : Le Pasteur. Le voilà aux prises avec les autorités allemandes qui, devant le nationalisme de la pièce, veulent la censurer. Encore une fois des démarches. Encore une fois il obtient gain de cause. L’homme est habitué aux succès. Il n’a connu que la gloire. Tout cela lui paraît naturel. Tout au long de la guerre, les interventions, les sollicitations auprès des Allemands vont se succéder. Sacha en a les moyens, il a l’impunité des gens célèbres, il a les relations et les occasions ne manquent pas. A la prison de la Santé, il est enfermé dans la cellule 42 avec ex-ministre de l’Éducation de Pétain. Prisonnier, il subit menaces, insultes et aussi… demandes d’autographes. Pour qui est habitué au confort de l’hôtel particulier, la promiscuité, la saleté, le manque d’hygiène tout cela n’est pas très réjouissant. Le prisonnier reçoit quelques colis apportés par son chauffeur. Bientôt Tristan Bernard intercède auprès du juge d’instruction en faveur de celui qui l’a sauvé en 1943. Le 24 octobre 1944, deux mois après son arrestation, Sacha Guitry est libre. Le 8 août 1947, le commissaire du gouvernement rend une décision de non lieu, rien n’ayant été trouvé au cours de l’enquête et beaucoup d’accusations ayant  été reconnues comme fausses.

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Paul Morand Auteur d’Ouvert la nuit, ami de Proust, publie en 1941 son chef-d’œuvre, l’Homme pressé. Décoré de la francisque, ministre plénipotentiaire. Préside la Commission de Censure cinématographique. Laval le nomme ambassadeur à Berne en juillet 1944 pour lui éviter l’épuration.

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Jean Giono Ses romans célébraient la terre avant que Vichy n’y trouve un de ses mythes. Mis à l’index pour avoir beaucoup côtoyé l’occupant. La NRF de Drieu publie ses textes etla Gerbe ses entretiens, trois de ses pièces sont montées à Paris occupé. Incarcéré cinq mois à Saint-Vincent-les-Forts, libéré le 2 février 1945.

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Lucien Rebatet Une des meilleures plumes de la collaboration, mais aussi l’une des plus violentes. Critique musical et cinématographique, entre à Je suis partout dès 1933. Auteur des Décombres, best-seller de l’Occupation, paru chez Grasset en 1942 et tiré à100000 exemplaires. Condamné à mort le 23 novembre 1946, puis gracié. Amnistié en juillet 1952.

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Georges Suraez Premier intellectuel fusillé. Ancien biographe de Briand, Poincaré, Clemenceau. Anti-allemand durant la drôle de guerre. Compagnon de Doriot puis de Déat. Se rapproche d’Abetz. Juger pour ses articles dans Aujourd’hui, journal subventionné par l’occupant. Condamné à mort et exécuté le 9 novembre 1944.

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René Bousquet (en col de fourrure)

Secrétaire général à la Police en avril 1942. Signe avec Oberg (chef de la Gestapo en France) les accords autorisant la livraison par la police française des juifs étrangers. Condamné en 1949 à cinq ans de dégradation nationale, peine levée aussitôt pour services rendus à la Résistance. Abattu à Paris le 8 juin 1993.

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Charles Maurras Maître à penser de l’intelligentsia nationaliste du début du siècle. Patron de l’Action française. Accueille l’avènement de Pétain par un célèbre divine surprise! Dépassé en virulence par ses anciens disciples, référence constante d’un Brasillach ou d’un Vallat. Condamné en 1945 à la réclusion criminelle à perpétuité. Mort en 1952.

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Henri Béraud Prix Goncourt 1922 pour le Martyre de l’obèse. Éditorialiste de l’hebdomadaire Gringoire. Auteur du brûlot Faut-il réduire l’Angleterre en esclavage? Deviendra collaborationniste militant. Condamné à mort peine commuée en réclusion à perpétuité  puis à résidence surveillée dans sa maison de l’île de Ré, où il meurt en 1958.

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Pierre  Drieu La Rochette Symbole d’une génération d’intellectuels qui crut déceler dans l’Allemagne nazie un renouveau de l’Europe. Écrit dans Révolution nationale des articles résolument fascistes et européens. Dirige la prestigieuse NRF de Gallimard, où il fait entrer Bonnard et Fabre-Luce. Se suicide le 16 mars 1945.

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Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline En juin 1940, hésite à s’embarquer pour l’Angleterre. Publie dès 1941 les Beaux Draps, pamphlet politique violemment antisémite. Stigmatise la mollesse du commissariat aux juifs de Vallat. Fuit au Danemark. Condamné à un an de prison par contumace en 1950 et à l’indignité nationale, rentre un an plus tard.

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Louis Renault Fondateur des usines Renault, soupçonné d’avoir freiné l’effort de guerre demandé par Daladier en 1939, puis livré à l’Allemagne plus de 32000 véhicules durant l’Occupation. Meurt en prison le 24 octobre 1944. Le 15 novembre est décidée la confiscation des biens de la Société des Usines Renault.

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Yves Farges

Il est toujours difficile de modérer une troupe que l’on a mobilisée sur des thèmes insurrectionnels. M. Paganelli ne fut pas le seul commissaire de la République à en faire la dure expérience. A trois reprises, à Lyon, Yves Farges se heurte aux excités de la rue. Une première fois, il est arrêté par des jeunes gens armés qui prétendent le reconnaître comme un collabo. Il ne doit son salut qu’à des amis qui le suivaient et qui interviennent. Les deux autres aventures sont directement liées au combat que Farge mena contre l’épuration sauvage. Un jour, il est alerté par le préfet de la Drôme alors qu’il vient de gracier un condamné à mort jugé à Valence. Selon le préfet, une manifestation organisée pour protester contre cette clémence risque de dégénérer en émeute. Yves Farges se fait conduire aussitôt sur place et décide les protestataires à le suivre dans une salle des fêtes où il leur expliquera les motifs de sa décision. Conspué sans arrêt par une majorité de F.T.P., il apprend bientôt que, tandis qu’il parlait, la foule a enfoncé les portes de la prison et fusillé le condamné ainsi que quatre autres détenus. Quelque temps après, la Cour de cassation ayant annulé la sentence qui condamnait à mort l’ancien préfet Ani Éli, une foule furieuse envahit la prison Saint-Paul à Lyon. Mais Farge, qui a été prévenu, joue d’audace. Lorsque la cohue arrive à la cellule d’Angéli, elle trouve Farges debout sur le lit entourant de ses jambes le prisonnier. -Vous ne toucherez pas à un cheveu de cet homme, tant que je serai vivant, dit-il.

La sanglante épuration spontanée de 1945 en Italie. Les pertes des antifascistes seraient de 29 000 personnes, ainsi réparties :

6 000 partisans tués au combat; 13 000 fusilliers par représailles, ou mort en déportation dans les camps allemands (ce chiffre comprendrait également les nombreux partisans communistes qui furent abattus par des partisans communistes; 10 000 civils fusillés en représailles, soit par les forces allemandes, soit par les forces fascistes.

Les pertes fascistes seraient de 75 000 personnes, ainsi réparties : 7 000 soldats tués au combat; 12 000 fascistes abattus par les partisans pendant la guerre civile; 10 000 Italiens de la Vénétie Julienne, de L’Istrie et de la Dalmatie éliminés comme (fascistes) par les partisans yougoslaves.

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Quatre solides partisans encadrent cette femme sans grand relief. Accusée d’avoir proféré des opinions qui ne cadre plus avec celle du nouveau régime. Ou peut-être d’avoir trop bien accueilli des militaires allemands.

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Un fasciste passe devant les juges populaires soigneusement gardé par une jeunesse joyeuse, armé jusqu’aux dents.

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On fusille beaucoup comme sur la photographie; à Milan, où des partisans vont régler leur compte à quelques prisonniers italiens et allemands.

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Les prisons italiennes se sont remplies instantanément de (politiques) ou en instance de jugement. Mais la justice du peuple est plus expéditive.

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Les cadavres des hiérarques fascistes exécutés sommairement à Milan.

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La chasse aux fascistes a pour théâtre les principales artères des villes et villages d’Italieartfichier_729028_1821652_201302270454650

Ce que l’on voyait dans les rues de Milan, après le départ des troupes allemandes. Des partisans armés soumettant les habitants des interrogatoires sur les agissements de leurs voisins.

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Maria Nencioni ex-secrétaire du général Graziani dont le procès est venue devant la cour de Milan. Carlo Emanuele Bassile, ancien préfet de Gênes, est derrière les barreaux.

Le massacre des femmes

Certains épisodes de cette épuration révèlent l’ampleur du déchainement populaire. Donato Carreta, directeur de la prison romaine de Regina Coeli, venu témoigner dans un procès, est entouré par la foule à la sortie du tribunal; une femme l’accuse d’avoir livré son mari aux Allemands. On s’empare du directeur de la prison, on l’amène jusqu’au Tibres, et au milieu des hurlements de la foule, il est précipité dans le fleuve. Il parvient à nager et à regagner  l’autre rive; on le rejette à l’eau, il lutte encore quelques temps, puis enfin il se noie. Tandis que la foule hurle de joie en assistant à ses ultimes convulsions. De nombreux épisodes aussi dramatiques resteront longtemps dans les mémoires. L’épuration n’épargne pas les femmes. Dans la région de Rome, 7 000 femmes environ furent massacrées, 5000 autres furent jetées en prison, et 20 000 tondues et violentés.

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L’un des principaux dirigeants fasciste Buffarini Guidi a été fusilier dans le dos.

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A Milan, la salle de la cour d’assises où étaient jugés les procès de collaborateurs.

L’épuration

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L’épuration a été violente. Dans la seule agglomération de Bordeaux, 1399 personnes étaient déjà arrêtées le 18 septembre1944. En fin 1948, la Cour régionale de justice avait prononcé 882 verdicts dont, pour le département : 66 condamnations à mort (15 condamnés réellement exécutés), 340 peines de travaux forcés, 19 peines de réclusion, 239 peines d’emprisonnement et 141 acquittements.

Le Tribunal militaire de Bordeaux a jugé 1885 affaires, avec 24 condamnations à mort (12 exécutions), 187 peines de travaux forcés, 466 peines de prison, 6 amendes, 289 acquittements, 831 absous, 6 amnisties à l’audience, 69 actions éteintes. La Chambre civile a traité 1963 cas, et prononcé 1379 indignités nationales.

Adrien Marquet, maire de Bordeaux, fit 41 mois de prison avant d’être jugé et acquitté. Il fut seulement condamné à 10 ans d’indignité nationale.

Remarques : Dans une émission de télévision, un membre de cette Chambre civile a rappelé que ceux qui avaient été convaincus de s’être enrichis en profitant de l’occupation avaient été dépouillés de tous leurs biens.

Les malgré-nous d’Oradour sur Glane

Le sort avait fait que 14 Alsaciens faisaient partie de la compagnie du régiment Der Führer qui commit le massacre d’Oradour sur Glane, dont 12 étaient des malgré-nous c’est à dire des incorporés de force. Dans la suite de la guerre, quelques uns désertèrent, et se battirent ensuite dans les FFI ou dans l’Armée. Certains avaient fondé des familles lorsque la Justice vint leur demander des comptes d’après une loi de 1948 à effet rétroactif (déjà), portant sur les crimes collectifs. Ils furent jugés à Bordeaux (déjà) et furent condamnés, le 13 février 1953, à des peines de 5 à 8 ans de réclusion. Certains avaient réellement participé au crime, mais il fut tenu compte qu’ils n’avaient que 18 ans au moment des faits. Qui pouvait prétendre qu’il aurait osé refuser d’obéir dans la SS ? C’était la douleur du Limousin contre celle de l’Alsace, et la France en fut bouleversée. Le Président du Conseil, René Mayer, proposa une loi d’amnistie pour les malgré-nous, qui fut votée par 318 voix contre 211. Les malgré-nous furent tous libérés dès le 21 février. Deux condamnés à mort, dont un Alsacien volontaire pour la SS, furent graciés, et furent libérés en 1958. 

Le général de Gaulle et l’épuration

Le général voulut que l’épuration soit courte, et fit preuve d’une grande clémence que les communistes lui reprochèrent avec véhémence. Il pensait que la vengeance était contraire à la démocratie, et que les peines les plus sévères devaient être réservées à ceux qui avaient utilisé la guerre à des fins personnelles. Au total, de la Libération jusqu’à sa démission en janvier 1946, 1594 recours en grâces lui furent présentés pour des condamnés à mort de tous les tribunaux existants : Haute cour de Justice pour les hommes politiques, Cours martiales qui furent remplacées par les Cours de justice, Tribunaux militaires jugeant les trahisons, Cours d’Assisses, Juridiction Coloniale et Tribunaux militaires jugeant les crimes de guerre. Le général De Gaulle accorda 998 grâces pour ces 1594 recours.

Le général De Gaulle et le Maréchal Pétain

Le Général déclara, en 1945 : Aujourd’hui, il y a un vieillard dans un fort  dont moi et beaucoup d’autres reconnaissons qu’il a rendu de grands services à la France.

En mars 1948, à Verdun, il évoqua le : le grand chef de la Grande Guerre emporté sous l’effet de l’âge, par le torrent des abandons.

En mars 1949, lors d’une conférence presse, il déclara: que la condamnation de Pétain était nécessaire car il avait symbolisé ce que fut la capitulation et, même s’il ne l’avait pas voulu, la collaboration

Le 15 mars 1950, devant la Presse, il dit : S’il fallait une preuve de la carence du régime, cette question brûlante et amère nous la donnerait. C’est un opprobre que de laisser en prison un homme qui va avoir 95 ans. De nos jours, des journalistes et des hommes politiques ne reconnaissent pas que le général de Gaulle fut un grand homme, mais le maintien en prison de Maurice Papon prouve certainement que les hommes politiques actuels sont bien petits.

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