Depuis la mi-1942, les Philippines sont sous contrôle japonais. Mais les Alliés ne cessent d’avancer dans le Pacifique et les Philippines sont leur prochaine cible. Cependant, la marine impériale japonaise attend de pied ferme l’US Navy.

Carte du théâtre des opérations aux Philippines
L’armée japonaise peut compter sur 225 000 hommes sur les Philippines, et c’est pourquoi les Américains durent utiliser les grands moyens. Ils déployèrent la plus grande force amphibie jamais vue dans le Pacifique, soit plus de 600 navires. Ceux-ci ont déposé sur les plages de Leyte 100 000 de la VIe armée américaine. Le 20 octobre, la VIe armée était positionnée autour de la capitale de Leyte, Tacloban, et de Dulag, au sud. Cette armée contraint les 21 500 Japonais postés à Leyte de se replier plus à l’intérieur de l’île. Les troupes japonaises avaient été prisent par surprise car le général Yamashita, commandant en chef japonais dans le Pacifique, pensait que les Américains débarqueraient à Luçon. Il dut alors dépêcher des renforts d’urgence vers Leyte. Pendant ce temps là, les flottes américaine et japonaise se préparent au combat.

Le général MacArthur est de retour aux Philippines (20/10/1944)
Un combat naval géant
Le 24 octobre 1944, près de 300 bâtiments de guerre se sont engagés au large des Philippines dans ce qui pourrait bien devenir la plus grande bataille de tous les temps. Le but des Japonais est clair : anéantir les IIIe et VIIe flottes américaines, et pour ce faire, ils engagèrent toutes leurs forces navales dans le combat. Cette opération fut baptisée par les Japonais Sho-1, la décision de la lancer fut prise après que l’amirauté japonaise eu pris conscience du plan de débarquement américain. On envoya l’amiral Toyoda au combat. Celui-ci voulait piéger les flottes américaines entre deux groupes de cuirassés : la Ire force navale du vice-amiral Kurita (qui venait de Brunei) et la IIe force navale de l’amiral Shima (venant du Japon). Mais il fallait appâter les Américains pour les emmener au point d’embuscade décidé. On envoya alors les quatre derniers porte-avions nippons (dirigés par l’amiral Ozawa) pour faire appât. Mais au matin du 23 octobre, deux sous-marins américains repérèrent la Ire flotte japonaise et lui coulèrent deux croiseurs. Les Américains décident d’attaquer la flotte japonaise. C’est une catastrophe pour les Japonais, non seulement l’effet de surprise est perdu, mais les Américains vont s’en prendre à la force d’attaque, et non aux appâts ! Une immense bataille aérienne commence alors : le porte-avions américain Princeton est détruit par des bombardements japonais. L’aviation nippone parvint également à endommager un croiseur léger et cinq destroyers. Les avions américains causent aussi de lourds dommages aux Japonais : ils parviennent à détruire le cuirassé Musashi (de la Ire force nippone) dans la mer de Sibuyan. Les porte-avions japonais sont repérés au nord du cap Engaro, l’amiral Halsey donna l’ordre de les attaquer le soir même. Les porte-avions reprenaient leur rôle d’appât et la 1re flotte de Kurita file vers Leyte ou se trouve la VIIe flotte américaine. Celle-ci manque malheureusement de couverture aérienne.

Un avion kamikaze en flammes menace de s’écraser sur un navire américain
Le 26 octobres, le combat qui avait opposé 282 navires tourne en faveur des Américains. Ceux-ci ont infligés des pertes énormes à la flotte japonaise. Durant la bataille, 30 navires furent coulés et 24 d’entre eux sont nippons ! Parmi ces navires coulés, ont dénombre les quatre derniers porte-avions japonais. Le combat se resserre sur les mers intérieurs des Philippines. L’amiral Nishumura perdait sa bataille contre les Américains et sombra avec son navire amiral, le Yamashiro. Pendant ce temps là, Kurita passait le détroit de San Bernardino et attaqua la 7e flotte américaine (du contre-amiral Sprague). Il parvint à lui couler cinq navires car les renforts aériens américains était aux prises avec les avions japonais 500 Km plus au nord. La marine et l’aviation américaine avaient réussi à vaincre la flotte impériale japonaise. Cependant, les navires américains durent faire face à une nouvelle menace : les pilotes kamikazes. Ceux-ci réussirent à couler le porte-avions d’escorte, le Saint Lô.

La flotte américaine au large des Philippines

Des tireurs américains guettent les avions japonais
La reprise des îles
Les troupes américaines et japonaises se livrent à un combat acharné sur l’île de Leyte. Le 1er novembre, des kamikazes parviennent à couler le destroyer Abner Read et à endommager cinq autres navires. Le 6 novembre, les porte-avions américains parviennent à détruire 400 avions japonais et à détruire le croiseur lourd Nachi. Le 14 novembre, l’US Navy peut rajouter quatre contre-torpilleurs japonais ainsi que le croiseur Kiso à son tableau de chasse. Ceux-ci furent coulés dans la baie de Manille. Le 25 novembre, les croiseurs Kumano et Yasoshima sont coulés par l’aéronavale américaine, mais les kamikazes endommagent quatre porte-avions américains. Le 7 décembre, l’aviation américaine coule un convoi de renforts japonais destinés à Leyte et les troupes du général Hodge débarquent dans la baie d’Ormoc. Le 18 décembre, la météo se mêle de la bataille en envoyant un typhon faire chavirer trois croiseurs américains et envoyer 150 avions à la mer. Le jour de Noël 1944, des troupes d’élite japonaise sont transférées de Luçon à Mindanao, et le 26 décembre, des navires japonais bombardent la tête de pont américaine à Mindoro.

Des péniches américaines foncent vers les plages des Philippines

La flotte américaine débbarquant sur les îles des Philippines
Le 4 janvier 1945, le porte-avions américains Ommaney Bay est gravement endommagé par des kamikazes et se voit forcer de se saborder. Le 9 janvier, la VIe armée américaine pu débarquer à Lingayen grâce au soutient de la IIIe flotte. Les Japonais lui offrirent peu de résistance, mais les navires de MacArthur furent attaqués par les kamikazes qui endommagèrent ou coulèrent 40 navires. Maintenant que les Américains tiennent Mindoro (depuis le 15 décembre dernier), l’aviation américaine peut soutenir l’invasion de Luçon. La VIe armée parvient rapidement à établir une tête de pont de 20 Km de large pour 5 Km de profondeur. A partir de ce moment, MacArthur insiste pour que Manille soit prise rapidement ainsi que la piste de Clark Field. Le 31 janvier, la 11e division aéroportée débarque au sud de la baie de Manille, à Nasugbu. Ils réussissent à atteindre les faubourgs de la ville le 3 février. Le 13, la 11e division aéroportée s’empare de la base navale de Cavite et de l’aérodrome de Nicholls. A daté du 21 février 1945, les Américains réoccupent toute la presqu’île de Bataan, à Luçon. Mais les combats continus à Manille et à Corregidor. Le 27, les derniers résistants japonais sont chassés de Manille, les derniers se rendent le 3 mars dans le bâtiment du ministère des Finances. Le 10 mars, les Américains débarquent à Mindanao.

Débarquement de matériel sur les plages des Philippines
Le 18 mars, les Marines débarquent sur l’île de Panay. A leur grande surprise, ils sont accueillis par les guérilleros philippins qui avaient chassé les Japonais depuis quelques jours. Ceux-ci se rallièrent aux forces américaines. Le 1er avril, les Américains débarquent sur la presqu’île de Bicol et prennent l’aérodrome de Legaspi. Le 10 avril, ils occupent l’île de Jolo (entre Mindanao et Bornéo). Le 16, les troupes américaines, précédées de lourds bombardements, débarquent à Carabao, les Japonais avaient déjà évacués l’île. Le 22 avril, les îles de Cebu et de Jolo sont entièrement sous contrôle américain. Le 3 mai, Davao (sur l’île de Mindanao) est prise par les Américains. Le 13 mai, c’est au tour du col de Balete de tomber aux mains des Américains. Le 7 mai, à Luçon, les troupes américaines prennent Santa Fe et la piste de Villa Verde. Le 13 juin, les troupes australiennes débarquent dans le baie de Brunei et dans les iles de Labuan et Muara. Le 15 juin, Labuan et Muara sont prises par les Australiens. Le 21 juin, le port d’Aparri, dernier port aux mains des Japonais, est pris par les troupes américaines et le 25, elles s’emparent de Tuguegarao et de Gattaran.

Artillerie américaine
Le 28 juin 1945, MacArthur annonce la fin des opérations à Luçon. La VIIe armée est affectée au nettoyage des 23 000 Japonais restant. Les Philippines sont repassées aux mains des Américains.

Bombardier japonais Ki-48
L’île de Wake
Pour un groupe isolé de 400 Marines, avec seulement quelques pièces d’artillerie et une douzaine d’avions, la nouvelle de l’attaque sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, était des plus inquiétantes. Personne n’ignorait qu’ils seraient la cible suivante. Mais, contre toute attente, cette petite troupe va néanmoins résister durant deux semaines aux forces d’invasion japonaises.
Wake est située à 5 heures à l’ouest d’Hawaii, à peu près au milieu de nulle part. La soi-disant île est en fait un atoll en forme de V, lui-même composé de trois îlots de corail (Wake proprement dite, le corps du V, Wilkes et Peale, les deux extrémités) reliés par une route, avec un récif entourant un lagon.

Carte des installations de défense de l’île
Wake fût découverte en 1586 par Alvaro de Mendana, un explorateur espagnol qui mouilla à proximité, puis débarqua dans l’espoir de se ravitailler en eau et en nourriture. Mendana, qui ne trouva finalement ni eau ni nourriture, mais uniquement des ronces, la baptisa San Francisco, et la localisa de façon précise en latitude mais pas en longitude (quelque part, à l’ouest d’Hawaii). En 1796, le capitaine Wake, commandant du schooner de commerce britannique Prince William Henry, arriva, localisa l’atoll avec exactitude et lui donna son nom. En 1840, Charles Wilkes, océanographe américain, et Titian Peale, naturaliste, débarquèrent pour explorer l’île : ils laissèrent leurs noms aux deux plus petits îlots de l’atoll. Le 4 juillet 1898, le Major Francis V. Greene, commandant le deuxième détachement de la Force expéditionnaire des Philippines, envoya deux navires pour hisser un drapeau américain sur l’île. Peu après, le 17 janvier 1899, Edward D. Taussig, à bord du navire USS Bennington et agissant sur ordre de son gouvernement, vint prendre possession de l’atoll pour le compte des États-Unis d’Amérique.
L’intention première en capturant Wake était d’y établir un relais pour le câble entre Midway et Guam. Mais l’absence de toute eau potable, ajoutée au fait que l’île avait visiblement été recouverte par les flots plusieurs fois auparavant, dissuadèrent finalement de l’installer. En conséquence, le câble passa directement jusqu’à Guam en évitant Wake.

Un canon anti-aérien de 3 pouces (75 mm)
En 1935, la compagnie aérienne Pan American, souhaitant étendre ses vols vers l’ouest, sélectionna Wake pour construire une base d’escale pour ses grands hydravions à destination des Philippines. La marine américaine, sentant l’importance militaire que pourrait avoir cette base, s’associa au projet. Dans le cadre de la tension grandissante entre le Japon et les États-Unis, l’importance stratégique de l’île devenait considérable pour les deux parties. En tant que base pour des d’avions de reconnaissance, elle pouvait se révéler d’une grande valeur pour observer une importante section du Pacifique ou pour couvrir l’avancée de ses propres forces. Aux mains de l’ennemi, elle deviendrait un obstacle sérieux à toute attaque surprise dans la région. L’idée générale était de sécuriser cette base avancée contre les attaques aériennes, les escamourches navales et les débarquements de faible envergure : le but étant de constituer un objectif qui obligerait les japonais à exposer leur flotte s’ils voulaient le capturer. La Flotte américaine du Pacifique devant alors attendre le moment opportun pour riposter et engager la marine japonaise. Pour cette raison, le Bureau Hepburn (crée en Mai 1938 pour des études stratégiques et rapport au Congrès sur les besoins en nouvelles bases navales) accorda une grande priorité à Wake, et recommanda un plan de développement en trois ans de 7.500.000$ pour transformer l’île en base militaire aérienne avancée. Et c’est ainsi, qu’au début de l’année 1940, commencèrent les travaux de construction pour les implantations militaires. Enfin, au début de 1941, une garnison de Marines fut installée.

Photo contemporaine d’un vieux canon de 5 pouces (150 mm) sur l’île de Wake
A la date du 6 décembre 1941, veille de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le statut défensif de Wake était loin d’être idéal. Bien que conçue comme base pour hydravions de reconnaissance Catalina, l’île n’en possédait encore aucun. Et seules les installations les plus primitives étaient déjà en place pour le support des avions. Sans compter que son escadrille, la VMF-211, n’avait que 12 avions F4F Grumman Wildcats et que ses pilotes étaient encore à s’entraîner avec ce modèle nouveau pour eux. Sur l’ensemble de l’atoll, il y avait 449 Marines de tout rang, détachés du 1er Bataillon de défense, équipés et entraînés pour le combat. Les défenses au sol intégraient l’artillerie complète d’un bataillon de défense (des batteries côtières de 5 pouces et des canons anti-aériens de 3 pouces) : elles avaient été installées, protégées par des sacs de sable et camouflées, à force de journées de travail de 12 heures. Cependant, pour manier l’ensemble des canons, 43 officiers et 939 hommes du rang auraient été nécessaires alors que seuls 15 et 373 étaient disponibles. En outre, l’île comptait 1.200 employés de construction civils non armés.

Marines du 4ème Battaillon embarquant à bord du Tangier au quai de Pearl Harbor, le 15 décembre 1941, à destination de Wake
L’annonce de la guerre arriva le 8 décembre 1941 à 7 heures du matin, heure locale. A 11 heures, plusieurs avions surgirent des nuages : il s’agissait de la force d’attaque japonaise, composée de 34 bombardiers Nell, et venant de Roi à 800 kilomètres au sud. La pluie présente masqua leur descente et leur approche, mais l’absence complète de tout avertissement à temps mettait en évidence un des besoins les plus cruciaux pour les défenseurs : la nécessité d’un radar. L’offensive japonaise fut dévastatrice. Utilisant des bombes de 100 livres et des canons de 20 millimètres, l’attaque aérienne avait détruit sept des chasseurs F4F au sol. Le réservoir de carburant reçu un coup direct, explosa et souffla tout alentour. L’escadrille VMF-211 venait de subir 60% de pertes et 84 américains étaient morts ou mourants. Partout dans le Pacifique, c’était le même scénario : à Pearl Harbor, Guam, aux Philippines, en Chine du nord. Dans sa première allocution après le désastre de Pearl Harbor, le Président Roosevelt avait prévenu les américains pour se préparer à l’annonce de la chute de Wake. Avec le gros de la flotte au fond des océans, il ne pouvait être question, pour les jours immédiats, d’une défense navale de Wake. L’île allait devoir compter sur ses seules forces.
Le lendemain matin, les bombardiers japonais revinrent, méthodiques presque jusqu’à la faute : l’heure, l’altitude et l’approche étaient inchangés. L’escadrille de défense (du moins, ce qui en restait) les accrocha, et parvint à en descendre un en flammes. Puis, les batteries anti-aériennes ouvrirent le feu : cinq bombardiers dégagèrent de la fumée et un sixième s’enflamma et explosa. Durant les deux jours à venir, les défenseurs allaient détruire deux autres avions et en toucher un certain nombre d’autres qui allaient repartir avec une traînée de fumée derrière eux. Ce deuxième raid toucha durement le camp et la station aéronavale. L’hôpital fût détruit, de même que la radio de la Marine, ainsi que des baraquements, tuant en même temps 55 civils et 4 militaires. Mais, comme la suite des événements allait le démontrer, aussi considérables que pouvaient être les dégâts, ils n’étaient pas suffisants pour permettre un assaut.

Épave du dernier avion américain, sur la plage où il s’est écrasé le 22 décembre avoir avoir détruit un Kate japonais
L’amiral Inouye, commandant japonais de la 4ème Flotte Impériale, était chargé par les plans d’alors, non seulement de la capture de Wake, mais plus important encore, de celle de Guam, de Makin et de Tarawa. Dans la nuit du 10 décembre, Guam tombait. Et plus tôt dans la même journée, Makin et Tarawa s’étaient rendues. Seule Wake subsistait. La conduite de cette dernière opération fût confiée au contre-amiral Kajioka. Les forces navales à sa disposition comprenaient son propre croiseur léger, le Yubari, deux autres croiseurs légers (Tatsuta et Tenryu), six destroyers (Mutsuki, Kisaragi, Yayoi, Mochizuki, Oite, et Hayate), deux destroyers de transport, deux transports de troupe, et deux sous-marins. Le plan prévoyait de débarquer 150 hommes sur Wilkes, et 300 autres sur la plage sud de Wake pour capturer l’aéroport sous la couverture des canons des navires. En cas d’insuffisance, il était prévu de débarquer également les équipages des destroyers de soutien.

Le porte-avions japonais Hiryu
Le 11 décembre, à 3 heures du matin, les navires ennemis furent repérés par les vigies. A 5 heures, les navires de Kajioka débutèrent leur approche finale. A cause du temps défavorable et d’une mer agitée, les bateaux progressaient lentement et pas de la manière souhaitée ; certaines barges de débarquement étaient même retournées. Peu après, la flotte ouvrît le feu sur la partie sud de Wake. Les batteries côtières, cependant, restèrent silencieuses et cachées derrière un camouflage de broussaille. A 6 heures du matin, lorsque les navires ennemis furent assez près, les Marines commencèrent également à tirer. Alors que les américains venaient de définitivement révéler leurs positions, les tirs de riposte japonais s’avérèrent très imprécis. Une batterie envoya deux obus sur le Yubari au niveau de la ligne d’eau, et deux autres touchèrent son arrière. Gravement touché, le Yubari se retira au-delà de l’horizon. Le tir d’une autre batterie causa une violente explosion sur le destroyer Hayate : il se brisa en deux et coula. L’Oite était la cible suivante et reçu un coup direct : le navire lança alors un écran de fumée et s’esquiva tant bien que mal. Les artilleurs reportèrent leur tir sur les transports de troupe Kongo Maru et Konryu Maru : un obus toucha le navire de tête, provoquant la fuite des deux. Un autre croiseur, à l’extrémité ouest de l’île reçu un obus à la poupe et se déplaça pour être hors de portée. Enfin, le destroyer Yayoi accusa un coup dans sa poupe où un incendie se déclara. Kajioka ordonna alors une retraite : les plans de débarquement étaient oubliés, le contrôle des dégâts et la maîtrise des incendies devenant la priorité. Cependant, la flotte n’avait pas de couverture aérienne, et les Wildcats subsistants la retrouvèrent à moins d’une heure de Wake. Le destroyer Kisaragi, souffrant déjà d’un coup préalable, explosa sous les bombes, et un autre destroyer subit de grands dommages. La défaite japonaise était totale : deux navires avaient coulé, sept étaient endommagés, et probablement environ 500 japonais périrent alors que seulement quatre Marines étaient blessés.

Le croiseur léger Yubari, du contre-amiral Sadamichi Kajioka, utilisé dans les opérations contre Wake
L’ennemi conserva une pression aérienne sur l’atoll. Jour après jour, les bombardiers Nell basés à terre attaquèrent, désormais couverts par des chasseurs Zéro et épaulés par des hydravions Mavis utilisés comme bombardiers, puis bientôt par des bombardiers en piqué Val depuis les porte-avions Soryu et Hiryu. Les avions s’attaquèrent méthodiquement aux positions de défense et aux batteries américaines. L’un après l’autre, les avions des défenseurs furent détruits : à ce moment, le reste de l’escadrille fût converti en infanterie.

Troupes japonaises rendant un dernier hommage au Lieutenant Uchida, tué ainsi que 2 autres officiers et 29 hommes de son unité lors de l’assaut final
Pendant ce temps, à Pearl Harbor, une expédition de secours était prête à appareiller. Les secours à proprement parler consistaient dans le cargo Tangier et le pétrolier Neches : leur mission était d’apporter munitions et renforts ainsi que de nouveaux avions, et de ramener les blessés et une partie des civils à Pearl Harbor. L’expédition devait être protégée des attaques aérienne, de surface ou sous-marine par le groupe du Saratoga. Ce dernier comprenait le porte-avions du même nom, trois croiseurs lourd et neuf destroyers. Mais la progression du groupe était considérablement réduite, la vitesse maximum de son élément le plus lent, le vieux Neches, étant de 12 noeuds. Le 21 décembre, des renseignements parvinrent à Pearl Harbor, indiquant une importante concentration de forces aériennes basées dans les îles Marshalls, et la possibilité que le groupe du Saratoga rencontre des éléments de surface durant son approche de Wake. Sommé de choisir entre la retraite ou le renforcement de Wake, l’amiral Pye, agissant en tant que chef suprême de la Flotte du Pacifique, décida finalement que le risque était trop grand. Au regard des pertes subies à Pearl Harbor, il ne pouvait prendre le risque de perdre un porte-avions ou un autre navire capital. Finalement, la flotte de renfort fût rappelée : elle était alors à 425 miles de Wake. Ce que les américains ignoraient, c’est qu’à ce moment précis, quatre croiseurs ennemis patrouillaient à l’est de Wake, séparés de la couverture de leurs porte-avions par plusieurs centaines de miles, et faisaient donc une cible facile pour les aviateurs du Saratoga. De même qu’ils ignoraient que la force d’attaque japonaise sur Wake ne s’était pas préparée contre une éventuelle attaque américaine de surface (les japonais étant persuadés que le coup porté à Pearl Harbor leur laissait le champ libre dans le secteur). Cela aurait été connu, l’histoire de Wake aurait certainement été bien différente.
Du côté japonais, les mêmes difficultés que pour la première tentative étaient prévisibles, mais le haut commandement conserva presque inchangées les bases du schéma d’attaque. Le nouveau plan était, au fond, surtout une version amplifiée par ses moyens de l’originale qui avait échouée. Les navires coulés furent remplacés par deux nouveaux destroyers (l’Asanagi et le Yunagi), en plus d’un autre ajouté, l’Oboro. En complément, deux porte-avions (le Hiryu et le Soryu avec 118 avions), suivi des croiseurs lourds Tone et Chikuma et des destroyers Tanikaze et Urakaze, fûrent détachés de la force d’assaut sur Pearl Harbor pour être dirigés sur Wake. L’amiral Isoroku Yamamoto, le commandant en chef de la Flotte combinée, était désormais convaincu que Wake, au contraire d’autres objectifs du centre du Pacifique, était une pierre d’achoppement majeure. Pour laisser le moins possible d’opportunité aux batteries côtières, le débarquement initial fût prévu pour avoir lieu dans l’obscurité, bien avant l’aube. Et pour renforcer la surprise, il n’y aurait pas de bombardement naval préliminaire.

Le Major James P. S. Devereux, l’officier supérieur des Marines sur Wake
Les Marines repérèrent la force japonaise le 23 décembre à 2 heures du matin. A ce moment, les 1.000 hommes de l’infanterie de marine japonaise étaient déjà en train de prendre place dans les barges de débarquement : deux se dirigèrent vers Wilkes et les autres vers la côte sud de Wake.
Sur l’île de Wilkes : à 2 heures 45, la compagnie japonaise comprenant environ 100 hommes débarqua sur la plage, sous le feu nourri de mitrailleuses dans le terrain au-dessus. La petite garnison de Marines sur l’ensemble de Wilkes était de 70 hommes environ. Très rapidement, les japonais s’emparèrent de la position de la batterie la plus proche, puis entamèrent un mouvement vers l’ouest pour capturer la seconde batterie. Cela sera tout ce que les japonais parviendront à faire ici. La progression s’avéra vite impossible, le feu de mitrailleuses camouflées les clouant au sol. Vers 4 heures, la situation était stabilisée. Les japonais tenaient solidement la position de la première batterie, mais entourés par les Marines qui leur empêchaient toute extension de la tête de pont. Les deux groupes présents de Marines groupèrent alors leurs forces et tentèrent de reprendre la position perdue. Après la réussite de l’assaut, les pertes japonaises s’avéraient horribles : ils avaient au total perdu 4 officiers et 90 hommes. Alors que du côté américain, 9 Marines et 2 travailleurs civils avaient été tués. Mais la ligne de communication avec le poste de commandement était coupée, et cela va induire le Major Devereux en erreur, lui laissant croire que Wilkes venait de tomber aux mains des japonais. Autour de 8 heures du matin, après que leurs forces aient été totalement repoussées, les japonais poursuivirent par un bombardement aérien et naval, jusqu’à finalement parvenir à détruire ces fameuses batteries côtières.

Travailleurs civils marchant vers la captivité après la capture japonaise
Sur l’île de Wake : pendant ce temps, vers la côte sud de Wake, les navires de patrouille n° 32 et 33 (deux vieux destroyers) foncèrent délibérément vers le rivage pour s’échouer à une des extrémités de l’aéroport. Alors que les compagnies japonaises dévalaient des bords, le Lieutenant Hanna et ses équipiers tirèrent avec un canon de 3 pouces dans la coque du navire qui explosa immédiatement. Aidés par la lumière du navire en flammes, Hanna et ses hommes reportèrent leur feu sur l’autre navire, qui fût à son tour sévèrement touché. Néanmoins, durant cette résistance, deux autres barges de débarquement réussissaient à atteindre le récif, un peu à l’est du canal pour Wilkes : la force japonaise, d’environ 100 hommes, prenait rapidement position sur le rivage avant d’infiltrer la zone de broussailles devant eux. Peu après, une nouvelle force de débarquement s’essaya près des destroyers échoués. Quelques instants plus tard, le détachement américain conservait toujours sa position au sud de l’aéroport, mais était désormais cerné par les renforts japonais qui tentèrent plusieurs assauts. Le Soryu et le Hiryu lancèrent alors leurs avions en soutien des troupes au sol. A 7 heures 15, les bombardiers en piqué parvenaient au-dessus de l’île et éventraient les positions défensives restantes. Avec son poste de commandement sous le feu ennemi, persuadé de la perte de l’île de Wilkes, et au vu de l’écrasante supériorité aérienne ennemie, le Major Devereux leva le drapeau blanc. La garnison, dispersée et épuisée, se rendait aux japonais.

Raid de bombardiers Dauntless sur Wake en 1943
Quatre-vingt-un Marines, huit marins, et 82 travailleurs civils furent tués durant la bataille. Les japonais, cependant, payèrent chèrement leur victoire. Des informations fragmentaires et de plausibilité variable sont contenues dans diverses sources. Néanmoins, les estimations suivantes peuvent être faites : 21 avions détruits et 51 endommagés, 3 navires détruits ou coulés et 8 endommagés, plus de 1.000 hommes tués ou disparus. Au regard de la puissance accumulée pour l’invasion et des maigres forces des défenseurs, il s’agit d’une des batailles les plus humiliantes que la Flotte japonaise ait eue à subir. Enfin, la résistance de Wake avait ralenti la progression de la campagne japonaise prévue pour la conquête du Pacifique.
Enragés par leurs pertes, les japonais traitèrent brutalement les prisonniers militaires. Certains furent mis nu ou à demi-nu. La plupart avaient les mains attachés dans le dos avec du câble de téléphone. Enfin, cinq des défenseurs furent décapités à bord du navire Nitta Maru. A l’exception de 100 travailleurs civils qui furent maintenus sur l’île, tous les autres furent envoyés en captivité avec les militaires. Durant le reste du conflit, Wake fut la cible de raids aériens américains, le premier en février 1942. Le raid d’octobre 1943, cependant, eut des répercussions fatales pour les prisonniers sur place. Le commandant japonais de l’atoll, craignant que ces raids soient précurseurs d’un important débarquement et que ces civils se transforment en cinquième colonne, les fit tous exécuter. Pour cela, il fût condamné comme criminel de guerre après la fin des hostilités.

En 1945, la garnison japonaise rend Wake aux américains après la capitulation
Wake ne fut pas recapturée durant la guerre. Aucun débarquement sanglant ne fût tenté, car la supériorité aérienne américaine et leur contrôle des mers ne rendait plus l’île nécessaire. Les américains retrouvèrent Wake après la capitulation japonaise en 1945.