ASSAUT DE TARAWA
Le débarquement sur Tarawa constitua l’une des opérations les plus difficiles que les Américains eurent à mener pendant la guerre du Pacifique. Totalement exposés au feu de l’ennemi, les marines, qui n’avaient pu prendre place à bord des véhicules amphibies chenillés de la première vague d’assaut, durent marcher dans l’eau sur près d’un kilomètre avant d’atteindre les plages.
Tarawa se présente comme un récif de corail sbmergé affectant grossièrement la forme d’un arc, récif dont seule une partie émerge des vagues pour former plusieurs îlots recouverts de broussailles et de palmiers. L’arc renferme on lagon dans lequel il n’est possible de pénétrer que par un seul chenal, à l’extrêmité nord de l’archipel. L’aérodrome et le gros des forces japonaises se trouvaient sur Betio, l’îlot le plus roche du chenal. Long de 4 800 m, Betio constutua tout naturellement l’objectif principal des Américains.
Avant d’atteindre les plages, la force de débarquement (commandée par le contre-amiral Harry Hill et le général Julian Smith, chef de la 2nd Marine Division) allait devoir franchire une barrière de corail offrant un tirant d’eau maximal de 1,05 m. Les LCVP (embarcations d’assaut) qui allait transporter ne serait-ce que le matériel nécessaire à l’opération avaient quelque chance de passer, en raclant peut-être le fond de l’eau de leur quille, si elles n’étaient pas trop lourdement chargées. En revanche, les LCM (barges de débarquement) utilisées pour le transport des véhicules et des chars légers seraient remarquablement stoppées.
Un grand nombre de véhicules amphibies américains furent stoppés par le dispositif de défense érigé par les Japonais et ne parvinrent pas à se frayer un chemon vers l’intérieur de l’île.
Les LVT entrent en scène
Les seules embarcations disponibles dans le Pacifique à la fin de l’année 1943, susceptibles d’épargner aux marines une longue marche d’approche dans les haut-fonds de Tarawa, sous le feu de l’ennemi, étaient les LVT (Landing Vehicules Tracked), utilisés jusque-là pour le ravitaillement de têtes de pont déjè solidement établies. Si les LVT 1 étaient entièrement dépourvus de blindage, les LVT 2 (au nombre d’une cinquantaine) étaient légère- ment blindés et armés de deux mitrailleuses (une de 7,62 mm et une de 12,7 mm). L’opération fut répétée plusieurs fois avec les véhicules disponibles, et des tôles à chaudières furent montées sur les côtés et l’avant de certains LVT 1 les tirs d’apui-feu étant censés supléer à l’inefficacité de ce type de protection.
Le commandant japonais, le contre-amiral Shibasaki, ayant tout naturellement disposé son armement lourd et ses principales fortifications face à la pleine mer. L’amiral Hill et le général Smith décidèrent de faire débarquer leurs hommes à l’intérieur du lagon. Des photographies aériennes prises par des avions de reconnaissance devaient cependant révéler que même ce secteur était puissamment défendu : le fond du lagon était parsemé d’obstacles sous-marins (mines-pièges, piquets) et un véritable mur de rondins de cocotiers, haut de 1,20 m bordait le litoral, des postes de mitrailleuses judicieusement placés interdisant à d’éventuels assaillants de l’utiliser comme abri.
Cloués au sol par des tirs provenant d’un blockhaus japonais, des marines assistent à la prise d’assaut de la position ennemie par un commando spécialement entraîné.
Le 13 novembre 1943, la Task Force 52 quitta Efate, dans les Nouvelles- Hébrides. Après avoir rattrapé, le 17 novembre un groupe de navires partis en avant avec les LVT 2, elle arriva à 10 km de Betio le 20, aux premières heures du jour. Les canons du navire amiral, L’USS Maryland, de deux autres cuirassés et desix croiseurs de la flottille engagèrent bientôt un duel d’artillerie avec les batteries côtières nipponnes, tandis que les détachements d’assaut des 2nd et 8th Marine Regiment quittaient déjà les navires descendant le long des gros filets de débarquement ; la première vague s’embarqua sur les LVT, la deuxième et la troisième sur les LCVP, et la quatrième sur les barges déjà chargées de matériel. Conduite par des dragueurs de mines et secorté de deux destroyers, la flotte de débarquement se dirigea vers l’étroit chenal au nord de l’archipel. Il faisait encore nuit lorsque les premières embarcations pénétrèrent furtivement dans le lagon et s’alignèrent face aux plages.
Raids de mitraillage
Quelques instants plus tard, aux premières lueurs du jour, des avions embarqués de l’Us Navy venantt de l’ouest surgirent à l’horizon. Pendant près d’une demi-heure, ils devaient mitrailler l’île, concentrant leurs tirs sur l’aérodrome et sur les moindres signes de présence ennemie. Lorsque les appareils s’éloignèrent vers le soleil levant, la batterie des navires postés au large entrèrent en action, noyant betio sous une grêle d’obus. Un épais nuage de fumée mêlée de pussière recouvrit bientôt l’île et le lagon, ralentissant considérablement la progression des LVT vers trois plages (Red 1, Red 2, et Red 3), qui constituaient les objectifs de la première vague.
Les premiers marines à prendre pied sur l’île furent ceux du petit détachement d’éclaireurs et tireurs d’élite du lieutenant Hawkins, chargé de prendre d’assaut la longue jetée séparant les plages Red1, Red 2, et Red 3, de neutraliser ses défenseurs et d’y s’accrocher jusqu’à l’arrivée des premières embarcations. Dissimulé par la fumée, le LCVP du commando s’échoua sur la barrière de corail à quelques dizaines de mètres de l’extrémité de la jetée. Hawkins et ses hommes s’élancèrent alors vers leur objectif, empruntant la rampe construite comme à leur intention par les Japonais le long de la jetée. Faisant immédiatement feu, les assaillants cherchèrent à s’abriter derrière les barils d’essence qui étaient empilés sur le quai (deux de ces derniers explosèrent pendant le combat). Les baraquements ou s’étaient retranchés les défenseurs furent attaqués aux lance-flammes, et l’incendie qui se déclara subséquemment détruisit une partie de la jetée. Cette dernière tomba peu après entre les mains des marines, qui avaient tué au cours de l’action une douzaine de soldats japonais. Entre-temps, les premiers LVT avaient franchi la barrière de corail et s’approchèrent déjà des plages dans un échange de tirs extrêmement nourris. A 9h10, les marines de la première vague descendirent des véhicules amphibies et se ruèrent vers les palissades de rondins bordant le front de mer. Une fois les postes de mitrailleuses côtiers anéantis par les obus tirés depuis les destroyers de l’escorte, les marines s’enterrèrent dans le sable, tirant sur tout ce qui bougeait à l’intérieur des terres, et attendaient la seconde vague.
Comme on pouvait s’y attendre, les LCVP et LCM avaient tous été stoppés net par la barrière de corail ; les fonds étaient encore plus hauts que prévu, et seules des embarcations à chenilles pouvaient aller de l’avant. Les soldats n’eurent d’autre ressource que de se laisser glisser dans l’eau et d’entamer une longue et pénible marche vers les plages. Leur progression freinée par l’eau qui leur arrivait à la ceinture, les marines étaient totalement exposés aux tirs ennemis. Avançant dans le lagon rougi par le sang des blessés et des morts, les assaillants furent cependant de plus en plus nombreux ; rien ne pouvait arrêter leur marche vers la côte.
Photographié au lendemain de la bataille, ces cadavres de soldts japonais gisent parmi les débris d’une casemate. Sur les 4 836 hommes que comptait la garnison japonaise, 4 690 furent tués ; seulement 17 soldats nippons et 129 auxiliaires coréens furent fait prisonniers par les Américains.
Une résistance acharnée
Cloués au sol sur les plages, les hommes ne progressèrent que très lentement vers l’intérieur de l’île. Les Japonais restèrent longtemps invisibles, seules les langues de feu jaillissant des nombreuses casmates dissimulées sous les broussailles trahissaient leur présence. Chacun de leurs mouvements plaçait les assaillants dans une ligne de tir différente, et le nombre des morts et des blessés crût à un rythme inquiétant. Le colonel Davids Shoup, qui dirigeait l’assaut prit pied sur la plage Red 2 peut après midi ; son premier message à l’amiral Hill allait indiquer : Issue des combats incertaine. Le sort des armes devait cependant très vite pencher en faveur des Américains, notamment aprè l’arrivée des premiers chars légers.
Tout au long de la journée, de nouvelles vagues d’hommes vinrent renforcer la tête de pont. Déchargée sur ce qui restait de la jetée, les premières pièces d’artillerie furent acheminées vers les unités les plus exposées au feu roulant de l’ennemi. A la tomber du jour, ce dernier aurait déjà perdu tout espoir de rejeter les assaillants à la mer. Il ne tenta aucune contre-attaque pendant la nuit qui suivit (le bombardement avait détruit le réseau de communication), le lendemain, (21 novembre) au matin, un autre bataillon de la 8th Marine Division débarqua à son tour, après avoir passé la nuit éprouvante au large à bord de ses LCVP.
Venant de prendre pied sur la plage de Tarawa, ces marines regardent un F6F Hellcat de l’Us Navy mitrailler les positions japonaises de l’intérieur de l’île. On aprçoit à l’arrière-plan plusieurs LVT.
La force de débarquement disposait désormais d’obusiers de bât, et les destroyers pilonnaient avec de plus en plus de précision les fortifications ennemies. Opérant une percée, deux compagnies de marine traversèrent l’aérodrome et atteignirent la côte orientale de l’île, ou ils se retranchèrent. Dans le même temps, l’ensemble de la côte occidentale de Betio passa sous le contrôle des Américains, ce qui permit à d’autres bataillons de Crète, en 1941, après que les parachutistes allemands se furent emparés de l’aérodrome de Maleme : les assaillants pouvaient recevoir des renforts en nombre toujours croisant, tandis que les défenseurs se trouvaient progressivement isolés et contraints à la reddition.
La contre-attaque de la dernière chance
L’avant-dernier jour de la bataille, les Japonais tentèrent enfin une sortie. Débouchant en masse de leurs casemates souterrainnes, 500 hommes se lancèrent à l’assaut de la position tenue par une compagnie de marines. Les pertes devaient être effroyables d’un côté comme de l’autre. Bénificiant désormais de la supériorité numérique, les Américains finirent par venir à bout de l’ennemi. Le lendemain matin, la 2nd Marine Division acheva de nettoyer l’île, anéantissant les derniers îlots de resistance au cours d’une action combinant chars et infanterie. Le 23 novembre à 13h12, le général Smith déclara Betio conquise.
A demi-protégé par des sacs de sable, un marine lance une grenade en direction d’une position japonaise. La conquête de Tarawa, puissamment fortifiée par les Japonais, coûta très cher aux Américains: plus de 1000 marines tués et 2000 blessés.
Les troupes japonaises et coréennes défendant les autres îlots de l’archipel furent rapidement neutralisées, même si les soldats nippons, pour leur part, combattirent pratiquement jusqu’au dernier ; seulement 17 d’entre eux, blessés, furent capturés vivants, les 129 autres prisonniers étant tous coréens. Sur les 4 836 hommes que comptait la garnison de Tarawa, 4690 étaient morts au combat. Dans l’autre camp, plus d’un millier de marines furent tués et il y eut plus de 2 000 blessés.
Scène de désolation au lendemain des premiers débarquements sur Tarawa: stoppés par les pieux plantés sur les plages de l’île par les japonais, ou détruits par l’artillerie ou les mines ennemies, des LVT américains jpnchent le bord de mer. Le débarquement de Tarawa constitua, dans sa première phase, l’une des opérations amphibies de l’US Navy les plus coûteuses de la guerre.


















































