L’ÉTRANGLEMENT DU JAPON
Quelques mois après Pearl Harbour, lorsque la puissante machine de guerre américaine s’est jetée dans la bataille, les Japonais n’ont pas su riposter à l’attaque des navires, des avions et des sous-marins. Ces derniers ont connu un succès considérable.
Un bateau de transport de troupes japonais échoué sur une plage du Pacifique. Témoignage muet de l’efficacité de la campagne contre les artères vitales de l’économie japonaise. Même les convois côtiers n’étaient pas à l’abri des sous-marins.
L’impression qu’ont laissée Hiroshima et Nagasaki en août 1945 a été si forte que l’on admet communément que la bombe a provoqué la fin de la guerre. Or c’est faux. L’Empire japonais était déjà vaincu, parce qu’il ne savait pas riposter aux attaques des forces aéronavales, aux opérations amphibies qui le prenait de flanc et au blocus sous-marin qui l’encerclait d’un anneau de feu.
Les pertes parmis les destroyers et les bateaux d’escorte de la marine impériale japonaise étaient si lourdes qu’il était devenu impossible de rassembler des escortes efficaces.
Les Japonais avaient créé la «rande Sphère de coprospérité asiatique pour s’assurer l’accès aux matières premières, charbon, minerai de fer, pétrole, étain, caoutchouc, dont leurs îles étaient peu pourvues. Ce vaste empire fut établi d’une façon rapide et efficace pour les campagnes militaires du début de l’année 1942, mais, après cela, il avait fallu, pour le maintenir, assurer la libre circulation entre la métropole et les conquêtes.
Les japonais avaient parié que les Occidentaux accepteraient le fait accompli après Pearl harbor. Ils avaient sous-estimé la capacité de riposte des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Le Royaume-Uni avait déjà subi des assauts contre sa marine marchande, vitale mais vulnérable. Jadis, les offensives de la flotte sous-marine du Kaiser n’avaient finalement, pas réussi. Cela a bien servi de leçon à la marine américaine. Incapable d’entreprendre des opérations d’envergure à long terme, l’US Navy décida de frapper le dense réseau commercial japonais, avec la seule arme dont elle disposait, ses sous-marins.
De leur côté, les Japonais avaient constitué une superbe flotte de surface, mais à l’image de la Grand Fleet britannique de la Première Guerre mondiale, celle-ci s’était entraînée suivant une conception agressive de la bataille navale qui devait, en principe, leur assurer la maîtrise du Pacifique. Son importante arme sous-marine était destinée à éclairer la flotte et à dresser des enbuscades à l’ennemi. L’assaut des sous-marins contre les cargos, malgré ses conséquences graves, n’était pas en phase avec la stratégie offensive. Réciproquement, il semblerait que les Japonais n’attendaient pas que l’ennemi adopte cette tactique, et par conséquent, ils entrèrent dans les hostilités sans avoir pensé un plan de convoi, ni prévu des moyens de lutte ASM, et étaient peu préparés à remplacer les tonnages perdus.
Les Japonais étaient mal préparés à défendre leurs voies maritimes contre les Alliés. Un cargo coulé par la flotte sous-marine américaine.
Paradoxalement, la flotte sous-marine américaine avait été conçue selon les principes parallèles de défense de la métropole et l’attaque de la flotte de guerre adverse. Manquant d’expérience, et encore sous le choc de l’agression qu’ils venaient de subir à Pearl Harbor, les Américains ne pouvaient pas faire grand-chose, sinon entraver les plans de l’ennemi, mais le torpillage du Atsutusan Maru (8 660 t) par le sous-marin américain Swordfish fut un premier signe encourageant.
Cinquante bâtiments, de catégorie diverses, étaient prêts à passer à l’action. Dabord en ordre dispersé, ils se regroupèrent bientôt dans des zones ou les bateaux japonais avaient l’habitude de naviger seuls et sans escorte, souvent tous feux allumés, et cette situation dura jusqu’en avril 1942.
C’est le 27 janvier 1942 que les sous-marins américains du Pacifique coulèrent le premier bâtiment ennemi : le Gudgeon envoya par le fond le sous-marin I-173 qui avait fait surface. Le 8 février, le vieux submersible américain S-37 usa de la même ruse que les U-Boote. Il mit à profit ses petites dimensions pour attaquer de nuit, coulant le destroyer Natsushio dans le détroit de Macassar. Certains commandants de découvraient des dons particuliers pour couler les destroyers japonais, ce que l’ennemi appréhendait au plus haut point.
Les sous-marins américains repèrent les bateaux japonais ou qi’ils soient. Ici le viseur du périscope montre un navire marchand de 9 000 t, camouflé dans un port, avec un petit bateau à sa droite.
Les tactiques sous-marines évoluaient à la lumière de l’expérience. Aller au-devant de la cible pour lui envoyer une salve de torpilles était un tactique dangereuse, mais à la fois efficace et couramment utilisée. L’utilité des canons était sans égale, non seulement parce qu’ils permettaient d’économiser de précieuses torpilles, mais aussi parce que dans les premiers temps les torpilles elles même étaient très peu fiables. La difficulté de contrôle de la profondeur et la mauvaise conception de la mise à feu conduisaient souvent à l’échec de l’attaque. L’exemple classique est celui du sous-marin américain Tinosa, qui tira douze torpilles sur un pétrolier. Quatre seulement explosèrent, et le bateau s’en tira. En fin de compte, pour trouver une solution à ce problème, il fallu activer l’introduction de la torpille électrique.
Vue au périscope de la fin d’un vieux destroyer japonais.
Une nouvelle base sous-marine fut établie à Brisbane, avec des bateaux venant de Pearl Harbour, pour faire obstacle à une invasion de l’Australie, dont on sentait planer la menace. Cela étant, il devenait possible, des le second semestre de l’année 1942, de commencer à établir un blocus rapproché régulier sur les côtes des îles japonaises. Malgré le fait que, désormait, les sous-marins américains rencontraient des cargos rassemblés en convois, ceux-ci étaient toujours escortés, et l’introduction du radar de surface SJ permettait aux sous-marins de détecter et de pister les cibles éventuelles. Le Haddock, le premier du genre, coula deux bateaux en août. Au premier semestre 1942 et jusqu’en juin, les sous-marins torpillèrent cinquante-six navires marchands pour un total de 235 000 t. Au second semestre, ce chiffre monta jusqu’à quartre-vingt-qatre bateaux et 358 000 t. Les choses bougeaint enfin.
Les sous-marins se livrèrent également à une important minage, qui causa par la suite de nombreuses pertes et avaries. Cette brusque multiplication des activités n’alla pas sans revers. Seul trois bâtiments furent perdus jusqu’au moment ou des contres-mesures furent prises par les Japonais en 1942, mais, de cet instant jusqu’à l’année suivante, ce chiffre s’éleva à quinze. D’un autre côté, L’Empire perdit encore trois-cent-huit bateaux en 1943, soit un total de 1 367 000 t. Bien que les bateaux coulés fussent partiellement remplacés, le Japon perdit 16% de sa flotte en état de naviger.
En 1944, chacun des deux camps avait gagné en expérience. Les bâtiments américains étaient non seulement plus nombreux, ils restaient aussi plus longtemps en activité grâce à leurs bases opéraionelles avancées et à leurs ports judicieusement choisis, tant pour les navires que pour les ravitailleurs. De leur côté, les Japonais faisaient de gros efforts pour organiser des convois, mais les sous-marins de l’US Navy se regroupaient en meutes pour coordonner. Ces meutes, contrairement à la tactique allemande, se composaient en général de trois bâtiments ce qui est significatif de l’esprit d’indépendance des commandants américains dans leur ensemble. Les forces sous-marines du Pacifique étaient en grande partie l’œuvre du contre-amiral Charles A. Lockwood dont l’énergie et l’enthousiasme ont joué un rôle capital dans le développement de l’arme.
Parmi ceux qui ont réalisé les meilleures scores, on trouve le sous-marin de « Mush » Morton (Morton le niais) le Wahoo, qui coula vingt bateaux de plus de 60 000 t, avant de sombrer en 1943 dans le détroit de la Pérouse. C’est le sous-marin Flasher qui coula le plus gros bateau (un peu plus de 100 000 t), en 1944-1945 , et le Toutog qui coula le plus grand nombre de navires dépassant 73 000 t Bien que ces scores individuels soient loin derrière certaines prouesses de la Kriegsmarine, les submersibles, en nombre limité, avaient atteint leur but, c’est-à-dire obtenir la commande de soixante-six autres sous-marins pour la seule année de 1943.
Des pertes massives
En 1944, pas moins de cinq cent quarante-huit navires de commerce, soit 2 453 000 t, furent coulés. Bien que la construction des pétroliers compensâ les pertes, les Japonais virent leur flotte de cargos diminuer de moitié. Vers le milieu de l’année 1944, en faisant des pétroliers leur cible prioritaire, les Américains firent chter de moitié les importations japonaises de pétrole, vitales pour l’Empire. Les voies maritimes ennemies étaient maintenant réduites comme une peau de chagrin par l’avance américaine, et les sous-marins se faisaient concurrence, non seulement entre eux, mais également avec les avions, qu’ils soient basés au sol ou sur un porte-avions, pour des cibles qui se faisaient de plus en plus rares. Cent soixante sous-marins étaient en fonction en 1945.
L’ancement du Swordfish le 1er avril 1941. Neuf mois plus tard, dans les jours qui suivirent l’attaque de Pearl Harbour, le Swordfish devait envoyer par le fond le premier des mille cent treize navires marchands japonais coulés par la flotte de sous-marins américains pendant la guerre.
Une des fonctions subsidiaires du sous-marin étant de porter secours aux naufragés ils étaient disposés parallèlement aux routes des Boeing B-29, qui bombardaient le Japon à partir de leurs bases des îles mariannes. Au total, environ cinq cent aviateurs contraints à u atterrissage forcé furent secourus. Le dernier Maru
Fut coulé par le sous-marin américain Torsk la veille de la reddition du Japon. Il était le dernier des mille cent treize bateaux qui sombrèrent au cours du conflit, représentant un total de 4.8 millions de tonnes, contre cinante-deux sous-marins américains perdus.



























































