LES PROCÈS DE 1945-1948

8 août 2014

LA RÉSISTANCE EN ALLEMAGNE 1re partie

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 4 h 41 min

Contre le nazisme, être résistant en Allemagne

En Allemagne, la résistance au nazisme ne fut le fait ni d’un seul groupe ni d’un mouvement de masse. Même s’ils furent une minorité, des Allemands, hommes et femmes de toutes les catégories politiques, sociales et religieuses, combattirent Hitler, connurent l’exil et les camps et trouvèrent la mort.

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Incendie du Reichstag, Berlin, 27 février 1933.

Lorsqu’on parle de la résistance allemande, il faut d’abord rappeler qu’il ne s’agissait ni d’un seul groupe ni d’un mouvement de masse. Certes, on y trouve des représentants de toutes les catégories politiques, sociales et religieuses, mais même aujourd’hui soixante ans après, il nous est pratiquement impossible d’avancer leur nombre exact. Les procédures juridiques sont une des principales sources pour obtenir une première estimation. Il s’agit aussi bien de dossiers de l’époque nazie que de ceux de l’après-guerre, lorsque les survivants en RFA et en RDA ont tenté d’obtenir une indemnisation ou la réinstallation dans leurs droits. Mais quel que soit le chiffre avancé – entre 150 000 et 500 000 résistants – leur nombre reste faible par rapport aux 70 millions de personnes que comptait le Reich avant la guerre. Les premiers touchés par la répression furent notamment les adversaires politiques des nationaux-socialistes. La chasse aux communistes commence dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933. Trois semaines plus tard, le 22 février, SA et SS deviennent police auxiliaire en Prusse. Arrêtés en masse un jour après l’incendie du Reichstag à la suite de l’ordonnance du 28 février sur la protection du peuple et de l’État, les communistes obtiennent quand même 12,2% lors des élections du 8 mars 1933. Étant donné qu’ils ne sont pas présents lors de la première réunion du nouveau Reichstag, les 43,9% des voix obtenus par le parti national-socialiste (NSDAP) plus les 11,2% pour le Centre (le parti des Catholiques), et les 8% pour les nationaux-démocrates (DNVP) suffisent à Adolf Hitler pour faire passer la loi sur les pleins pouvoirs à la majorité des deux tiers imposée par la Constitution de la République de Weimar qui reste en vigueur jusqu’en 1945.
Les sociaux-démocrates qui avaient obtenu 18,2% lors des élections du 8 mars et ont voté contre la Loi sur les pleins pouvoirs sont la prochaine cible. En mai 1933, le parti crée une direction extérieure, la SOPADE, qui s’installe d’abord à Prague, puis à Londres. Le Centre cesse ses activités politiques après la signature du Concordat d’État entre l’Allemagne d’Hitler et le Vatican à Rome le 20 juillet 1933. Une semaine auparavant, le 14 juillet, Hitler déclare le NSDAP parti unique en Allemagne. À partir de cette date, toute forme d’engagement politique en dehors du mouvement national-socialiste est illégale et risque d’être sanctionnée immédiatement. Mais, même dans cette situation précaire et difficile pour tous les militants, la gauche n’est pas prête à oublier ses querelles. La rivalité entre communistes et sociaux-démocrates permet à la Gestapo de venir vite à bout de leurs organisations clandestines. Le même sort est réservé aux opposants – beaucoup moins nombreux – venant de la droite et du parti du Centre. Ils sont soit arrêtés soit mis à mort lors de la nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934 (Röhm-Putsch). Une partie des protestants s’organisent en octobre 1934 sous forme d’une Direction provisoire de l’Église confessant (Bekennende Kirche).

Les propositions de l’émigration allemande restent sans écho

L’acceptation du régime par la masse des Allemands, le succès de la politique menée par les nationaux-socialistes dans le domaine économique et social aussi bien que dans le domaine de la politique étrangère – retour de la Sarre au Reich en 1935 et annulation successive des stipulations du Traité de Versailles avec la réinstallation du service militaire le 16 mars 1935, signature d’un traité naval avec la Grande-Bretagne le 18 juin 1935 et remilitarisation de la Rhénanie le 7 mars 1936 mettent les esprits des résistants à rude épreuve.

Ni l’Union soviétique, ni la France, ni la Grande-Bretagne ne sont prêtes à écouter les propositions venant de l’émigration allemande qui s’est installée à Moscou à l’Hôtel Lux, à Paris à l’Hôtel Lutétia, ou encore à Prague et à Londres. Les voyages clandestins à Londres et à Paris en 1937 de l’ancien maire de Leipzig, Carl Goerdeler, un des leaders de l’opposition conservatrice en Allemagne restent également sans résultats. Étant donné que Goerdeler avait proposé, entre autres, de revenir à la situation d’avant la Première Guerre mondiale, pour les Britanniques aussi bien que pour les Français, les alternatives présentées par les élites conservatrices ne sont guère convaincantes.

En mars 1938, au moment de l’Anschluss (annexion de l’Autriche), la situation de la résistance en Allemagne semble désespérée. La plupart des militants – s’ils n’ont pas préféré renoncer à toute activité politique – se trouvent soit dans des camps de concentration, soit en exil à l’étranger. Mais seulement deux mois plus tard, avec la crise des Sudètes au mois de mai 1938, tout bascule. Hitler semble bien décidé à réaliser le programme qu’il avait annoncé aux plus hauts représentants politiques et militaires du Reich le 5 novembre 1937. Autour du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Beck, se forme un nouveau groupe constitué d’officiers et de hauts fonctionnaires d’État qui ne veulent en aucun cas courir le risque d’une nouvelle Grande Guerre. L’idée de ces hommes, issus de l’élite national-conservatrice est de faire arrêter Hitler au moment du lancement d’une attaque contre la Tchécoslovaquie. Mais à la dernière minute, sous la pression de l’action conjointe de Hermann Göring, le deuxième homme du IIIe Reich, de Konstantin von Neurath, l’ancien ministre des affaires étrangères, et de Joseph Goebbels, le ministre de la propagande, Hitler change d’avis et accepte l’idée lancée par Mussolini d’organiser une conférence à quatre à Munich.

La signature des accords de Munich en septembre 1938 marque la fin de cette première conspiration contre Hitler. Le général Beck donne sa démission et les membres du groupe cessent leurs activités. Une autre occasion se présente au cours de l’hiver 1939-1940 lors de la préparation de l’offensive contre la France. Cette fois-ci, c’est au tour du général Hans Oster du Service de contre-espionnage de l’armée de terre (Abwehr) de prendre l’initiative. Mais l’idée de mettre les adversaires au courant du début de l’offensive contre la France et la Belgique se solde par un échec : en reportant la date de l’attaque allemande à maintes reprises, Hitler – sans le savoir – jette le discrédit sur les informations données par Oster. La débâcle de la France, à l’été 1940, met de nouveau un terme à la conspiration des militaires.

Tentatives d’attentats et groupes de résistants

Mais la résistance contre Hitler ne se manifeste pas seulement du côté des élites. L’attentat contre la brasserie Bürgerbräukeller à Munich le 8 novembre 1939 est un acte isolé, préparé par un seul homme. La bombe fabriquée par le menuisier Georg Elser manque de peu son but parce qu’Hitler quitte les lieux plus tôt que prévu. Vu son efficacité, la Gestapo est au début convaincue que Georg Elser a bénéficié d’une aide venant de l’étranger. Ce n’est que quelques semaines plus tard, et grâce à d’autres activités, qu’elle s’aperçoit qu’un esprit de résistance est toujours vivace en Allemagne.

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Déblaiement après l’attentat à la bombe contre Hitler à la cave brasserie Bürgerbräu, Munich, 8 novembre 1939.

Après les arrestations massives au début des années trente, l’opposition a commencé à se réorganiser en Allemagne sous d’autres formes. De petits groupes apparaissent aussi bien du côté de la gauche que du côté de la droite. L’engagement dans la lutte contre le régime nazi s’intensifie avec le début de la guerre à l’est le 22 juin 1941 et avec la persécution des Juifs. Mais, malgré les activités de l’Orchestre rouge (un groupe de hauts fonctionnaires autour de Harro Schulze-Boysen, un officier de la Luftwaffe), le Groupe Baum (un réseau de Juifs à Berlin), la Rose blanche (un mouvement d’étudiants, créé par Sophie et Hans Scholl à Munich), les Edelweisspiraten à Cologne et la Swing-Jugend à Hambourg (tous les deux des mouvements de protestation organisés par des jeunes) – pour ne citer ici que quelques exemples -, il est incontestable qu’il s’agit toujours d’une minorité. Par rapport à la situation en France et dans les autres pays occupés de l’Europe, il ne faut jamais oublier que, pour un Allemand ou une Allemande, faire de la résistance est une décision difficile à prendre. Il faut s’engager non seulement contre son propre pays, mais aussi, si nécessaire, contre ses concitoyens. Combattre son propre gouvernement, même lorsqu’il s’agit d’un régime criminel, est un acte de haute trahison, puni de la peine capitale. Ce problème est au centre des débats organisés à partir de 1942 par le comte Helmut James Graf von Moltke sur son domaine à Kreisau en Basse-Silésie (d’où le nom Cercle de Kreisau). La nécessité d’un assassinat collectif des plus hauts représentants du régime (Hitler, Himmler, Göring) et la question de la légitimité d’une insurrection de la conscience (Aufstand des Gewissens), ne pose pas seulement problème à ces hauts fonctionnaires, mais aussi aux soldats qui ont tous fait serment de servir Hitler en personne.

Le 8 janvier 1943, quelques jours avant la capitulation de la sixième armée à Stalingrad, un premier contact est établi entre le général Beck, Carl Goerdeler et le Cercle de Kreisau. Mais pour pouvoir agir, il leur faut quelqu’un dans l’entourage d’Hitler, parce que celui-ci a pris l’habitude de se retrancher de plus en plus dans son Grand Quartier Général. Cet homme est le colonel Henning von Tresckow, le chef de l’état-major du groupe d’armée du Centre sur le front de l’Est. Après avoir été témoin des atrocités commises par les Einsatzgruppen dans les territoires occupés par les Allemands à l’Est, il est décidé à agir. Mais aucune des tentatives d’attentat contre Hitler ne réussit.

Arrestations, déportation et mises à mort

Cependant la Gestapo ne reste pas inactive. Après avoir réussi à l’été 1943 à démanteler le cercle de l’Abwehr autour du général Oster, elle arrête au début de 1944 son chef, l’amiral Canaris, et le comte Helmut James von Moltke. Le temps presse, mais chacun de ces échecs demande un changement et une adaptation des plans. Au moment du débarquement des Alliés le 6 juin 1944, il est déjà presque trop tard. Le colonel Claus von Stauffenberg, qui a pris la relève, est désormais le seul parmi les conjurés qui peut approcher Hitler. Le colonel von Tresckow, qui se trouve sur le front de l’Est, demande à son ami de lancer le coup d’État même au risque d’un échec pour prouver au moins l’existence d’une autre Allemagne. Mais l’attentat et l’opération Walkyrie du 20 juillet 1944 échouent. Lors de l’arrestation des différents acteurs, la Gestapo s’aperçoit, à sa grande surprise, qu’il ne s’agit pas d’un complot organisé par un petit groupe d’officiers ambitieux et bêtes, comme le soupçonnait encore Hitler dans son discours radiodiffusé dans la nuit du 20 juillet 1944. Stauffenberg et ses conjurés de la Bendelerstrasse avaient établi des contacts non seulement avec les élites conservatrices (Carl Goerdeler, Ludwig Beck, Helmut James Graf von Moltke), mais aussi avec presque tous les autres groupes de résistance en Allemagne. Grâce aux documents que la Gestapo découvre dans le quartier général de l’armée de terre à Zossen, Hitler donne l’ordre de remonter toutes ces filières et de procéder à une vague d’arrestations. Lors de cet Action orage (Aktion Gewitter), la majorité des résistants est arrêtée et même les membres de leurs familles sont internés. Dans les mois qui suivent, la vengeance d’Hitler est terrible : par dizaines, les résistants sont jugés et condamnés à mort par le président du Tribunal du peuple, Roland Freisler. Parmi ceux qui se trouvent encore dans les prisons ou dans des camps de concentration comme Flossenbürg, sur l’ordre du Reichsführer SS Heinrich Himmler, un grand nombre est assassiné juste avant la libération des camps. À la fin de guerre, la résistance allemande est donc littéralement décapitée.

La Résistance d’exilé

Les exilés allemands qui ont résisté au national-socialisme venaient d’horizons différents. Divisés, voire opposés sur le plan politique, religieux ou culturel, ils avaient pourtant des objectifs communs : incarner à l’étranger une autre image de l’Allemagne et entreprendre tout ce qui était en leur pouvoir pour contribuer à la chute de la dictature nazie. L’exil avait besoin de l’opposition au sein du Reich pour légitimer sa revendication de représentation d’une autre Allemagne, mais aussi pour combattre son isolement. Cette tâche était particulièrement ardue, car le syndrome de Vansittart sévissait pendant la guerre dans les pays alliés. Robert Vansittart était un prétendu représentant du Foreign Office, qui a soutenu à partir de 1940 dans de nombreux discours radiodiffusés que l’autoritarisme, le militarisme, l’impérialisme et la tendance au mépris de l’humanité étaient dans la nature même du peuple allemand. L’une des tâches essentielles des émigrants allemands résistants était de prouver à l’opinion mondiale qu’il n’en était rien, et que des forces démocratiques allemandes luttaient contre l’hitlérisme. Il s’agissait également pour les Allemands démocrates exilés d’éviter la mise en application des plans alliés de la division du Reich après la défaite nazie, et de tenter d’influencer les gouvernements alliés pour que l’Allemagne ait une place dans l’Europe de l’après-guerre. Par ailleurs, la propagande nazie minimalisait et diffamait la résistance allemande, et il fallait convaincre l’étranger de la réalité de cette opposition, y compris à l’intérieur du Reich. Mais il s’agissait également pour les exilés résistants, soumis même à l’étranger aux représailles des autorités nazies, de se procurer des informations sur ce qui se passait en Allemagne, ainsi que de faire passer clandestinement des tracts, des messages et de la littérature censurée. La résistance des exilés, au delà de ses fonctions de représentation, d’information à l’étranger et de soutien de la résistance en Allemagne, jouait donc également un rôle d’intermédiaire, de passeur entre la résistance intérieure et l’étranger.

Résistance politique

Les objectifs de cette forme de résistance étaient de soutenir les résistants restés dans le Reich et d’informer l’opinion mondiale sur la nature répressive et criminelle du régime nazi. Il s’agissait également de trouver des alliés à l’étranger pour isoler politiquement, moralement et économiquement le Reich et le mettre sous pression, afin de contribuer à la chute du régime nazi, mais aussi de poser les bases théoriques et idéologiques pour la reconstruction d’une Allemagne démocratique après la guerre.

L’exil des parties politiques. Sociaux-démocrates (SPD) La SOPADE, direction exilée du SPD, s’installa en 1933 à Prague, puis en 1938 à Paris, et trouva finalement refuge en juin 1940 à Londres. Ses objectifs étaient d’informer l’étranger sur la nature du régime hitlérien, de diffuser clandestinement des tracts dans le Reich, de soutenir les groupes de résistance sociaux-démocrates restés en Allemagne, et de mettre en place des réseaux permettant à des persécutés de fuir l’Allemagne.

Communistes (KPD)

Selon les instructions de Moscou, seuls les plus hauts fonctionnaires du parti qui avaient pu échappé à l’arrestation par les nazis s’exilèrent en 1933 en URSS, où furent fondés le comité central et le bureau politique exilés du KPD. Ernst Thälmann, le dirigeant du parti, et Ernst Torgler, le chef de la fraction communiste au Reichstag, avaient été arrêtés en février-mars 1933. Les autres membres du parti devaient rester dans le Reich afin de provoquer un soulèvement antifasciste de masse en Allemagne. Selon les instructions de Staline, leur rôle consistait à combattre non seulement les nazis, mais aussi les sociaux-démocrates, qualifiés de sociaux-fascistes. En 1935-36, la tentative de former un Front populaire contre le nazisme avec les sociaux-démocrates se solda par un échec, car ceux-ci refusèrent de se plier aux directives de Moscou. A partir de 1945, les dirigeants communistes exilés à Moscou furent nommés à des postes clefs de l’administration dans la zone d’occupation soviétique, puis prirent la direction du parti SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands) et du gouvernement lors de la création de la RDA. Libéraux Les politiciens centristes exilés Carl Spiecker et Otto Klepper fondèrent à la fin de l’année 1937 à Paris le DFP, Parti de la Liberté allemand (Deutsche Freiheitspartei), qui poursuivit ses activités à Londres après l’occupation de la France par l’armée allemande. Hans Albert Kluthe, membre du DFP, fut le rédacteur en chef du journal libéral exilé Das wahre Deutschland – Auslandsblätter der deutschen Freiheitspartei, et établit le programme de la radio antifasciste allemande Deutscher Freiheitssender qui émettait à partir d’Angleterre. Le DFP avait par l’intermédiaire de Carl Spiecker des contacts avec Goerdeler et son groupe de résistance.

Tentatives d’Union des Forces Résistantes. Front populaire allemand De célèbres exilés allemands, notamment Wilhelm Pieck, Walter Ulbricht, Willy Brandt, Ernst Bloch, Lion Feuchtwanger, Heinrich et Klaus Mann et Ernst Toller, apposèrent leur signature à un appel à la formation d’un Front populaire allemand (Deutsche Volksfront), publié à Paris le 19 décembre 1936. L’expérience de ce Front populaire allemand se solda par un échec, en raison des frictions et des oppositions politiques entre les divers partis ; dès 1937, le Front se disloqua, avant d’être dissous officiellement en 1939 en raison du pacte conclu entre Hitler et Staline. Union franco-allemande Au mois de mai 1939 naquit l’Union franco-allemande ; ses fondateurs, parmi lesquels les émigrants allemands Alfred Döblin, Franz Werfel, Otto Klepper, Willi Münzenberg et Hermann Rauschning, et les Français Paul Boncour et Yvon Delbos, anciens ministres des Affaires étrangères, se sont engagés pour la préservation de la paix et la cohabitation pacifique des nations européennes, sur la base des valeurs humanistes traditionnelles de la civilisation occidentale. Council for a Democratic Germany (CDG) En 1944 fut fondé aux États-Unis le Council for a Democratic Germany (CDG), présidé par Paul Tillich ; l’objectif de cette organisation était de représenter à l’étranger les forces démocratiques allemandes de tous les horizons politiques. Le CDG a ébauché un programme pour une Allemagne démocratique après la guerre, s’est résolument opposé à la division du pays après la défaite nazie, et a réclamé d’autre part une dénazification par l’éducation des Allemands à la démocratie, en souhaitant que cela soit fait par d’anciens exilés allemands. Le CDG fut un échec, car les décisions devaient être prises à l’unanimité, ce que les oppositions internes entre les représentants des divers partis rendirent impossible. Comité national de l’Allemagne libre (Nationalkomitee Freies Deutschland, NKFD) Ce comité fut fondé en 1943 par la section politique de l’armée soviétique et par le comité central du KPD exilé à Moscou ; ses objectifs étaient, au moyen d’un travail de propagande, de détourner les prisonniers de guerre allemands du nazisme et d’encourager les soldats allemands à déserter. Le NKFD tentait de rallier toutes les tendances politiques à l’union contre Hitler ; dans ses rangs, on ne comptait pas uniquement des communistes, mais aussi, par exemple, une centaine de pasteurs, prêtres et étudiants en théologie de la Wehrmacht, prisonniers dans les camps russes, qui se sont joints au NKFD en raison des persécutions dont étaient victimes les Églises dans le Reich. Les communistes, notamment Wilhelm Pieck et Walter Ulbricht, futurs dirigeants de la RDA, ont finalement pris la tête du NKFD, qui est devenu un instrument de propagande entre les mains du gouvernement soviétique.

L’Autre Allemagne (Das Andere Deutschland) et Allemagne Libre (Freies Deutschland) En 1937 fut fondé en Argentine le comité L’Autre Allemagne (Das Andere Deutschland), et en 1941-42 naquit au Mexique le mouvement Allemagne Libre (Freies Deutschland). En 1943, ces deux comités créèrent des organismes de coordination dans toute l’Amérique latine, où vivaient beaucoup d’Allemands, et où s’opposaient nazis et résistants allemands. D’inspiration communiste tout comme le NKFD, ces comités, dont Heinrich Mann avait la charge honorifique, regroupaient toutefois des résistants allemands de tous les horizons politiques et idéologiques. Leur travail consistait à informer l’opinion mondiale en diffusant des publications antifascistes et à développer des concepts pour la nouvelle Allemagne d’après-guerre.

Les projets d’union des différents mouvements de résistance exilés échouèrent notamment en raison des divergences politiques. La volonté du journaliste exilé à Londres Sebastian Haffner, de son vrai nom Raimund Pretzel, de former un gouvernement allemand exilé qui disposerait de son propre service de propagande et d’une organisation d’aide aux réfugiés, ne put s’imposer en raison des divisions internes entre les divers mouvements de résistance, et la Résistance allemande n’avait donc pas d’organe unifiant les forces ni de gouvernement exilé susceptible de représenter politiquement l’autre Allemagne à l’étranger.

Résistance armée

Environ 5 000 Allemands, pour la plupart des communistes et des socialistes, se sont engagés à partir de 1936 dans la guerre civile d’Espagne aux côtés des Républicains, au sein des Brigades Internationales ; les deux tiers d’entre eux sont morts au combat. Pendant la guerre, des Allemands ont également combattu dans les armées alliées, comme par exemple les écrivains Klaus Mann, qui a combattu aux côtés des Américains, et Stefan Heym, qui a travaillé pour les services de propagande de l’armée américaine. Des déserteurs se sont également joints aux armées alliées. D’autres Allemands ont choisi de s’engager dans les mouvements de résistance des pays occupés. Ainsi, à partir de 1941, plusieurs centaines d’Allemands se sont engagés dans la Résistance française, notamment dans la division Travail anti-allemand du Front National de Libération (FNL). Leur tâche consistait à apporter leur aide dans tous les domaines pour lesquels des connaissances linguistiques ou de civilisation étaient nécessaires, comme l’espionnage, la prise de contact avec des Allemands, et la diffusion de propagande antifasciste au sein de l’armée allemande. De nombreux Allemands, surtout des communistes, ont également résisté et combattu dans le maquis aux côtés des Francs-tireurs et Partisans Français (FTPF). D’autres résistants allemands se sont engagés dans les mouvements gaullistes. Au printemps 1944 s’est constitué dans le maquis français, sur le modèle du Comité National de l’Allemagne libre (Nationalkomitee Freies Deutschland) fondé à Moscou, un Comité de l’Allemagne libre pour l’Occident (Komitee Freies Deutschland für den Westen), qui a été reconnu après la libération de la France comme une division à part entière de la Résistance française. D’autres Allemands ont rejoint la Résistance grecque (ELAS), comme par exemple Falk Harnack, membre du groupe de résistance La Rose Blanche (Die Weiße Rose) et frère d’Arvid Harnack, l’un des fondateurs du mouvement résistant L’Orchestre rouge (Die Rote Kapelle). Falk Harnack a déserté pour rejoindre l’ELAS, et a fondé le Comité antifasciste de soldats allemands (Antifaschistisches Komitee deutscher Soldaten, AKFD). Et Willy Brandt, futur chancelier allemand, a combattu au sein de la Résistance norvégienne.

Résistance culturelle

L’écriture de l’exil dénonçait le national-socialisme, informait l’opinion mondiale sur la nature de la dictature nazie en diffusant des journaux comme le Pariser Tagesblatt, des brochures, des livres ou des tracts antifascistes, en rédigeant des articles pour la presse étrangère (Heinrich Mann par exemple collaborait à la Dépêche de Toulouse), mais traitait également de l’exil, des difficultés à être apatride, clandestin, constamment en fuite. Les résistants ont organisé des conférences et des expositions, ont monté des cabarets satiriques, ont mis en scène des pièces de théâtre allemandes interdites en Allemagne, et ont fondé des comités de lutte antifasciste. Il s’agissait d’une résistance intellectuelle qui s’est exprimée de façon individuelle dans des œuvres littéraires ou des actions ponctuelles, mais qui a également donné lieu à la création de cercles de réflexion et de publications antifascistes destinées à éveiller et faire réagir les consciences contre la dictature hitlérienne. C’est ainsi qu’a été publié en juillet 1933 le Livre brun sur l’incendie du Reichstag et le régime de terreur hitlérien (Braunbuch über Reichstagsbrand und Hitlerterror), traduit en quinze langues, dont 70 000 exemplaires furent diffusés dès les quatre premiers mois, et qui fut tiré en tout à plus d’un demi-million d’exemplaires. Et en 1934 fut créée à Paris sur l’initiative de Heinrich Mann, André Gide et Romain Rolland une Bibliothèque des livres brûlés en Allemagne (Deutsche Freiheitsbibliothek, littéralement la Bibliothèque allemande de la Liberté), qui rassemblait des œuvres qui avaient été interdites et brûlées par les nazis lors de l’autodafé de livres en 1933. L’offensive de la vérité menée par ces résistants allemands exilés prit de l’ampleur. Plus de 400 journaux, revues et bulletins d’information furent publiés par les résistants émigrés, dont une grande partie put être diffusée clandestinement dans le Reich. L’Association de défense des écrivains allemands (Schutzverband deutscher Schriftsteller), fondée à Paris, diffusait ainsi clandestinement en Allemagne des journaux, revues et discours antifascistes. Ces périodiques informaient non seulement les Allemands du Reich et les exilés, mais également les politiciens, gouvernements et journalistes de l’étranger. Citons par exemple Das Wort, publication antifasciste allemande créée par Feuchtwanger, Brecht et Bredel à Sanary-sur-Mer (la capitale de la littérature allemande de l’exil, comme l’a nommée Ludwig Marcuse, où près de deux cents auteurs allemands ont trouvé provisoirement refuge), ou encore Die Sammlung, revue éditée par Klaus Mann à Amsterdam, Die neuen deutschen Blätter (Prague), Der Wiener Bücherwurm, Der Gegen-Angriff (Prague), Der deutsche Weg (revue éditée aux Pays-Bas par l’anthropologue catholique Friedrich Muckermann), Das deutsche Volksecho (revue publiée par Stefan Heym à New-York de 1937 à 1939), la revue Frontpost, destinée aux soldats allemands, publiée par Stefan Heym dans le cadre de la guerre psychologique menée par l’armée américaine, les éditions Allert de Lange, fondées à Amsterdam par Hermann Kesten, ou encore la revue Cahiers du Sud de Jean Ballard, lieu d’expression pour les écrivains et journalistes antifascistes allemands.  En 1933 fut fondée à Paris l’Impress, agence de presse indépendante créée par Kurt Rosenfeld et Sandor Rado ; elle fournit jusqu’en 1936 des extraits de la presse allemande et des commentaires critiques sur l’Allemagne nazie. Le travail des agences de presse, des journalistes et des conférenciers, diffusé dans la presse écrite mais aussi à la radio, sans oublier les livres écrits par de grands écrivains exilés comme Thomas Mann, les récits de persécution et de fuite, et les ouvrages rédigés par des politiciens exilés de la République de Weimar, permirent d’informer l’opinion mondiale sur la nature du régime nazi. Cette forme de résistance débuta bien avant la guerre : Ernst Toller et Lion Feuchtwanger reconnurent très tôt le danger et dénoncèrent Hitler dans leurs livres bien avant son arrivée au pouvoir. Joseph Roth, Thomas Mann, Kurt Tucholsky et Carl von Ossietzky étaient eux aussi depuis longtemps des ennemis déclarés du nazisme. Mais leurs prises de position et leur engagement ne furent pas suffisamment pris au sérieux et ne purent empêcher l’arrivée au pouvoir des nazis. Environ 2 500 écrivains germanophones s’exilèrent pour des raisons racistes ou politiques, car ils risquaient leur vie en Allemagne. Mais ces écrivains avaient des convictions politiques et intellectuelles tellement différentes qu’ils n’ont pu parvenir à s’unir. Le 1er Congrès international d’écrivains pour la défense de la culture, organisé par l’Association de défense des écrivains allemands (Schutzverband deutscher Schriftsteller, SDS) eut lieu à Paris en 1935 ; des écrivains français, notamment André Gide, André Malraux, Henri Barbusse, Paul Eluard et Aragon, y participèrent. Cette manifestation trouva un grand écho dans la presse internationale, mais souligna encore plus les divergences idéologiques profondes entre les exilés et leur incapacité à s’unir, même s’ils partageaient le même sort et la même hostilité envers Hitler. En dépit de ces divisions, la littérature de l’Exil a tout de même atteint son objectif, qui était de combattre la terreur nazie avec l’arme que représentent les mots : les écrivains et journalistes exilés purent contribuer à mobiliser l’opinion mondiale contre la terreur nazie, diffuser des informations politiques grâce à leurs réseaux d’informateurs restés dans le Reich, et former ainsi un efficace instrument de contre-propagande redouté par le régime nazi. Les persécutions dont furent victimes les écrivains et journalistes pendant le Troisième Reich en sont la preuve ; la politique culturelle du Reich consistait à éliminer les contestataires, surveiller les maisons d’éditions, censurer, et brûler les livres mis à l’index. Les écrivains, qui s’étaient pour la plupart exilés, formaient la majorité des personnalités pour lesquelles les nazis avaient engagé des demandes d’extradition. Les personnalités les plus représentatives de l’exil et les plus respectées par l’ensemble de l’opinion internationale étaient d’ailleurs des écrivains comme Heinrich Mann ou son frère Thomas Mann, et non d’anciens ministres et parlementaires de la République de Weimar ou des dirigeants de parti.

Résistance religieuse

Le pasteur Hermann Maas fit en 1933 un voyage en Palestine afin de trouver des possibilités de fuite pour les juifs allemands. Ce réseau donna naissance au Comité ecclésiastique international d’aide aux réfugiés allemands (Internationales kirchliches Hilfskomitee für deutsche Flüchtlinge). Il faut souligner également les initiatives individuelles, comme celle du Père jésuite Friedrich Muckermann, réfugié aux Pays-Bas, qui parvint à diffuser clandestinement en Allemagne des tracts antinazis dans des cercles religieux en Rhénanie et en Westphalie. Des adolescents, comme Theo Hespers, Walter Hammer et Karl Paetel, ont pu à partir de leur pays d’exil diffuser des journaux et des tracts antinazis en Allemagne.

Résistance scientifique

Les scientifiques dont les travaux étaient déconsidérés par les autorités allemandes ou qui étaient d’origine juive se sont pour la plupart exilés en Angleterre ou aux États-Unis, où ils ont travaillé pour les gouvernements étrangers, y compris pour l’élaboration de nouvelles armes et technologies. Albert Einstein, au delà de son travail scientifique, a également profité de sa notoriété mondiale pour s’engager activement dans la lutte politique au moyen de conférences, d’interventions dans des universités et d’articles de journaux.

Aide aux réfugiés

Kurt Grossmann, secrétaire de la Ligue des Droits de l’Homme allemande, s’exila en Tchécoslovaquie. Il créa à Prague l’Organisation démocratique d’assistance aux réfugiés (Demokratische Flüchtlingsfürsorge), qui venait en aide aux pacifistes allemands exilés en Tchécoslovaquie. Les communistes créèrent des réseaux qui permettaient à des persécutés de fuir l’Allemagne, ainsi qu’une organisation venant en aide aux réfugiés, l’Aide Rouge Internationale (Internationale Rote Hilfe).

Représailles nazies

L’Offensive de la Vérité (Wahrheitsoffensive) menée par les exilés résistants contrecarrait la stratégie de propagande nazie qui consistait à minimiser le danger et à masquer les intentions réelles du gouvernement national-socialiste. Les résistants exilés revendiquaient la représentation d’une autre Allemagne, ce qui contredisait la prétention nazie d’une identité totale entre le gouvernement et l’État, le national-socialisme et l’Allemagne. La propagande nazie tentait d’établir un monopole sur tout ce qui était allemand, en l’adaptant à sa propagande. La mythologie germanique et l’œuvre de Nietzsche ont été ainsi galvaudés à des fins de propagande. Les résistants exilés qui tentaient de préserver l’héritage de la tradition culturelle allemande et de la démarquer du régime nazi représentaient donc un danger pour celui-ci. Le gouvernement national-socialiste a par conséquent tenté par tous les moyens d’éliminer cette opposition : propagande nazie, interventions diplomatiques, surveillance des exilés et de leurs activités à l’étranger par des agents de la Gestapo et par les consulats et ambassades allemands, demandes d’extradition, internement en camp de concentration en cas de retour en Allemagne, privation de la nationalité allemande, confiscation des biens, prise en otage de la famille des exilés ou encore enlèvements et meurtres. Propagande nazie La propagande de Goebbels opposait de façon systématique aux informations antinazies publiées à l’étranger par des exilés des démentis et des déclarations officielles. En présentant les exilés comme des informateurs peu dignes de foi, la dictature nazie tentait de neutraliser l’opposition au régime, mais aussi de conserver à l’étranger l’illusion que le Reich restait un État de Droit, et par là même un partenaire comme les autres dans les relations diplomatiques internationales. L’arme la plus efficace de la contre-propagande nazie consistait à jouer avec la peur du communisme des gouvernements étrangers. Étant donné que la grande majorité des émigrants étaient des communistes, qui avaient dû fuir pour échapper aux poursuites qui les menaçaient en Allemagne et à l’internement dans des camps de concentration, cet argument de la propagande nazie était plausible, et a contribué à discréditer les activités des résistants allemands exilés. En 1933, le premier ministre anglais, Lloyd George, a ainsi déclaré dans un article de journal que l’Allemagne constituait un rempart au communisme, et que la chute du régime nazi entraînerait inévitablement l’anarchie et la prise du pouvoir par les communistes (Communism must follow if Hitler fails). Le danger que représentait Hitler a ainsi été souvent sous-estimé ou relativisé à l’aune de la « menace communiste.

Interventions diplomatiques Les tentatives d’intimidation des gouvernements étrangers par des interventions diplomatiques furent très nombreuses et systématiques. La pression diplomatique exercée par le gouvernement nazi était considérable et laissait souvent peu de liberté de manœuvre aux pays concernés. Ainsi, en 1933, les autorités allemandes ont obtenu du ministère des Affaires étrangères grec l’annulation d’un projet de permis d’entrée dans le pays pour mille intellectuels et politiciens allemands émigrés, en insinuant que la présence de tels fugitifs en Grèce nuirait considérablement aux excellentes relations diplomatiques entre les deux pays, et que cela entraînerait tôt ou tard de graves difficultés. Les exemples d’interventions diplomatiques ne manquent pas ; ainsi, le régime nazi a tenté à plusieurs reprises, au moyen de demandes d’extradition auprès des gouvernements étrangers, de faire revenir de force des résistants allemands en Allemagne, afin de les mettre hors d’état de nuire. Les motifs de ces demandes d’extradition étaient la plupart du temps des calomnies ; les personnes concernées étaient souvent accusées de délits tels que la corruption ou le recel de biens, car les autorités allemandes ne voulaient en aucun cas que des accusations d’ordre politique suscitent des problèmes diplomatiques. En effet, la pression de l’opinion internationale était considérable ; la presse et les organisations humanitaires déclenchaient systématiquement des campagnes de presse contre l’Allemagne, en l’accusant de violer le droit d’asile. Ces demandes d’extradition furent parfois vouées à l’échec grâce au refus des pays concernés de livrer les exilés. Ainsi, lorsqu’en 1934, l’Allemagne a demandé à la Suisse de lui livrer le communiste Heinz Neumann, soi-disant coupable de meurtre, le gouvernement suisse n’a pas cru à cette accusation infondée et a refusé de livrer Neumann aux nazis. Peter Forster fut par contre livré à l’Allemagne en 1938 par le gouvernement tchécoslovaque. Ce cas a suscité une violente controverse ; Forster avait tué un gardien SS lors de sa fuite du camp de Buchenwald ; il avait trouvé refuge en 1938 dans la partie de la Tchécoslovaquie qui n’était pas encore occupée par les Allemands. Le gouvernement nazi exigea l’extradition de Forster, ce que la Tchécoslovaquie pouvait difficilement refuser, en raison de la situation politique très tendue entre les deux pays, à peine un mois après la conférence de Munich. Les tentatives diplomatiques entreprises pour sauver Forster échouèrent ; il fut arrêté en décembre 1938 dans un aéroport, alors qu’il tentait de prendre la fuite, et les nazis le pendirent au camp de Buchenwald, d’où il avait fui quelques mois auparavant.

Les demandes d’extradition ont parfois donné lieu à des accords avec des gouvernements étrangers, comme entre les polices politiques du Reich et de la Hongrie, pour livrer les émigrants ou prendre des mesures contre des exilés. Certains pays ont également pris des mesures contre les résistants allemands dans le cadre de la politique de l’Apaisement, pour éviter tout conflit avec le régime hitlérien ; ainsi, lorsque les Pays-Bas ont emprisonné des émigrants allemands communistes, cette décision, qui allait totalement dans le sens de la politique hitlérienne, fut saluée par la presse nazie. D’autres interventions locales, comme celle du chef de la police de Stockholm, qui a interdit la distribution de tracts antinazis aux marins et voyageurs, ont également contribué à entraver les initiatives des résistants allemands, et furent louées par le régime hitlérien. Les interventions diplomatiques visaient également à interdire la propagande antinazie à l’étranger. Les autorités allemandes sont ainsi intervenues auprès du gouvernement suisse pour tenter d’interdire le cabaret satirique Le Moulin à Poivre (Die Pfeffermühle) d’Erika Mann, la fille de l’écrivain Thomas Mann, et pour empêcher la publication de livres antifascistes. De même, lorsqu’en février 1938 fut inaugurée à Paris une exposition documentant les cinq années de régime nazi, un article de l’organe de presse du gouvernement hitlérien, le Völkischer Beobachter, déplora ce Scandale à Paris, en alléguant que cette exposition était un brutal défi visant à la destruction des relations amicales commençant à s’établir entre la France et l’Allemagne. La coopération avec les émigrés allemands, qualifiés de fauteurs de troubles, était jugée scandaleuse. La prolongation de la durée de l’exposition, en dépit des protestations allemandes, fut interprétée par les autorités nazies comme une volonté délibérée du gouvernement français d’accentuer les tensions diplomatiques entre les deux pays. Représailles juridiques Le régime nazi a mis en place dès son arrivée au pouvoir tout un arsenal de lois et de mesures visant à décourager et punir toute propagande ou activité antinazie ; les exilés furent souvent victimes de cet acharnement nazi à détruire toute forme d’opposition. Tout d’abord, la presse allemande exilée était interdite ; les contrevenants commettaient selon le régime nazi un crime de haute-trahison et étaient par conséquent menacés de la peine de mort. La législation concernant la trahison sournoise (Heimtückegesetz), promulguée le 21 mars 1933, interdisait également toute critique orale envers le régime nazi. D’autre part, les exilés qui revenaient en Allemagne, puisqu’ils étaient considérés comme des traîtres à la patrie, étaient internés par mesure préventive en camp de concentration. L’un des buts de ces représailles était d’éviter tout contact entre des personnes ayant vécu à l’étranger et la population du Reich manipulée par la propagande nazie. Il s’agissait également d’empêcher toute communication entre des résistants exilés et l’opposition illégale au sein du Reich. Par ailleurs, la loi sur la privation de la nationalité allemande du 14 juillet 1933 permettait au régime hitlérien de priver de leur nationalité les exilés allemands qui critiquaient la politique nazie. En 1935-36, un projet de privation massive de la nationalité des exilés allemands n’a finalement pas été mis en application par crainte de représailles de la SDN, indésirables à cause des Jeux Olympiques de Berlin. Les exilés, notamment les catholiques, les socialistes et les communistes, furent souvent pris comme prétexte pour justifier des représailles au sein du Reich ; ces mesures étaient sensées décourager toute tentative de résistance à l’étranger, qui serait ainsi lourde de conséquences. De même, en 1938, lorsque, sur l’initiative du président américain, un comité international s’est efforcé de trouver une solution au problème des réfugiés allemands, le gouvernement hitlérien a déclaré que des critiques des gouvernements étrangers envers la politique nazie auraient des conséquences négatives pour les juifs résidant en Allemagne. Prises d’otages En 1933, la famille de Philip Scheidemann, un éminent parlementaire social-démocrate de la République de Weimar, fut prise en otage et envoyée en camp de concentration après la publication de l’un de ses articles dans le New York Times. Scheidemann se rétracta et sa famille fut libérée. Pour le régime hitlérien, ce cas était sensé statuer un exemple : l’incident aurait prouvé, selon la presse nazie, que les émigrants ne propageaient que des mensonges et des calomnies à l’étranger ; ces représailles avaient pour but de dissuader les émigrants de poursuivre leur travail d’information dans la presse étrangère. Un autre cas de prise d’otage a suscité l’indignation de l’opinion mondiale. En décembre 1933, l’ancien parlementaire social-démocrate Gerhard Seger parvint à s’échapper du camp de concentration d’Oranienburg et à trouver refuge en Tchécoslovaquie ; ses tentatives visant à faire fuir sa famille, afin qu’elle le rejoigne dans son exil, échouèrent. En janvier 1934, sa femme et sa fille âgée de deux ans furent emprisonnées en détention protectrice (Schutzhaft). Seger ne se laissa pas intimider par ces représailles et rédigea un livre dans lequel il décrivait ce qu’il avait vécu et observé dans le camp d’Oranienburg. La publication de ce livre a soulevé de nombreux commentaires dans la presse internationale, qui s’est également indignée de la prise d’otages. Ainsi, en avril 1934, un journal anglais titrait : Baby labelled Political Prisoner N° 58. Ce cas a suscité un scandale diplomatique ; et grâce à la pression de l’opinion mondiale, Madame Seger et sa fille furent finalement remises en liberté après trois mois de détention, et furent autorisées à rejoindre Gerhard Seger à Londres. Le régime nazi dut se contenter de priver la famille Seger de sa nationalité allemande. Enlèvements et meurtres Lorsque toutes ces mesures n’atteignaient pas leur but, le régime nazi n’a pas hésité à enlever et à assassiner des résistants allemands exilés. L’assassinat en août 1933 du pacifiste Theodor Lessing, qui s’était exilé en Tchécoslovaquie en février 1933, illustre bien que les résistants allemands n’étaient pas à l’abri des représailles de la dictature nazie, même à l’étranger. Le gouvernement aurait même promis une prime de 80 000 Reichsmark à la personne qui parviendrait à abattre Lessing. Les résistants qui organisaient la diffusion de tracts et de littérature illégale à partir des pays voisins étaient tout particulièrement exposés au danger. Ainsi, la Gestapo a essayé à plusieurs reprises d’enlever un fonctionnaire de la SOPADE, Otto Thiele, qui organisait à partir de son pays d’accueil, la Tchécoslovaquie, les activités illégales dans le Reich. Une prime de 10 000 Reichsmark aurait été promise aux ravisseurs, qui furent finalement arrêtés par la police tchécoslovaque. Ce type de mesures a déclenché des vagues de protestations dans les pays concernés, qui se sont insurgés contre cette violation de la souveraineté territoriale ; l’opinion publique internationale a également fortement protesté contre ces crimes.

Bilan

Les mouvements de résistance d’exilés allemands ont échoué en raison de leur isolement dans leur pays d’accueil, du manque de soutien de la communauté mondiale et surtout du manque de coordination entre les différents types d’opposition au nazisme. Mais les résistants, en dépit de leur échec, ont montré au monde entier un autre visage de l’Allemagne, celui du soulèvement des consciences allemandes révoltées par le national-socialisme.

 

La Rose blanche : résistance en Allemagne

Extrait de tract diffusé par le mouvement de la Rose blanche (Weisse Rose) de Hans et Sophie Scholl, en Allemagne, en janvier 1943.

Rien n’est plus indigne pour un peuple civilisé, que de se laisser, sans résistance, régir par l’obscur bon plaisir d’une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n’a pas honte aujourd’hui de son gouvernement ? Qui d’entre nous pressant quelle somme d’ignominie pèsera sur nous et nos enfants quand le bandeau, qui maintenant nous aveugle, sera tombé et qu’on découvrira l’atrocité extrême de ces crimes ? Nos yeux ont été ouverts par les horreurs des dernières années, il est grand temps d’en finir avec cette bande de fantoches. Jusqu’à la déclaration de guerre, beaucoup d’entre nous étaient encore abusés. Les nazis cachaient leur vrai visage. Maintenant, ils se sont démasqués et le seul, le plus beau, le plus sain devoir de chaque Allemand doit être l’extermination de ces brutes.

Extraits d’un tract de la Rose Blanche distribué le 18 février 1943

Etudiants! Etudiantes!

La défaite de Stalingrad a jeté notre peuple dans la stupeur. La vie de trois cent mille Allemands, voilà ce qu’a coûté la stratégie géniale de ce soldat de deuxième classe promu général des armées. Führer, nous te remercions!

Le peuple allemand s’inquiète : allons-nous continuer de confier le sort de nos troupes à un dilettante ? Allons-nous sacrifier les dernières forces vives du pays aux plus bas instincts d’hégémonie d’une clique d’hommes de parti ? Ne jamais plus! Le jour est venu de demander des comptes à la plus exécrable tyrannie que ce peuple ait jamais endurée. Au nom de la jeunesse allemande, nous exigeons de l’Etat d’Adolf Hitler le retour à la liberté personnelle ; nous voulons reprendre possession de ce qui est à nous ; notre pays, prétexte pour nous tromper si honteusement, nous appartient.

Il n’est pour nous qu’un impératif : lutter contre la dictature! Quittons les rangs de ce parti nazi, où l’on veut empêcher toute expression de notre pensée politique. Désertons les amphithéâtres où paradent les chefs et les sous-chefs S.S., les flagorneurs et les arrivistes. Nous réclamons une science non truquée, et la liberté authentique de l’esprit. Aucune menace ne peut nous faire peur, et certes pas la fermeture de nos Ecoles Supérieures. Le combat de chacun d’entre nous a pour enjeu notre liberté, et notre honneur de citoyen conscient de sa responsabilité sociale.

Etudiants, Etudiantes! Le peuple allemand a les yeux fixés sur nous! Il attend de nous comme en 1813, le renversement de Napoléon, en 1943, celui de la terreur nazie.

Nous nous dressons contre l’asservissement de l’Europe par le National-Socialisme, dans une affirmation nouvelle de liberté et d’honneur. Hans et Sophie Scholl furent décapités par les Nazis le 22 février 1943.

LA RÉSISTANCE EN ALLEMAGNE 2e partie

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 3 h 34 min

La résistance des sociaux-démocrates

Les sociaux-démocrates ont été avec les communistes les premiers opposants et résistants au nazisme, et furent de ce fait les premières victimes du régime. Les persécutions de la Gestapo ont causé d’énormes pertes humaines dans les rangs de ces partis.

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Contre la dictature et la tyranie. Manifestation en faveur de la Répubique. Berlin 1930.

Les sociaux-démocrates s’identifiaient à la République de Weimar et ont combattu pour sa survie. Dès la fin des années 20 furent organisées de grandes manifestations pour protester contre la montée du nazisme, et les organisations paramilitaires républicaines, les Reichsbanner et le Eiserner Front, composées essentiellement de sociaux-démocrates, ont combattu le Harzburger Front  formé du NSDAP, des nationalistes du Deutsch nationale Volkpartei de Hünenberg et du Stahlhelm. Les Reichsbanner, qui comptaient plus de trois millions de membres, et le Eiserner Front étaient toujours en alerte pour contrer des tentatives de putsch et défendre la République de Weimar. Mais les dirigeants du SPD étaient divisés et indécis quant à la stratégie à adopter en cas de putsch ; certains voulaient organiser une grève générale et de grandes manifestations, et privilégiaient l’intervention de troupes paramilitaires pour la défense de la démocratie, d’autres préféraient opter pour des solutions non-violentes et parlementaires, dans le cadre des mesures fixées par la loi.

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Manifestation du Eiserne front. Nuremberg le 12 février 1933.

Après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le 30 janvier 1933, les dirigeants du parti, divisés quant à l’attitude à adopter face au gouvernement hitlérien, n’ont pas donné de consignes pour organiser une action coordonnée contre Hitler. Des militants du SPD ont dans toute l’Allemagne rassemblé des armes en attendant un signal du parti, qui n’a pas eu lieu. A défaut de soulèvement, de grandes manifestations ont été organisées pour protester contre l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Ainsi, 20 000 sociaux-démocrates ont manifesté le 7 février à Berlin, 15 000 à Lübeck le 19 février, plusieurs dizaines de milliers également à Dortmund le 26 février. Les troupes nazies ont arrêté lors de ces manifestations des dirigeants du parti, et les SA et SS n’ont pas hésité à tirer dans la foule le 2 février à Lübeck, lors d’une manifestation de protestation contre l’arrestation du député social-démocrate Julius Leber, qui fut par la suite libéré pendant quelques temps, avant d’être arrêté de nouveau. Cela se reproduisit le 13 février à Francfort-sur-l’Oder. A partir de la mi-février, les manifestations et les rencontres de militants furent systématiquement dispersées par la police, les SS et les SA.

La dictature nazie s’est mise en place extrêmement rapidement et a instauré la terreur dans le pays : après l’incendie du Reichstag, le 27 février, plus de 4 000 sociaux-démocrates, communistes et libéraux ont été arrêtés. Le 28 février, Hindenburg s’est appuyé sur l’article 48 de la Constitution, conférant au Président de la République les pleins pouvoirs en cas de crise, pour promulguer une ordonnance pour la protection du peuple et de l’État. Les droits fondamentaux, notamment les libertés d’expression, de réunion, d’association, le droit de propriété, le secret postal, l’inviolabilité du domicile, furent suspendus. Le gouvernement du Reich s’est octroyé le droit d’intervenir dans les Länder, et des peines de mort ou de travaux forcés étaient prévues pour les opposants qui menaceraient l’ordre public. Le 1er mars fut publié un décret qui assimilait l’incitation à la grève à la haute trahison. Le 6 mars, les sièges du SPD et du KPD, ainsi que des syndicats et des maisons d’édition, furent occupés et le parti communiste fut interdit. Et le 21 mars ont été créés les camps de concentration de Dachau et d’Oranienburg, pour emprisonner les opposants politiques.

Une cinquantaine de camps secondaires, contrôlés par les SA, furent créés au cours des mois suivants. Les résistants allemands furent les premiers prisonniers des camps de concentration et durent même aider à construire certains d’entre eux, comme le camp de Buchenwald, en 1937. Au printemps 1933, plusieurs dizaines de milliers de personnes, essentiellement des sociaux-démocrates et des communistes, ont été envoyées en camp de concentration.

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Camp de concentration d’Oranianburg. avril 1933.

Étant donné ce climat de terreur, les perquisitions, les arrestations et les tortures, la liberté d’action des sociaux-démocrates était particulièrement infime. A la fin du mois de mars 1933, lorsque le Reichstag fut convoqué pour accorder au gouvernement hitlérien les pleins pouvoirs, 94 députés du SPD ont pris part au vote, malgré les menaces des SS et des SA. 26 députés du SPD avaient été arrêtés par les nazis ou s’étaient enfui et n’ont pas pu voter. Les sociaux-démocrates furent la seule fraction parlementaire qui vota contre la loi des pleins pouvoirs accordés à Hitler ; le parti communiste avait été interdit le 6 mars et tous les députés communistes étaient emprisonnés. Le chef de la fraction du SPD, Otto Wels, protesta officiellement devant les diplomates étrangers présents lors du vote contre cette atteinte à la liberté et à l’État de Droit. Hitler, en obtenant du Reichstag le droit de légiférer sans le contrôle du parlement pendant quatre ans, est devenu légalement dictateur. La démocratie parlementaire a été abolie par ce vote, ce fut la fin de l’État de Droit et le début officiel de la Gleichschaltung, la mise au pas de la population allemande.

En mai, les syndicats sociaux-démocrates furent interdits et dissous. Le 22 juin 1933, le SPD fut dissous, et le 14 juillet, le NSDAP fut proclamé parti unique. Une partie des dirigeants du SPD s’exila alors en Tchécoslovaquie, et tenta de coordonner l’action des militants à partir du siège de Prague. Des cellules locales de sociaux-démocrates existaient depuis 1932 ; ainsi, il y avait environ 250 groupes de ce type à Leipzig. A Hanovre, les militants recevaient une formation spéciale pour résister aux interrogatoires, et un organe de presse, les Sozialistische Blätter, diffusait les informations. Mais le contact avec d’autres groupes de résistance était très difficile, la Gestapo parvenait régulièrement à démanteler les réseaux et arrêtait les militants. Ce système de cellules locales, qui n’avaient la plupart du temps aucun contact entre elles, était la base du travail clandestin des sociaux-démocrates. Mais le manque de préparation et de coordination, ainsi que les persécutions de la part de la Gestapo ont freiné considérablement le travail de résistance, dont l’efficacité était de ce fait très réduite. Les militants se rencontraient dans des associations diverses, comme par exemple des clubs d’échecs ou de randonneurs, mais la Gestapo démantelait rapidement ces réseaux.

Les sociaux-démocrates exilés à Prague, à Paris puis à Londres après les accords de Munich et l’occupation de la France, ont tenté de rester en contact avec les résistants restés dans le Reich. Le 8 janvier 1934, la direction du SPD exilée à Prague a publié le Manifeste de lutte du socialisme révolutionnaire. La coopération entre la SOPADE, direction exilée du SPD, et les partis sociaux-démocrates des pays voisins a permis de mettre en place des réseaux pour passer les frontières, diffuser des journaux, acheminer clandestinement de l’argent, des tracts et des machines à polycopier, et rassembler des fonds pour soutenir les familles des militants arrêtés et déportés. Des sociaux-démocrates ont également combattu aux côtés des antifascistes espagnols, au sein des Brigades internationales. En 1938 ou 1939, ils se réfugièrent pour la plupart en France, mais ceux qui ne sont pas parvenus à fuir ont été arrêtés par la police française après la déclaration de guerre, en tant que ressortissants d’un pays ennemi. Plus de vingt mille Allemands ont ainsi été envoyés dans les camps de concentration du Vernet, de Rieucros, de Gurs ou des Milles. Après la défaite, ces prisonniers furent livrés à la Gestapo en raison de l’article 19 de la convention d’armistice. Les sociaux-démocrates Rudolf Breitscheid et Rudolf Hilferding, antinazis engagés pour la défense de la paix et la réconciliation franco-allemande, furent ainsi livrés à la Gestapo et déportés à Buchenwald, où ils sont morts. Certains résistants allemands qui ont pu échapper aux persécutions ont combattu dans le maquis aux côtés des Français. Dans un article publié dans Le Populaire du 2 septembre 1939, Otto Wels et Hans Vogel avaient appelé les antifascistes allemands, au nom du comité directeur du SPD, à s’allier avec les mouvements de résistance des pays dans lesquels ils avaient trouvé refuge : La défaite de Hitler est  le but que nous devons poursuivre avec les forces démocratiques d’Europe. Nous serons pendant la guerre aux côtés des adversaires d’Hitler, de ceux qui luttent pour la liberté et la civilisation européenne.

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Des militants sociaux-démocrates ont su aussi s’allier à des résistants issus d’autres mouvements. Ainsi, Julius Leber, Theodor Haubach, Carlo Mierendorff et Adolf Reichwein ont coopéré avec les civils et les militaires pour organiser l’attentat contre Hitler et la tentative de putsch du 20 juillet 1944. La plupart des résistants qui ont pris part à cette action ont été exécutés le 5 janvier 1945 à Berlin-Plötzensee.

Les jeunesses socialistes ont également participé activement à la résistance. Ainsi, un groupe d’adolescents socialistes de Francfort a organisé un réseau pour permettre aux personnes recherchées par la Gestapo de fuir à l’étranger. D’autre part, les jeunesses socialistes publiaient une revue clandestine, Blick in die Zeit, qui diffusait des articles sur la situation en Allemagne parus dans la presse étrangère.

Par ailleurs, d’autres sociaux-démocrates ont mis en place des réseaux de résistance qui se distanciaient de la direction du parti exilée à Prague. En novembre 1933 fut ainsi créé le mouvement de résistance Roter Stoßtrupp, constitué d’étudiants et de jeunes travailleurs sociaux-démocrates, et dirigé par Rudolf Küstermeier et Karl Zinn. Dans leurs journaux, ils critiquaient les erreurs commises par les directions du SPD et du KPD et appelaient à la formation d’un nouveau parti de travailleurs qui combattrait pour la révolution prolétarienne. Mais cette organisation fut très vite démantelée, et ses membres furent arrêtés à la fin de l’année 1933.

Neu Beginnen était une autre organisation sociale-démocrate qui s’est distanciée de la ligne fixée par la direction du parti. Dès 1929, de jeunes sociaux-démocrates et communistes critiques vis-à-vis de la stratégie du SPD et du KPD avaient formé ce groupe en espérant renouveler ainsi le mouvement ouvrier. Cette organisation fut tenue secrète dès sa création, ce qui favorisa le passage dans la clandestinité. Un siège de Neu Beginnen, dirigé par Karl Frank, fut créé à Prague en 1933 ; son travail consistait à se procurer de l’argent pour financer les militants vivant dans le Reich et à informer l’étranger sur les exactions du régime nazi. Le programme de ce groupe, qui décrivait la situation des travailleurs en Allemagne et proposait des lignes directrices pour combattre le national-socialisme, a trouvé un grand écho dans le Reich et à l’étranger. Des cercles de discussion clandestins se sont constitués en Allemagne et de nombreux sympathisants se sont joints au mouvement. Neu Beginnen se fixait pour objectifs de former des cadres capables d’encadrer les militants et de les préparer au travail clandestin, à la transmission illégale d’informations et au maintien du contact avec l’étranger. Ces mesures étaient censées préparer une prise de pouvoir lors de la chute du régime hitlérien. Mais à partir de 1935, la Gestapo a commencé à démanteler ces réseaux, ce qui a freiné leurs activités. Le rapprochement avec le Volksfront, alliance éphémère de communistes et de sociaux-démocrates créée en novembre 1935, permit une coopération entre ces mouvements de résistance, qui publièrent en 1938 un programme commun, intitulé Deutsche Freiheit, qui insistait sur la nécessité d’une forme de résistance non seulement morale, mais également politique et active. Mais les dirigeants de ces réseaux furent arrêtés à l’automne 1938, et le mouvement se désagrégea progressivement. Les dernières cellules furent démantelées en 1944.

Parallèlement à ces mouvements de résistance, d’autres groupuscules, issus de partis sociaux-démocrates minoritaires comme le SAP (Sozialistische Arbeiterpartei), qui s’était constitué en 1931 par l’alliance de membres de l’aile gauche du SPD et d’anciens communistes, ont essayé d’œuvrer pour l’unification des partis de gauche contre le nazisme, mais sans succès ; un front unitaire des partis de travailleurs n’a pas vu le jour en raison des divergences entre les différents courants. Certains membres du SAP se sont exilés, comme par exemple Willy Brandt, président de la section du SAP de Lübeck, futur chancelier de la RFA et prix Nobel de la paix en 1971, qui a trouvé refuge à Oslo et a contribué à la mise en place et au maintien d’organisations clandestines dans le Reich en effectuant plusieurs missions en Allemagne. Après l’occupation de la Norvège en 1940, il a fondé à Stockholm une agence de presse pour informer l’opinion internationale sur ce qui se passait en Allemagne. Une direction exilée du parti fut fondée à Paris ; ses membres publièrent pendant l’été 1933 une brochure intitulée Der Sieg des Faschismus und die Aufgaben der Arbeiterklasse (La victoire du fascisme et les tâches de la classe ouvrière), qui analysait la nature du régime hitlérien. La section des jeunes membres du SAP organisa des actions plus éclatantes, mais qui entraînèrent des vagues d’arrestations. Ainsi furent distribués en mai 1933 devant une grande usine de Dresde des tracts appelant à la lutte contre le gouvernement nazi ; une centaine de militants furent arrêtés par la Gestapo après cette action. De nombreux résistants appartenant à d’autres sections furent arrêtés et déportés en camp de concentration à la suite de trahisons ou d’imprudences, ce qui conduisit la direction du parti à transformer les cellules de cinq personnes en groupuscules de trois personnes, pour limiter au maximum les risques de démantèlement des réseaux, et on renonça aux grandes actions. Le contact avec l’étranger devenant de plus en plus difficile, la liberté d’action de ces cellules était extrêmement limitée. Grâce au soutien de l’étranger, en particulier des syndicats de transporteurs et de marins suédois, des tracts et des informations ont cependant être acheminés clandestinement en Allemagne et rompre ainsi l’isolement des opposants.

D’autres organisations sociale-démocrates comme le Internationaler Sozialistischer Kampf-Bunn (ISK), fondé par Leonhard Nelson, ont continué le combat contre le nazisme dans la clandestinité. Willy Eichler a fondé à Paris vers la fin de l’année 1933 une direction exilée de l’ISK, qui a maintenu le contact avec la section clandestine en Allemagne, dirigée par Helmut von Rauschenplat ; les militants ont réussi à diffuser des tracts, grâce au soutien du syndicat international des transporteurs. De nombreux membres de l’ISK, en particulier des cadres de l’organisation, ont été arrêtés par la Gestapo, ce qui a fragilisé le réseau. En 1940, Eichler dut quitter Paris et se réfugia à Londres, où il prononça régulièrement des discours à la BBC pour informer les résistants vivant en Allemagne.

La plupart des organisations clandestines furent démantelées dès leurs premiers mois d’existence, et la vague d’arrestations des premières années provoqua une stagnation des activités des sociaux-démocrates, notamment en 1935 et 1936. Les résistants qui avaient pu échapper aux persécutions de la Gestapo ont compris que leurs activités n’avaient pas réussi à fragiliser le régime nazi, et qu’elles avaient entraîné de lourdes pertes humaines dans les rangs des militants sociaux-démocrates, qui n’étaient pas en mesure d’effectuer un coup d’état contre le gouvernement hitlérien.

La Résistance communiste

Dès le début des années 30, les communistes se mobilisèrent contre le NSDAP et tentèrent de convaincre les militants nazis de rejoindre le parti communiste. Mais face à la montée du nazisme, ils durent changer de tactique, et organisèrent de grandes manifestations de protestation, qui donnèrent souvent lieu à des affrontements entre les deux camps. L’union des partis de travailleurs était problématique, car même si la base du parti communiste allemand (KPD) et du parti social-démocrate (SPD) avait la volonté de former un front uni contre le nazisme, cette union ne put voir le jour, car les dirigeants communistes traitaient les sociaux-démocrates de sociaux-fascistes, et les sociaux-démocrates refusaient de se plier aux directives idéologiques de Moscou. Le 30 janvier 1933, le jour de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, les communistes lancèrent un appel à la grève générale et à des manifestations de masse, qui fut suivi partout en Allemagne. Les nazis réagirent en procédant à des arrestations, des perquisitions et des rafles.

Face aux mesures répressives prises par le gouvernement nazi contre les communistes, ceux-ci durent se résoudre à continuer le combat dans la clandestinité. Des réseaux clandestins se mirent en place, mais la plupart furent démantelés très rapidement par la Gestapo, qui disposait d’un très grand nombre d’informateurs. Dès février 1933, l’incendie du Reichstag fut pris comme prétexte par les nazis pour interdire le parti communiste et procéder à l’arrestation des cadres du parti ; plus de la moitié des dirigeants du parti furent arrêtés ou assassinés par la Gestapo. A la suite de l’arrestation d’Ernst Thälmann, chef du parti communiste allemand, au début du mois de mars 1933, Moscou donna l’ordre aux cadres du parti de s’exiler, afin de former une direction du parti à l’étranger, qui avait pour mission d’apporter son soutien à la base du parti restée en Allemagne. Walter Ulbricht, chef provisoire du KPD et futur dirigeant de la RDA, s’exila en 1933 en Tchécoslovaquie pour y fonder une antenne du parti, et rejoignit en 1936 Wilhelm Pieck, lui aussi futur dirigeant de la RDA, à Paris, où avait été créée une autre antenne du KPD. En 1939, ils trouvèrent refuge en URSS, où ils restèrent jusqu’à la fin de la guerre.

En Allemagne, les membres du parti tentèrent de déjouer la surveillance de la Gestapo pour former des réseaux illégaux. Mais la police disposait de fichiers du parti communiste, qu’elle avait réquisitionnés lors de rafles, et les résistants furent arrêtés par milliers et envoyés dans les premiers camps de concentration, que les prisonniers politiques communistes et sociaux-démocrates furent obligés de construire. La presse illégale fut la première activité des résistants communistes, qui diffusèrent clandestinement des tracts et des publications visant à convaincre la population allemande de se soulever contre Hitler et de renverser le régime nazi. D’autre part, un réseau de messagers fut mis en place ; ceux-ci avaient pour mission de faire passer des informations sur le Reich à l’étranger, aux directions exilées du parti, et de transmettre en Allemagne les nouvelles de l’étranger, afin de contrer la propagande hitlérienne.

Les syndicats communistes essayaient de leur côté de mobiliser clandestinement les travailleurs au sein des entreprises contre le gouvernement nazi. Mais leur tâche était ardue, car certains membres du parti s’étaient résignés à la victoire nazie, d’autres s’étaient engagés dans le NSDAP, et les persécutions dont étaient victimes les communistes en décourageaient plus d’un à continuer le combat. De plus, l’implantation des syndicats communistes était très faible dans les entreprises avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, car la majorité des membres du parti étaient alors au chômage, et les activistes ne purent former de véritable contrepoids au nazisme dans les entreprises allemandes.

En 1935, le Kominterm et le bureau politique du KPD décidèrent de changer leur tactique contre le national-socialisme, et de tenter de s’unir aux sociaux-démocrates afin de former un front uni contre le nazisme. D’autre part, la structure hiérarchique habituelle du parti, facile à démanteler par la Gestapo, qui avait pu ainsi procéder à des arrestations par milliers, fut abandonnée ; les résistants s’organisèrent en petites cellules, dirigées par des instructeurs qui avaient été formés à cette tâche, et qui fonctionnaient dans la clandestinité au sein des entreprises et à la place des anciennes antennes locales du parti. Ces cellules recevaient leurs directives des centrales du KPD coordonnées par le comité central de Moscou et exilées à Amsterdam, Strasbourg, Luxembourg, Copenhague, Prague, Paris et Stockholm, qui envoyaient clandestinement des messagers en Allemagne. Ceux-ci traversaient la frontière tchécoslovaque grâce à un réseau de passeurs ; cette organisation imprimait également des tracts, qui étaient ainsi acheminés dans le Reich, et aidait des réfugiés à fuir l’Allemagne. Le même type de réseau existait aux frontières belge et néerlandaise, mais la Gestapo parvint à démanteler ces organisations en 1935-36, grâce à l’infiltration d’espions.

En 1936, lors des Jeux Olympiques de Berlin, qui furent pour les nazis un événement majeur de propagande, les communistes organisèrent une grève dans une usine de Berlin, ce qui contredisait la propagande hitlérienne, selon laquelle toute l’Allemagne soutenait les nazis. La Gestapo fit en sorte que les journalistes étrangers ne soient pas au courant de cette grève, et plaça à la suite de cet incident des espions nazis dans toutes les usines, de façon à ce que de tels mouvements de contestation ne puissent plus se reproduire.

Pendant la guerre, la plupart des pays voisins étant occupés par les troupes allemandes, il devint de plus en plus difficiles de maintenir un contact entre les directions exilées du parti et la base restée en Allemagne ; les cellules de résistants communistes furent de plus en plus isolées et ne parvenaient que rarement à recevoir les directives du parti. Les résistants communistes qui travaillaient aux chemins de fer ou dans les compagnies de transport fluvial ou maritime purent toutefois continuer à transmettre des messages. De plus, les communistes disposaient d’un service secret qui collectait des informations et les envoyait par radio aux centrales de renseignements de Paris et Bruxelles, qui avaient des agences dans tous les pays européens.

Le pacte de non-agression de l’URSS conclu par Hitler et Staline le 23 août 1939 choqua et désorienta les résistants qui luttaient depuis six ans dans la clandestinité ; une direction du parti indépendante de Moscou fut créée en Allemagne en réaction à ce pacte, et son comité central envoya des messagers dans les différentes cellules locales pour donner l’ordre de poursuivre le combat contre le nazisme. Après l’attaque nazie de l’URSS, la section communiste allemande renoua avec Moscou. Mais la volonté de ces résistants communistes de provoquer un soulèvement de la population allemande contre la guerre et le gouvernement nazi n’avait aucune chance de réussir, étant donné qu’une grande partie des Allemands soutenait Hitler, qui remportait une victoire après l’autre. La cote de popularité du dictateur était telle pendant les premières années de la guerre, qu’une révolution était irréalisable. Willi Gall, qui avait commencé à organiser la résistance intérieure, fut arrêté en 1940 ; son successeur, Wilhelm Knöchel, coordonna les activités des différentes cellules à partir d’Amsterdam, puis s’installa à Berlin en 1941 ; il fut arrêté en janvier 1943 et donna sous la torture des informations aux nazis, ce qui mit en danger toute la résistance communiste et fragilisa ses activités.

A la fin de la guerre, alors que les troupes soviétiques s’approchaient de plus en plus de l’Allemagne, des agents communistes furent parachutés dans le pays pour organiser la résistance communiste. Et lorsque la zone d’occupation soviétique donna naissance à la RDA, de nombreux communistes qui s’étaient exilés à Moscou, dont Walter Ulbricht et Wilhelm Pieck, en devinrent les dirigeants.

Principaux groupes de résistance communistes

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Comité national de l’Allemagne libre (Nationalkomitee Freies Deutschland, NKFD) Ce comité fut fondé en 1943 par la section politique de l’armée soviétique et par le comité central du KPD exilé à Moscou ; ses objectifs étaient, au moyen d’un travail de propagande, de détourner les prisonniers de guerre allemands du nazisme et d’encourager les soldats allemands à déserter. Le NKFD tentait de rallier toutes les tendances politiques à l’union contre Hitler ; dans ses rangs, on ne comptait pas uniquement des communistes, mais aussi, par exemple, une centaine de pasteurs, prêtres et étudiants en théologie de la Wehrmacht, prisonniers dans les camps russes, qui se sont joints au NKFD  en raison des persécutions dont étaient victimes les Églises dans le Reich. Les communistes, notamment Wilhelm Pieck et Walter Ulbricht, futurs dirigeants de la RDA, ont finalement pris la tête du NKFD, qui est devenu un instrument de propagande entre les mains du gouvernement soviétique.

L’organisation Allemagne libre (Freies Deutschland) Ce groupe, fondé à Cologne en 1943 par un réseau de résistants communistes, comptait plus de deux cents membres, et rassemblait des résistants de tous les horizons politiques et idéologiques. Des tracts incitant la population allemande à commettre des sabotages, afin d’enrayer la machine de guerre nazie, et encourageant les soldats à déserter, furent distribués, et les résistants apportèrent leur aide aux travailleurs de force étrangers prisonniers en Allemagne. La Gestapo arrêta de nombreux membres du groupe, qui se disloqua progressivement.

Organisations résistantes indépendantes du KPD

Parti communiste allemand oppositionnel (« Kommunistische Partei Deutschlands (Opposition), KPO) L’aile droite du KPD avait été exclue du parti en 1928 et avait fondé une organisation communiste indépendante, le KPO. Après l’arrivée au pouvoir de Hitler, seuls quelques militants désignés par les cadres du parti s’exilèrent en France, où ils fondèrent un comité exilé (Auslandskomitee, AK) en contact, grâce à un réseau de messagers, avec la base du parti, qui poursuivait clandestinement ses activités en Allemagne. Un comité du KPO, qui siégeait à Berlin, se chargeait de coordonner les activités des cellules locales du parti. La structure à la fois hiérarchisée et morcelée du parti permit d’éviter les grandes rafles de la Gestapo. Les objectifs principaux du KPO étaient de transmettre des informations sur le régime hitlérien et de travailler en collaboration avec les résistants exilés à l’union des travailleurs contre le nazisme. Des tracts furent distribués, et les membres du parti avaient pour mission de créer des syndicats clandestins dans les entreprises dans lesquelles ils travaillaient. Lorsque le contact avec le comité exilé fut rompu en raison de l’occupation de la France par les troupes allemandes, le KPO prit contact avec d’autres organisations de travailleurs, notamment avec les sociaux-démocrates, afin de créer des syndicats clandestins, et de distribuer des tracts visant à mobiliser la population allemande contre Hitler.

L’Orchestre Rouge (die Rote Kapelle) A partir de la fin de l’année 1941, l’organisation Harnack / Schulze-Boysen coopéra avec les bureaux des renseignements soviétiques de Paris et Bruxelles, sans que ses membres deviennent pour autant des agents soviétiques et perdent leur indépendance, comme les autorités nazies l’ont prétendu par la suite. La Gestapo nomma ce groupe de résistance L’Orchestre Rouge (die Rote Kapelle).

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Églises et Résistance. Protestants

L’Église protestante, obéissant traditionnellement à l’autorité de l’État, était majoritairement pour Hitler, et souhaitait devenir l’Église du peuple, en osmose avec la Nation. Hitler voulait créer un christianisme positif qui aurait été l’une des bases du nouveau régime, ce qui enthousiasmait beaucoup de protestants. Mais dès 1933, des voix s’élevèrent au sein de l’Église protestante pour critiquer la politique menée par Hitler.

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Dietrich Bonhoeffer 1906-1945

Ainsi, Georg Schulz, Heinrich Vogel, Dietrich Bonhoeffer, ainsi que onze pasteurs de Westphalie rédigèrent des appels à la tolérance. Deux jours après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, Bonhoeffer prononça une allocution radiodiffusée condamnant le nazisme ; l’émission fut interrompue par les nazis. Dietrich Bonhoeffer, pasteur et maître de conférences à l’Université de Berlin, s’opposa aux Chrétiens allemands avec un groupe d’étudiants révoltés comme lui par les mesures nazies prises à l’encontre des juifs, et parvint à convaincre une minorité de protestants de la légitimité d’une opposition à la politique antisémite menée par Hitler et soutenue par la nouvelle Église du Reich. En 1933, il rédigea un article, L’Église face à la question juive, dans lequel il rappela aux fidèles le devoir chrétien de résistance à l’État lorsque celui-ci commet des crimes. Bonhoeffer, lors d’une tournée de conférences aux États-Unis en 1939, refusa d’y trouver refuge, alors qu’on lui proposait une carte de séjour et un poste de professeur ; il préféra rentrer en Allemagne, pour tenter d’agir sur place contre le régime nazi. Il devint directeur du séminaire clandestin de Finkenwalde, qui se réclamait de l’Église confessant, et qui fut fermé par les nazis en 1940. Dietrich Bonhoeffer était conscient du fait qu’une Résistance ecclésiastique ne pourrait à elle seule renverser le régime, c’est pourquoi il collabora activement à la conspiration du 20 juillet 1944. Il prit de plus contact par l’intermédiaire de son beau-frère Hans von Dohnanyi avec le groupe de résistance formé au sein du contre-espionnage et dirigé par Hans Oster. Bonhoeffer, afin que ses activités ne soient pas découvertes par la Gestapo, obtint grâce à ses amis résistants du contre-espionnage un poste d’agent secret, ce qui lui permit d’entreprendre des voyages à l’étranger sous cette couverture. C’est ainsi qu’il put prendre contact avec des résistants, notamment des ecclésiastiques, à l’étranger. Mais lorsque la Gestapo démantela ce réseau de résistance en 1943, Bonhoeffer fut arrêté et déporté en camp de concentration. Il fut pendu le 9 avril 1945.

En 1932 se forma un groupe protestant national-socialiste, les Chrétiens allemands, qui réclamèrent après l’arrivée au pouvoir de Hitler la formation d’une Église du Reich, structurée selon le Führerprinzip et rejetant les juifs, ce qui se réalisa quelques mois plus tard. L’Église protestante, désormais dirigée par les Chrétiens allemands, était devenue un instrument entre les mains d’Hitler. En septembre 1933 fut organisé le synode brun ; la majorité des responsables ecclésiastiques s’y rendirent en uniforme nazi. Il fut décidé, malgré l’opposition des adversaires des Chrétiens allemands, que les pasteurs qui n’étaient pas aryens seraient exclus de l’Église du Reich ; 70 responsables ecclésiastiques suivirent l’exemple du pasteur Koch et quittèrent alors la salle en signe de protestation.

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Martin Niemöller 1892-1984

Quelques semaines plus tard, le pasteur Martin Niemöller appela les pasteurs hostiles à ces mesures antisémites à s’unir au sein d’une nouvelle organisation, le Pfarrernotbund, la Ligue d’urgence des pasteurs, qui respecterait les principes de tolérance énoncés par la Bible et la profession de foi réformatrice. Cet appel eut un grand écho : à la fin de l’année 1933, 6 000 pasteurs, soit plus d’un tiers des ecclésiastiques protestants, s’étaient joints à ce groupe dissident. La Ligue d’urgence des pasteurs, soutenue par des protestants à l’étranger, adressa au synode une lettre de protestation contre les mesures d’exclusion et de persécution prises envers les juifs et envers les pasteurs refusant d’obéir aux nazis. Malgré les protestations, Martin Niemöller fut déchu de ses fonctions de pasteur et mis prématurément à la retraite au début du mois de novembre 1933. Mais la grande majorité des croyants de sa paroisse décida de lui rester fidèle, et il put ainsi continuer à prêcher et à assumer ses fonctions de pasteur.

Le 13 novembre 1933, lors d’une manifestation des Chrétiens allemands au Palais des Sports de Berlin, un pasteur nazi déclara que l’Ancien Testament et des passages du Nouveau Testament n’étaient que des superstitions, et se réclama d’une nouvelle profession de foi qui mettrait l’accent sur les valeurs héroïques de l’idéologie nazie, soi-disant défendues par Jésus. Il s’agissait de transformer l’Église du Reich en un instrument de propagande diffusant l’idéologie nazie, et n’ayant plus rien à voir avec les véritables principes chrétiens. Ce scandale déclencha une nouvelle vague de protestations ; Martin Niemöller s’éleva contre ce reniement de la foi chrétienne. En 1934, il fut convoqués par Hitler et Göring et sa maison fut perquisitionnée ; les nazis espéraient trouver des pièces à conviction leur permettant de se débarrasser de lui, mais durent le relâcher en raison de sa grande popularité.

Parallèlement à la Ligue d’urgence des pasteurs se formèrent dans plusieurs régions de l’Allemagne des synodes libres. Ainsi, en Westphalie, des fidèles réunis sous la direction du pasteur Koch refusèrent d’obéir aux ordres donnés par le régime nazi. La Gestapo empêcha les membres de ces groupes de se réunir. Une manifestation de protestation, à laquelle prirent part 30 000 personnes, fut organisée à Dortmund, et d’autres synodes libres virent le jour dans d’autres régions de l’Allemagne. Des pendants régionaux de la Ligue d’urgence des pasteurs, les Bruderräte, les conseils de frères virent le jour et se rassemblèrent en un Reichsbruderrat, un conseil de frères du Reich, qui s’unit aux synodes libres.

Un synode libre national se réunit en mai 1934 à Barmen, en Rhénanie du Nord – Westphalie. Les ecclésiastiques présents, qui étaient les véritables héritiers de l’Église protestante, déclarèrent qu’ils refusaient d’obéir à l’Église du Reich manipulée par les nazis, appelèrent les fidèles à suivre les principes de la Bible et de la profession de foi réformatrice, délimitèrent les domaines de compétence de l’État et de l’Église, et refusèrent ouvertement la création d’un État totalitaire auquel serait soumise l’Église. A la suite de cette déclaration, des mesures furent prises contre les opposants, qui furent poursuivis, démis de leurs fonctions, arrêtés et contraints au silence. Mais la résistance ecclésiastique se poursuivit ; des manifestations d’ecclésiastiques et de fidèles eurent lieu pour protester contre les révocations de pasteurs, et lors du deuxième synode libre national, à la fin de l’année 1934, les opposants rompirent définitivement avec l’Église du Reich, appelèrent les pasteurs et les fidèles à désobéir à cette Église, et à se rassembler au sein d’une Bekennende Kirche, l’Église confessant respectant les principes chrétiens.

Le régime hitlérien réagit en interdisant la publication de tout écrit théologique n’allant pas dans le sens de l’idéologie de l’Église du Reich, en infligeant de lourdes amendes aux membres des conseils de frère, et en suspendant de leurs fonctions ou en arrêtant des pasteurs ; le travail des résistants se poursuivit alors de façon clandestine. Le synode libre de Prusse décida de publier tout de même une déclaration contestant l’autorité du régime nazi, en objectant qu’il n’avait aucune justification divine, et appelant au rejet de l’idéologie raciste nazie et du régime totalitaire hitlérien. 500 pasteurs furent arrêtés, puis certains d’entre eux furent libérés, en raison de la protestation massive contre ces mesures. Mais la Gestapo ne renonça pas aux persécutions. Pendant l’été 1935, 27 pasteurs furent déportés en camp de concentration. En 1935, les synodes de Berlin-Stieglitz et de Dresde eurent malgré tout le courage de se prononcer contre les lois raciales de Nuremberg.

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Paul Schneider 1897-1939

Le combat entre la dictature et l’Église confessant se durcit encore en 1936, lorsque les opposants publièrent un mémorandum condamnant l’idéologie et les pratiques du régime hitlérien, et réclamant la dissolution de la Gestapo ainsi que la fermeture des camps de concentration. Des dirigeants de l’Église confessant, dont le pasteur Niemöller, furent arrêtés. Le juriste Friedrich Weißler, qui avait participé à la rédaction du mémorandum, fut arrêté et déporté ; il mourut en 1937 au camp de concentration de Sachsenhausen. Le pasteur Paul Schneider, un antinazi déclaré, fut déporté en novembre 1937, torturé, et finalement assassiné le 18 juillet 1939 au camp de concentration de Buchenwald par une injection de poison.

La popularité de Martin Niemöller était telle que le soutien de l’étranger ne se fit pas attendre : deux jours après son arrestation, l’évêque de Londres, Bell, qui dirigeait le mouvement œcuménique, publia un article de protestation dans le Times et déposa une plainte officielle à Berlin. Des manifestations eurent lieu en Allemagne pour réclamer la libération de Niemöller ; la police essaya sans succès de disperser les fidèles, qui continuèrent à manifester ; à Berlin, 250 personnes furent arrêtées. Himmler décida de fermer tous les séminaires se réclamant de l’Église confessante. Le procès de Martin Niemöller commença en 1937, et le jugement fut prononcé en 1938. Le Reichsgericht le condamna à une amende ainsi qu’à sept mois de détention. Comme il avait déjà purgé cette peine en détention préventive, il fut relâché, mais la Gestapo l’arrêta immédiatement après le procès et le déporta au camp de concentration de Sachsenhausen puis à celui de Dachau, où il eut le statut de prisonnier personnel du Führer. Malgré les protestations internationales, il dut rester en camp de concentration jusqu’à la fin de la guerre.

En 1938, après l’annexion de l’Autriche, et alors que les intentions belliqueuses de Hitler devenaient de plus en plus évidentes, les pasteurs Albertz et Böhm, de l’Église confessante, célébrèrent une messe en faveur de la paix. Cette même année fut fondé le bureau Grüber qui apportait son soutien aux protestants d’origine juive en leur proposant une aide juridique et en les aidants à trouver un pays d’accueil. Le pasteur Heinrich Grüber, qui dirigeait cette organisation d’aide aux persécutés, fut arrêté en 1940 et déporté au camp de concentration de Sachsenhausen puis à Dachau. L’un de ses collaborateurs, Werner Sylten, un membre de l’Église confessante d’origine juive, fut arrêté en 1941, déporté au camp de concentration de Dachau et assassiné. Gertrud Staewen, une pédagogue membre de l’Église confessante, dont les livres furent interdits par les nazis, créa elle aussi avec Franz Kaufmann, un ancien haut-fonctionnaire d’origine juive, une organisation clandestine qui fournissait de faux-papiers et des cartes de rationnement aux juifs ; elle fut arrêtée par la Gestapo mais put survivre à la guerre, contrairement à Franz Kaufmann, qui fut arrêté en 1943, torturé, déporté en camp de concentration et assassiné le 17 février 1944 au camp de concentration de Sachsenhausen.

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Mais ces actions courageuses se firent de plus en plus rares, et la politique ecclésiastique du Troisième Reich se durcit davantage à partir de 1938. Les nazis publièrent en 1939 la Déclaration de Godesberg, qui fixa les grandes lignes de l’idéologie de l’Église du Reich. Celle-ci fut désignée comme l’héritière des idées de Luther ; la persécution des juifs fut une fois de plus présentée comme nécessaire, et toute collaboration ecclésiastique entre les protestants allemands et des organisations internationales fut qualifiée de dégénérescence politique du christianisme, en contradiction avec l’ordre de la Création. Cette déclaration suscita l’indignation de nombreux pasteurs, qui refusèrent d’y apposer leur signature. Le régime nazi réagit en persécutant encore plus les membres de l’Église confessante.

Pendant la guerre, la Gestapo bénéficiait de pleins pouvoirs exceptionnels, et put faire régner la terreur sans se préoccuper de conserver les apparences d’un État de Droit. Les persécutions à l’encontre des résistants ecclésiastiques s’accentuèrent. Des mesures disciplinaires furent prises à l’encontre des pasteurs ayant soutenu l’Église confessante, certains d’entre eux furent arrêtés, d’autres parvinrent à échapper aux persécutions en devenant aumôniers militaires.

Les protestations concernant les crimes commis au front, le génocide des juifs et l’euthanasie d’invalides et de malades mentaux furent étouffées par des vagues d’arrestations. Dans le régime de terreur nazi, quiconque objectait une critique à l’égard de l’État était immédiatement arrêté et déporté. Mais le travail de l’Église confessante se poursuivit de façon clandestine ; l’aide aux persécutés fut l’un des axes principaux de cette résistance. Certains pasteurs, comme Helmut Gollwitzer à Berlin, continuèrent à condamner les exactions commises par les nazis et à prêcher ouvertement pour la paix et la tolérance au sein de leur paroisse.

Des adolescents militant au sein de mouvements de jeunesse protestants – qui étaient tolérés par les nazis à condition qu’il n’y soit question que de religion – s’engagèrent eux aussi contre le nazisme. Après l’interdiction de tous les mouvements de jeunesse non-nazis, en 1936, des organisations continuèrent à exister dans la clandestinité. La revue protestante Jungenwacht put être diffusée jusqu’en 1938, et des adolescents protestants distribuèrent des tracts antinazis ainsi que des sermons du pasteur Niemöller.

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Theophil Wurm 1868-1953

Après l’arrestation de Martin Niemöller, Theophil Wurm, évêque du Wurtemberg, prit sa succession à la tête de l’Église confessante. Il protesta à plusieurs reprises contre les crimes nazis, notamment en 1940 contre l’assassinat d’invalides et de malades mentaux, et en 1941 contre la déportation des juifs. Il entra en contact avec Friedrich Bonhoeffer, avec le groupe de Carl Goerdeler et avec le Cercle de Kreisau et s’engagea ainsi dans la résistance politique.

La résistance de protestants, réunis pour la plupart au sein de l’Église confessante, consistait au début en des oppositions internes portant sur des principes théologiques, sans qu’il soit pour autant question de s’opposer à l’autorité de l’État. Mais peu à peu, les limites du devoir d’obéissance à l’État sont devenues plus claires pour certains pasteurs, qui ont refusé de servir la dictature, et se sont engagés au nom des principes chrétiens dans la voie de la résistance politique et morale.

Églises et Résistance. Les Catholiques

L’Église catholique ne pouvait pas s’engager politiquement contre le régime nazi, en raison du Concordat signé avec le Reich. Mais contrairement aux protestants, qui étaient organisés en Landeskirchen, des instances locales élues qui étaient infiltrées par les nazis, les personnalités ecclésiastiques catholiques étaient nommées par Rome, ce qui permit une plus grande imperméabilité de l’Église catholique à l’infiltration nazie. Si l’opposition politique était impossible en raison du Concordat, des catholiques ont cependant résisté au nazisme sur le plan moral. On peut distinguer deux attitudes : d’une part, les catholiques qui voulaient maintenir un contact avec le régime nazi, afin d’obtenir des compromis, d’autre part, quelques personnalités hors pair qui refusaient tout compromis. Plusieurs ecclésiastiques catholiques se sont opposés dans les années 30 à l’idéologie nazie, en soulignant qu’elle n’était pas compatible avec la foi catholique. Ainsi, le cardinal Bertram critiqua les théories nationalistes et racistes nazies, ainsi que la prétention d’Hitler de créer un christianisme positif imprégné de l’idéologie nazie, indépendant de Rome et de toute autorité internationale, et incorporé à l’État totalitaire. Mais la même année, l’évêque de Berlin, Schreiber, déclara qu’il n’était interdit à personne de devenir membre du parti nazi. Les divisions internes étaient telles que le cardinal Bertram ne parvint pas à inciter tout l’épiscopat allemand à faire une déclaration commune contre le nazisme. En 1931, les évêques de Bavière, puis de Cologne et de Paderborn condamnèrent l’idéologie nazie, incompatible avec la foi chrétienne, en s’appuyant sur le fait que le Pape Pie XI avait condamné auparavant le mouvement fasciste Action française.

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Bernhard Pribilla

Le parti politique catholique, le Zentrum, collabora à partir de 1932 avec le NSDAP. Peu de voix catholiques s’élevèrent contre cette compromission avec les nazis : le père jésuite Max Pribilla, Fritz Gerlich et Ingbert Naab dans la revue catholique Der Gerade Weg et Bernhard Letterhaus. Ce dernier était membre d’un syndicat catholique et du parti Zentrum ; après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, il fit plusieurs voyages à l’étranger, afin de prendre contact avec d’autres syndicats catholiques, en vue de préparer la résistance au nazisme. A partir de 1939, il travailla dans le service de contre-espionnage de la Wehrmacht, ce qui lui permit de pouvoir transmettre des informations confidentielles à ses amis résistants. Il participa à la préparation de l’attentat du 20 juillet 1944, et fut arrêté immédiatement après la tentative de putsch. Il fut condamné à mort, et fut exécuté le 14 novembre 1944.

Lors de la conférence épiscopale de Fulda en 1932, les évêques catholiques allemands décidèrent que des catholiques ne pouvaient pas devenir membres du NSDAP, le programme de ce parti étant hérétique. Mais l’épiscopat était extrêmement divisé, et si des évêques comme Preysing et Kaller condamnaient le nazisme, d’autres s’en accommodaient très bien. Et deux mois après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, à la suite de sa déclaration sur le respect des droits des Églises et de son vœu d’établir des relations amicales avec le Vatican, il fut décidé que les catholiques pouvaient finalement devenir membres du parti nazi, et que l’Église catholique pourrait s’arranger avec Hitler. Et en avril 1933, lors du boycott des juifs par les nazis, le cardinal Bertram, qui avait quelques années auparavant critiqué l’idéologie nazie, décida de ne pas prendre position. Seul le père Eckert protesta alors au nom de l’éthique chrétienne contre la persécution des juifs.

Dès le mois d’avril 1933 commencèrent des pourparlers entre le Vatican et le régime nazi au sujet d’un Concordat, qui vit le jour au mois de juillet de la même année. Quelques membres du clergé catholique allemand, tels le cardinal Schulte et l’évêque Preysing, critiquèrent ce Concordat, estimant qu’il serait préférable de condamner le gouvernement nazi, au lieu de pactiser avec lui. Ils n’accordaient pas leur confiance à Hitler, qui s’était engagé à faire du christianisme la base du nouveau régime, et en avait donné sa parole d’honneur au Pape. Le parti centriste avait décidé le 5 juillet 1933 de se dissoudre, et le 20 juillet fut signé le Concordat, qui garantissait aux catholiques allemands la liberté de culte en échange de la non-ingérence de l’Église catholique dans la politique nazie.

Cette reconnaissance officielle du régime nazi par l’Église catholique fut lourde de conséquences. L’Église ne se prononça plus sur des questions qui n’avaient pas de rapport direct avec le culte catholique. Ainsi, lorsqu’en novembre 1933 l’ancien dirigeant de l’action catholique de Munich, Mühler, fut arrêté parce qu’il avait raconté des mensonges au sujet du camp de concentration de Dachau, le Vatican ne prit pas position.

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August Froehlich 1891-1942

Les prêtres comme le père jésuite Rupert Mayer qui n’hésitaient pas à critiquer ouvertement le régime dans leurs sermons furent persécutés par les nazis. Le prêtre August Froehlich, qui refusait de faire le salut hitlérien, fut arrêté en 1941 après avoir protesté contre les mauvais traitements infligés aux travailleurs forcés dans une entreprise allemande. Il fut déporté, torturé, et mourut le 22 juin 1942 au camp de concentration de Dachau. Le père Muckermann, exilé aux Pays-Bas, parvint à diffuser clandestinement en Allemagne des tracts condamnant le nazisme et la politique d’Hitler. Et le 22 mars 1935 fut fondé un Comité d’aide aux non-aryens catholiques, qui proposait une aide juridique aux catholiques d’origine juive, et les aidait à trouver un pays d’accueil pour fuir l’Allemagne. Le 10 novembre 1938, au lendemain de la Nuit de Cristal, le prieur de la cathédrale de Berlin, Bernhard Lichtenberg, appela les fidèles à prier pour les juifs et les prisonniers des camps de concentration, parmi lesquels se trouvaient également beaucoup de prêtres. Arrêté en octobre 1941, il fut déporté et mourut en 1943. Margaret Sommer, une universitaire qui avait perdu son poste en raison de son engagement catholique, aida des catholiques d’origine juive. En 1942, elle rédigea un rapport qu’elle envoya au Vatican sur le traitement réservé aux juifs par les nazis, sur la déportation en camps de concentration. Gertrud Luckner, un pacifiste engagée qui travaillait pour l’organisation de bienfaisance catholique Caritas, aida des prisonniers de guerre et des juifs ; elle fut arrêtée en 1943 par la Gestapo et déportée au camp de concentration de Ravensbrück. En 1943, des prêtres catholiques de Stettin, dont Carl Lamprecht, Friedrich Lorenz, Herbert Simoleit et Alfons Maria Wachsmann, furent condamnés à mort pour démoralisation des troupes parce qu’ils avaient écouté des émissions radiodiffusées étrangères.

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La Gestapo veillait, et le régime adopta une attitude de plus en plus agressive vis-à-vis des catholiques. Ainsi, le journal des jeunesses catholiques, Junge Front, qui adoptait une attitude réservée face aux nazis, fut interdit de publication à plusieurs reprises, avant d’être définitivement interdit en janvier 1936 ; peu de temps après, 50 dirigeants de mouvements catholiques furent arrêtés. En 1933, ce journal, qui était diffusé à 300 000 exemplaires, avait appelé à la solidarité avec les juifs lors du boycott des magasins juifs. De plus, les jeunesses hitlériennes, assistées par la police, essayaient constamment de perturber les réunions des associations de jeunesse catholiques. Celles-ci, ainsi que toutes les organisations de jeunesse non nazies, furent interdites en décembre 1936 ; tous les jeunes Allemands furent désormais obligés d’intégrer les jeunesses hitlériennes. Mais des mouvements de jeunesse catholiques continuèrent à exister dans la clandestinité, aidèrent des persécutés, et diffusèrent des tracts hostiles au régime.

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Walter Klingenbeck 1924-1943

En 1941, Walter Klingenbeck, un ancien membre des jeunesses catholiques, diffusa avec quelques adolescents catholiques, grâce à un émetteur clandestin, des émissions qui appelaient à la chute du régime nazi et qui communiquaient les nouvelles censurées par les nazis et entendues dans des émissions radiodiffusées étrangères. Walter Klingenbeck fut arrêté en 1942, condamné à mort, et exécuté le 5 août 1943. La condamnation à mort de ses amis Daniel von Recklinghausen et Hans Haberl fut finalement commuée en une peine de travaux forcés de huit ans. D’autres adolescents, comme Theo Hespers, Walter Hammer et Karl Paetel, ont pu à partir de leur pays d’exil diffuser des journaux et des tracts antinazis en Allemagne.

En 1935-36, les nazis eurent recours à des pseudo-procès afin d’éliminer des opposants catholiques : des prêtres furent accusés d’être mêlés à des scandales financiers et à des affaires de mœurs, et furent arrêtés sous ce prétexte.

En 1937, l’Église décida de réagir : les évêques allemands écrivirent un mémorandum au ministre chargé des questions religieuses, afin de protester contre l’attitude du régime à l’égard des catholiques, et le Pape Pie XI publia en mars 1937 l’encyclique Mit brennender Sorge, Avec un souci brûlant, dans laquelle il fit part de son inquiétude quant aux multiples violations du Concordat de la part du gouvernement nazi. Des centaines de milliers d’exemplaires de ce document furent imprimés et distribués clandestinement en Allemagne ; les nazis, en guise de représailles, arrêtèrent des prêtres et des adolescents ayant distribué des exemplaires de l’encyclique, et les déportèrent en camp de concentration.

Mais des ecclésiastiques catholiques soutenaient Hitler, et après les succès militaires de celui-ci, certains lui envoyèrent même des lettres de félicitations. Ainsi, le cardinal Bertram, qui avait présidé en 1932 la conférence de Fulda, au cours de laquelle il avait été décidé que des catholiques ne pouvaient devenir membres du NSDAP, envoya des lettres élogieuses à Hitler, dans lesquelles il tentait cependant d’amadouer le dictateur vis-à-vis de l’Église catholique.

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Konrad Graf von Preysing 1880-1950

L’évêque de Berlin, Konrad Graf von Preysing, fut l’un des rares évêques qui continuèrent à défendre ouvertement et courageusement des opinions antinazies, même après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Il faisait partie avec Fritz Gerlich et Ingbert Naab, les rédacteurs de la revue Der Gerade Weg, d’un groupe de résistance catholique, le cercle de Konnersreuth, qui se fixait pour objectif de trouver des mesures permettant de contrer le régime nazi. Après l’assassinat de Gerlich en 1934, Preysing parvint à faire fuir Naab en Suisse ; Preysing ne fut pas arrêté en raison de sa très grande popularité. Il avait à plusieurs reprises mis les autres évêques en garde contre le nazisme, était un ennemi déclaré du Concordat, et participa à la rédaction de l’encyclique du Pape Pie XI. Preysing critiquait l’attitude de l’Église vis-à-vis du nazisme ; il rendit compte au Pape des événements se déroulant dans l’Allemagne nazie, et il était persuadé que l’on ne pourrait rien obtenir d’Hitler par des voies diplomatiques ; il était partisan d’une prise de position claire de la part du Vatican, qui serait capable d’encourager les Allemands à organiser de grandes manifestations contre le régime. Preysing, choqué par les télégrammes élogieux que le cardinal Bertram envoyait à Hitler, démissionna en 1940 de son poste de secrétaire de presse de la conférence épiscopale de Fulda, et entra en contact avec le cercle de Kreisau et les conjurés du 20 juillet 1944, tout comme les Pères jésuites Alfred Delp, Lothar König et Augustin Rösch. Juriste de formation, Konrad Graf von Preysing rédigea également une lettre pastorale concernant le Droit et ses violations par le régime nazi, qui fut lue en chaire et qui eut un grand écho en Allemagne et à l’étranger.

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D’autres catholiques ont manifesté leur opposition vis-à-vis de certains points de la politique nazie. Ainsi, des organismes caritatifs, des médecins et des ecclésiastiques catholiques protestèrent contre l’eugénisme, que les nazis avaient rendu légal en juillet 1933 sous la forme d’une loi sur la prévention de la transmission héréditaire de maladies. L’encyclique Casti connubii, publiée en 1930, interdisait ces pratiques au nom du respect de la vie. En 1934, le directeur de l’action catholique de l’évêché de Berlin, Erich Klausener, qui avait organisé les Journées catholiques de Berlin.

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Erich Klausener 1885-1934

En 1933 et 1934, fut assassiné sur l’ordre personnel d’Hitler le 30 juin 1934, quelques jours après une messe en plein air qui avait rassemblé des dizaines de milliers de fidèles, ce qu’Hitler avait considéré comme un affront personnel. En 1940, l’archevêque Michael von Faulhaber protesta auprès du ministre de la Justice au sujet de l’assassinat des invalides et des malades mentaux, jugés par les nazis indignes de vivre, car improductifs sur le plan économique. L’opération T4, qui fit plusieurs milliers de victimes, fut finalement suspendue officiellement en août 1941 mais continua sous d’autres formes plus insidieuses : les nazis administrèrent des médicaments aux malades ou les laissèrent mourir de faim dans les institutions. Faulhaber proposa de plus en 1941 au cardinal Bertram que l’Église catholique condamne publiquement les persécutions dont étaient victimes les juifs, ce qui ne se réalisa pas.

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Clemens August Graf von Galen 1878-1946

En 1935, l’évêque de Münster, Clemens August Graf von Galen, avait osé protester officiellement contre la venue à Münster d’Alfred Rosenberg, l’un des théoriciens du nazisme, et en 1941, il prononça des sermons condamnant l’assassinat des malades mentaux et des invalides, qui connurent un grand écho et furent reproduits sous forme de tracts et distribués également à l’étranger. Les nazis n’osèrent pas arrêter Clemens August Graf von Galen en raison du soutien que lui témoignait la population.

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Max Josef Metzger 1887-1944

D’autres résistants ne furent pas épargnés par la dictature. Ainsi, le prêtre Franz Reinisch fut incorporé en 1941 dans l’armée mais refusa de prêter serment à Hitler ; il fut exécuté. Le prêtre Max Josef Metzger, qui prônait l’œcuménisme et le pacifisme, fut arrêté par la Gestapo en 1939 en raison de son engagement pour la paix, et fut exécuté en 1943.

L’attitude d’une partie des catholiques allemands oscilla entre le soutien et l’accommodement au nazisme. Certes, leur marge de manœuvre était minime, étant donné les persécutions nazies dont ils étaient victimes. Cependant, quelques personnalités comme l’évêque de Berlin Konrad Graf Preysing, l’évêque de Münster Clemens August Graf von Galen, ou encore les prêtres Franz Reinisch et Max Josef Metzger ont eu le courage de s’opposer aux nazis et à leur politique criminelle, et de défendre les persécutés au nom des valeurs chrétiennes, incompatibles avec l’idéologie nazie. Des pèlerinages ainsi que de grandes manifestations, comme celle de 1938 à Aix-la-Chapelle (Aachen) menée sous le slogan Le Christ pour l’Allemagne, l’Allemagne par le Christ rassemblèrent également des dizaines de milliers de catholiques opposés à l’idéologie nazie. Les communistes donnèrent l’ordre à leurs militants de se joindre à ces grandes manifestations qui représentaient l’un des rares moyens de se lever contre le régime.

Autres communautés religieuses. Les Témoins de Jéhovah

Refusaient de faire le salut hitlérien, d’effectuer le service militaire et d’être incorporés dans l’armée. Ils ne pouvaient accepter la volonté de domination nazie, qui allait à l’encontre de leurs convictions religieuses, et furent de ce fait persécutés par les nazis. Des milliers d’entre eux furent déportés en camp de concentration. Après le début de la guerre, beaucoup de Témoins de Jéhovah furent exécutés en raison de leur refus d’intégrer l’armée. Plus de deux mille Témoins de Jéhovah moururent à la suite des persécutions nazies.

Les Quakers

Qui étaient partisans de la tolérance, de la non-violence et de la paix, purent aider jusqu’en 1939 plus d’un millier de juifs à émigrer, grâce à leurs contacts avec les communautés de Quakers à l’étranger. Ils furent persécutés par les nazis en raison de leur engagement pour les victimes du nazisme et pour la paix, et de leur refus des dogmes, qui se heurtait à l’idéologie nazie.

La Résistance juive

Depuis les Lumières allemandes, les relations entre Allemands chrétiens et Allemands juifs s’étaient consolidées, et les juifs allemands étaient intégrés dans la société allemande. La montée de l’antisémitisme, la prise du pouvoir par le parti nazi en 1933, l’action de boycott des magasins juifs le 1er avril 1933, ainsi que l’exclusion croissante des juifs de la société et les diffamations dont ils étaient victimes furent un choc pour les 500 000 juifs allemands. Beaucoup de juifs allemands réalisèrent alors pour la première fois de leur vie qu’ils étaient juifs, et les actions des nazis engendrèrent chez eux une nouvelle conscience de soi.

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Le boycott des magasins juifs avril 1933

Le pogrom dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, appelé également la Nuit de Cristal, mit définitivement fin à l’espoir que la persécution des juifs en Allemagne se terminerait un jour, et fit prendre conscience à beaucoup de juifs allemands du danger auquel étaient exposées leurs vies. Dans toute l’Allemagne, des synagogues furent brûlées et détruites, environ 7 500 magasins juifs furent saccagés, 90 juifs perdirent leur vie cette nuit-là, et au moins 26 000 juifs furent arrêtés et internés dans les camps de concentration de Dachau, de Sachsenhausen et de Buchenwald, où des centaines de personnes furent assassinées les jours suivants. Beaucoup de juifs, et surtout ceux appartenant au mouvement sioniste, se préparèrent alors à l’émigration en apprenant un nouveau métier et en prenant des cours de langue. Des centaines de juifs allemands rejoignirent les Brigades internationales, et plusieurs milliers d’exilés juifs allemands combattirent le régime hitlérien au sein des armées alliées et des mouvements de résistance des pays dans lesquels ils résidaient. Mais 150 000 des 500 000 juifs allemands ne purent fuir à l’étranger.

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Le lendemain du pogrom les magasins juifs sont saccagers Berlin 10 novembre 1938

La Grande-Bretagne ne laissa immigrer dans son protectorat, la Palestine, que 50 000 juifs allemands. Ceux qui restèrent en Allemagne essayèrent de sauver leur dignité en prenant activement part au travail des institutions juives restantes, et s’entraidèrent afin de limiter la détresse des personnes persécutées et menacées de déportation. Certains se dressèrent contre l’injustice quotidienne et contre les crimes nazis, d’autres essayèrent de survivre à la persécution en se cachant. Les organisations culturelles et caritatives juives qui se mirent en place essayèrent de limiter l’exclusion des juifs de la vie sociale et de remédier au dénuement financier croissant de la population juive exclue de l’économie.

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Leo Baeck 1873-1956

La Fédération des juifs d’Allemagne œuvrait sous la direction de Leo Baeck pour la sécurisation sociale des juifs allemands, et organisa la coopération entre les différentes institutions juives pour permettre l’assistance économique et morale des persécutés. Le refus de la communauté juive de se résigner se manifesta surtout dans le domaine des activités culturelles, dont furent exclus les non-aryens dans la société allemande. Des associations de musique, de théâtre, d’Art et de sport renforcèrent leurs activités, et lors de l’exclusion progressive des juifs de l’éducation, un système d’éducation juif fut mis en place.

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Kurt Singer 1885-1944

Le chef d’orchestre et réalisateur Kurt Singer créa en 1933 la Fédération culturelle des juifs allemands (Kulturbund deutscher Juden) pour permettre aux artistes juifs de continuer à exercer leur métier, et pour œuvrer contre l’exclusion des juifs de la vie culturelle en Allemagne. Mais en 1935, les autorités nazies contraignirent la scène culturelle juive à fonder la Fédération du Reich des associations culturelles juives (Reichsverband der jüdischen Kulturbünde) et placèrent son travail sous le contrôle direct de la Gestapo. Au moyen de cette mesure et de l’interdiction qui fut faite aux aryens d’assister aux représentations culturelles juives, la Gestapo transforma la fédération en un instrument de mise à l’écart de la population juive, isolée ainsi dans un ghetto culturel et intellectuel. Kurt Singer fut arrêté en Hollande en 1940 et déporté à Theresienstadt, où il mourut en février 1944.

Chug Chaluzi
Le groupe sioniste clandestin Chug Chaluzi (Cercle de pionniers) se forma au printemps 1943 autour de Jizchak Schwersenz et d’Édith Wolff. Ses 40 membres, provenant pour la plupart des mouvements de jeunesse sionistes, refusèrent de se résigner. Ils apportèrent leur aide aux déportés dans les camps de concentration à l’Est et essayèrent de fuir à l’étranger.

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Fête Chavouot du groupe Chug Chaluzi Berlin 1943

Édith Wolff, considérée par les nazis comme métisse de 1er degré, reçut une éducation protestante, mais elle se déclara juive par protestation contre la politique raciale nazie et devint pacifiste et sioniste. Elle permit à plusieurs persécutés de fuir, avait beaucoup de contacts avec des juifs qui se cachaient, et leur procura des cartes de rationnement. Lorsqu’en 1941 commença la déportation massive de juifs à Berlin, le groupe parvint à trouver des cachettes à quelques personnes menacées, et fabriqua également des faux-papiers, ce qui sauva la vie à Jizchak Schwersenz lors d’une razzia de la Gestapo. Celui-ci put fuir en 1944 en Suisse, puis à Haïfa. Édith Wolff fut arrêtée en 1944 par la Gestapo pour avoir procuré des cartes de rationnement à des juifs ; elle put couvrir ses contacts avec des juifs cachés et fut condamnée à une lourde peine de prison. Elle put survivre au régime nazi.

Communauté pour la paix et le renouveau

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Werner Scharff fut l’initiateur de la Communauté pour la paix et le renouveau (Gemeinschaft für Frieden und Aufbau), une association d’aide aux persécutés, à laquelle adhéraient une vingtaine de personnes juives et chrétiennes. Werner Scharff était juif et fut déporté en août 1943 au ghetto de Theresienstadt ; il parvint à fuir un mois plus tard et retourna à Berlin, où il vécut dans la clandestinité. Il procura à des juifs, grâce à son grand réseau de relations, des faux-papiers et de l’argent, et leur trouva des cachettes. Il écrivit également des tracts pour la Communauté pour la paix et le renouveau, qui voulait informer la population allemande du véritable caractère du régime nazi, inciter les soldats à déposer les armes, et qui appelait à la résistance contre le nazisme. Ces tracts furent déposés dans des boîtes aux lettres à Berlin et expédiés à des centaines de personnes.

Certains purent même être acheminés clandestinement aux Pays-Bas et en France. En octobre 1944, la Gestapo démantela ce réseau et arrêta Werner Scharff, qui fut assassiné le 16 mars 1945 dans le camp de concentration de Sachsenhausen, quelques semaines avant la libération du camp. Eugen Herman-Friede, un adolescent juif qui avait été caché et protégé par Hans Winkler et qui avait pris part aux activités de la Communauté pour la paix et le renouveau, fut arrêté le 11 décembre 1944 mais parvint à survivre à sa détention. La plupart des membres de ce groupe de résistance purent survivre grâce à la confusion qui régnait en Allemagne lors des derniers mois de la guerre.

Organisations chrétiennes

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Des organisations chrétiennes ont aidé des chrétiens d’origine juive et des juifs convertis au christianisme  à émigrer, leur ont fourni des faux-papiers et des visas.

Ainsi, l’association Saint-Paul (Paulus-Bund) a apporté son aide aux persécutés. Le bureau Grüber, fondé en 1938 par le pasteur Heinrich Grüber, apportait son soutien aux protestants d’origine juive en leur proposant une aide juridique et en les aidants à trouver un pays d’accueil. Le pasteur Grüber fut arrêté en 1940 et déporté au camp de concentration de Sachsenhausen puis à Dachau. L’un de ses collaborateurs, Werner Sylten, un membre de l’Église confessante d’origine juive, fut arrêté en 1941, déporté au camp de concentration de Dachau et assassiné.

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Gertrud Staewen, une pédagogue membre de l’Église confessante, dont les livres furent interdits par les nazis, créa elle-aussi à Dahlem, avec Helene Jacobs, Mélanie Steinmetz et Franz Kaufmann, un ancien haut-fonctionnaire d’origine juive, une organisation clandestine qui fournissait de faux-papiers et des cartes de rationnement à des juifs ; Gertrud Staewen fut arrêtée par la Gestapo mais put survivre à la guerre, contrairement à Franz Kaufmann, qui fut arrêté en 1943, torturé, déporté, et assassiné le 17 février 1944 au camp de concentration de Sachsenhausen.

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Margarete Sommer 1893-1965

L’association catholique Saint-Raphaël et l’œuvre d’assistance de l’ordinariat épiscopal de Berlin ont également apporté leur aide aux persécutés. Margaret Sommer, une universitaire qui avait perdu son poste en raison de son engagement catholique, aida ainsi à partir de 1935 des catholiques d’origine juive. Elle devint en 1941 directrice de la section d’aide aux juifs convertis au catholicisme de l’ordinariat épiscopal de Berlin. Et le 22 mars 1935 fut fondé le Comité d’aide aux non-aryens catholiques, qui proposait une aide juridique aux catholiques d’origine juive, et les aidait à trouver un pays d’accueil pour fuir l’Allemagne.

Les Quakers, qui étaient partisans de la tolérance, de la non-violence et de la paix, purent aider jusqu’en 1939 plus d’un millier de juifs à émigrer, grâce à leurs contacts avec les communautés de Quakers à l’étranger. Ils furent persécutés par les nazis.

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Hans Winkler, Günther Samuel et Erich Schwarz fondèrent après le pogrom de 1938 un cercle de discussion hostile au régime, qui se faisait passer pour un groupe d’épargne (Sparverein Hoher Einsatz). Hans Winkler était employé au tribunal de première instance de Luckenwalde, et assista à partir de 1933 en tant que greffier à des interrogatoires de la Gestapo. Révolté par ce qu’il y vit, il devint un ennemi du régime et décida d’apporter son aide aux persécutés. En août 1943, le couple Samuel et leur fils de dix ans furent déportés, le cercle d’amis n’ayant pas réussi à leur trouver une cachette. Peu de temps après, Winkler parvint à cacher chez lui Eugen Herman-Friede, un adolescent de dix-sept ans, qui vivait depuis le début de l’année 1943 dans la clandestinité à Berlin.

L’Opération Sept

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Hans von Dohnanyi  1902-1945

Travaillait au Ministère de la Justice et faisait partie du groupe de résistance formé au sein du contre-espionnage et dirigé par Hans Oster, qui voulait éliminer Hitler et collabora à la conspiration du 20 juillet 1944. Profondément choqué par les exactions commises par les nazis envers les juifs, Hans von Dohnanyi aida des persécutés, rassembla des preuves documentant les crimes nazis, et prépara le putsch du 20 juillet 1944.

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Hans Oster 1887-1945

A l’automne 1941, lorsque commencèrent les déportations massives de juifs, le groupe de résistance du contre-espionnage ne put pas protester ouvertement, pour ne pas mettre en danger les activités du réseau, qui prenait part à la conspiration contre Hitler. Hans von Dohnanyi transmit aux généraux des rapports rédigés par son beau-frère Dietrich Bonhoeffer sur la déportation des juifs, afin de les inciter à agir. Mais les militaires n’entreprirent rien pour empêcher ces crimes, et les déportations continuèrent. Le groupe de résistance décida alors de sauver au moins quelques familles juives, en les déclarants en tant que pseudo-agents du contre-espionnage, ce qui permit à quinze juifs berlinois de trouver refuge en Suisse. Cette action fut appelée Opération Sept (Opération Siegen), car il s’agissait au début d’aider sept personnes à fuir. Finalement, le groupe continua ses activités d’aide aux persécutés et entreprit de secourir davantage de personnes, afin d’en sauver le plus grand nombre possible.

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Wilhelm Canaris 1887-1945

L’amiral Wilhelm Canaris, chef du contre-espionnage, couvrit ces activités. Pendant les années précédentes, il avait déjà aidé des juifs à fuir et il en protégeait en gardant des officiers d’origine juive au sein du contre-espionnage, malgré la loi de 1935 interdisant aux juifs d’exercer des activités dans l’armée. Couverts par Canaris, des officiers du contre-espionnage organisèrent la fuite de juifs des Pays-Bas, qui devaient être déportés, en prétendant que c’étaient des espions qui devaient s’infiltrer en Amérique du Sud. Entre mai 1941 et janvier 1942, 468 juifs allemands et néerlandais purent ainsi trouver refuge en Espagne et au Portugal, et s’exiler à partir de ces pays vers des pays d’accueil. Cette opération fut nommée l’Action Aquilar.

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Ludwig Beck 1880-1944

Essaya d’influencer Hitler et les généraux afin d’éviter la guerre qui, et les généraux le savaient à partir de 1937, était l’objectif proclamé de Hitler pour conquérir de l’espace vital au peuple allemand. Il appela même tous les généraux allemands à menacer Hitler de démissionner s’il ne retirait pas ses plans de guerre, mais le chef suprême des forces armées von Brauchitsch, dont la décision était essentielle pour le reste des généraux, n’était pas prêt à faire ce pas de désobéissance collective. Ludwig Beck démissionna alors le 18 août 1938 de son poste de chef de l’état-major de l’armée de terre pour poursuivre sa lutte contre la dictature à l’extérieur de l’appareil militaire. Celui-ci fut en 1938 complètement mis au pas par Hitler, qui limogea tous les généraux s’opposant à sa politique agressive. Le régime continuait à procéder au réarmement massif de l’armée, et à préparer et commettre des crimes au nom du peuple allemand. Ludwig Beck entra alors définitivement dans la Résistance allemande et il fut prévu qu’il devienne chef d’État après l’élimination du dictateur. Le soir du 20 juillet 1944, après l’échec du putsch, on l’obligea à se suicider; grièvement blessé, il fut abattu par un adjudant.

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Carl Friedrich Goerdeler 1884-1945

Maire de la ville de Leipzig à partir de 1930, était convaincu déjà avant la guerre que le régime nazi allait conduire l’Allemagne vers une catastrophe économique, politique et surtout morale. Il décida en 1937 de démissionner de ses fonctions et de regrouper des amis qui partageaient ses convictions, afin d’organiser la chute du régime hitlérien. Il trouva un poste dans l’entreprise de Robert Bosch, dont il avait fait la connaissance auparavant, et qui participait à des actions d’assistance à des hommes et des femmes persécutés par la dictature. Son emploi de conseiller chez Bosch était une couverture idéale pour ses activités, car il lui permettait d’effectuer des voyages dans quasiment tous les pays européens, ainsi qu’aux États-Unis et au Canada, où il faisait tout son possible pour avertir les gouvernements étrangers, avant la guerre, du danger que représentait le régime nazi, et pour les convaincre de l’existence d’une autre Allemagne. L’opinion internationale avait avant la guerre encore tendance à voir en Hitler une chance pour l’Allemagne, et on l’admirait partiellement pour sa victoire impressionnante contre le chômage, ce qui est l’une des raisons de l’échec des nombreuses tentatives des résistants allemands de trouver du soutien à l’étranger. A partir de 1938, Carl Friedrich Goerdeler fut le centre de la résistance civile. Après un putsch, il devait prendre la fonction de chancelier du Reich. Parallèlement à sa critique du régime totalitaire nazi, il développa des projets pour la nouvelle Allemagne post-hitlérienne. Ses idées concernant le nouvel ordre politique de la société allemande s’approchaient des conceptions du cercle de Kreisau constitué autour de Helmut James Graf von Moltke ; Goerdeler projetait une société consensuelle, reposant sur le partenariat, avec des instances de médiation autonomes. D’autre part, il était pour une Allemagne forte en Europe, mais dans une vision très humaniste, c’est-à-dire en tant que facteur de stabilité. La Gestapo recherchait déjà Carl Friedrich Goerdeler avant le 20 juillet 1944. Il parvint à se cacher après l’échec du coup d’état, mais fut dénoncé et arrêté. Il fut condamné à mort le 8 septembre 1944, et exécuté le 2 février 1945.

7 août 2014

LA RÉSISTANCE EN ALLEMAGNE 3e partie

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 3 h 13 min

L’orchestre Rouge

LA RÉSISTANCE EN ALLEMAGNE 3e partie dans RÉSISTANCE HISTORIQUE artfichier_729028_1858617_201303090759987

Arvid 1901-1942 et Mildred Harnack 1902-1943

Au début des années 30 se formèrent des cercles de résistance autour du conseiller supérieur du gouvernement et scientifique Arvid Harnack et du lieutenant Harro Schulze-Boysen, employé au ministère de l’aéronautique. Ces deux cercles, qui rassemblaient une centaine d’opposants au régime nazi, se rejoignirent à la fin des années 30, et formèrent ainsi l’Organisation Harnack / Schulze-Boysen, qui fut nommée par la Gestapo l’Orchestre Rouge (Rote Kapelle).

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Harros et Liberta Schulza-Boysen

Les membres de cette organisation, unis par leur volonté de mettre fin au régime nazi et à la guerre, venaient d’horizons divers et de couches sociales différentes. Leurs activités étaient multiples. Pour attirer l’attention de la population allemande sur le caractère criminel du régime nazi, ils écrivirent de nombreux tracts et les distribuèrent. Grâce à la diversité de ses membres, le groupe put se procurer maintes informations sur les crimes et les projets du régime nazi, dont il voulait faire part à la population.

Mais le travail de résistance de ce groupe ne se limitait pas aux tracts et aux affiches. Lorsque les résistants apprirent le projet nazi de conquérir l’Europe, ils en avertirent les pays menacés. Ils informèrent entre autres l’Union soviétique de l’attaque imminente de la Wehrmacht, mais ils ne furent pas pris au sérieux. A partir de la fin de l’année 1941, ils coopérèrent avec les bureaux des renseignements soviétiques à Paris et à Bruxelles, sans pour autant devenir des agents soviétiques et perdre leur indépendance, comme les autorités nazies l’ont prétendu par la suite. L’organisation souhaitait plutôt œuvrer pour une Allemagne socialiste mais souveraine.

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Le travail du groupe consista alors à rassembler des informations, à rédiger des tracts, à les reproduire et à établir le contact avec d’autres groupes de résistance à Berlin, à Hambourg, en Allemagne centrale et en Bavière. Le groupe réussit ainsi à élargir la zone de distribution de ses tracts, et parvint même à en envoyer aux soldats du front. Pendant l’hiver 1942, il entra en contact avec le groupe de résistance La Rose Blanche à Munich par l’intermédiaire du frère d’Arvid Harnack, Falk Harnack, qui rencontra des membres de ce groupe.

Outre le travail visant à informer la population allemande des crimes commis par le régime nazi, en particulier dans les territoires occupés à l’Est, l’organisation œuvrait de toutes ses forces pour la défaite militaire de l’Allemagne nazie. Dans ce but, ils transmirent des secrets militaires à l’URSS par radio, à l’aide d’émetteurs fournis par les renseignements soviétiques. Les transmissions présentaient un grand risque, et les résistants devaient toujours changer très rapidement de lieu d’émission pour ne pas être découverts par la Gestapo. La maintenance et la réparation des émetteurs-radio posaient de grands problèmes. Les membres du groupe organisèrent des rencontres avec des agents parachutistes soviétiques qui pouvaient alors effectuer les réparations les plus compliquées.

A la fin de l’année 1942, l’organisation fut démantelée par la Gestapo, et 119 personnes furent arrêtées. 50 personnes furent condamnées à mort et exécutées.

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Le groupe de résistance La Rose Blanche fut fondé au printemps 1942, à l’université de Munich, par Hans Scholl et Alexander Schmorell.

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Alexander Schmorell 1917-1943

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Hans1918-1943 et Sophie Scholl, 1921-1943, Christoph Probst 1918-1943

Les jeunes étudiants refusaient d’accepter le totalitarisme dans lequel avait sombré l’Allemagne, et voulaient sauvegarder leur indépendance d’esprit face au nihilisme intellectuel que représentait le nazisme. Ils parlèrent de la situation politique avec Kurt Huber, professeur à l’université de Munich, réputé pour ses cours de philosophie qui impressionnaient et influençaient beaucoup les étudiants. Kurt Huber les encouragea à résister et devint le mentor de la Rose Blanche.

Révoltés par  la dictature hitlérienne et les souffrances causées par la guerre, les étudiants se décidèrent à agir pendant l’été 1942. Hans Scholl et Alexander Schmorell rédigèrent les quatre premiers tracts ; ils les envoyèrent par la poste de la fin du mois de juin à la mi-juillet à des destinataires soigneusement choisis à Munich, principalement des intellectuels. Les étudiants se référèrent dans leurs tracts à d’éminents penseurs et écrivains comme Schiller, Goethe, Novalis, mais aussi Lao Tseu, Aristote, et citèrent également la Bible. Les destinataires de ces tracts, pour la plupart écrivains, professeurs d’université, directeurs d’établissements scolaires, libraires et médecins de Munich et de ses environs, étaient censés reproduire les tracts et les envoyer au plus grand nombre possible de gens. 

En juillet 1942, Hans Scholl, Alexander Schmorell et Willi Graf furent incorporés dans la Wehrmacht en tant qu’étudiants en médecine,  pour servir comme infirmiers au front de l’Est ; ils furent envoyés en URSS pour trois mois. De retour en Allemagne, ils prirent contact avec d’autres groupes de résistance. Hans Scholl et Alexander Schmorell se mirent ainsi en relation avec Falk Harnack, le frère d’Arvid Harnack, l’un des dirigeants de l’organisation Harnack-Schulze-Boysen. Pendant l’hiver 1942-1943,  lorsque la bataille de Stalingrad atteignit son paroxysme, les étudiants rédigèrent avec leur professeur Kurt Huber le cinquième tract de la Rose Blanche. Des milliers d’exemplaires furent imprimés et distribués non seulement à Munich, mais aussi à Augsbourg, Francfort, Stuttgart, Salzburg, Linz et Vienne.

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Les étudiants écrivirent sur les murs des slogans pacifistes et antifascistes, collectèrent du pain pour des détenus de camps de concentrations et s’occupèrent de leurs familles. Les actions de la Rose Blanche furent prises en exemple à partir de janvier 1943 par des intellectuels du sud de l’Allemagne et de Berlin. Leurs tracts furent également recopiés et distribués à Hambourg par un groupe de jeunes gens en contact avec la Rose Blanche, qui s’était constitué autour de Hans Konrad Leipelt, étudiant en chimie. En février 1943, après la défaite de Stalingrad, Kurt Huber rédigea le sixième tract. Il fut imprimé à plus de 2 000 exemplaires, distribué et envoyé par la poste. Le 18 février 1943, Hans Scholl et sa sœur Sophie lancèrent des centaines de tracts dans la cour intérieure de l’université de Munich ; le concierge les arrêta et les livra à la Gestapo. Ils furent condamnés à mort, car leurs appels au ressaisissement éthique des consciences allemandes furent considérés par les nazis comme un crime politique majeur. Le réseau de Hambourg fut lui aussi démantelé par la Gestapo à l’automne 1943. Hans et Sophie Scholl, ainsi que Christoph Probst, un autre membre du groupe, furent guillotinés le jour même de leur condamnation, le 22 février 1943 ; d’autres résistants, Alexander Schmorell, Willi Graf et le Professeur Kurt Huber furent exécutés quelques mois plus tard. Dix autres membres de la Rose Blanche furent assassinés les années suivantes, dont huit à Hambourg. 80 personnes furent arrêtées dans le sud de l’Allemagne, et 50 personnes dans la région de Hambourg ; elles furent condamnées à des peines de prison allant jusqu’à cinq ans, pour avoir été en contact avec la Rose Blanche.

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Le cercle de Kreisau

Le cercle de Kreisau était un cercle de discussion et de réflexion constitué d’amis unis par le rejet du régime hitlérien et soudé par la volonté de préparer le renouveau de l’Allemagne post-hitlérienne. Il comptait, de 1938 (depuis la crise des Sudètes) jusqu’à l’attentat du 20 juillet 1944, vingt membres actifs et environ vingt sympathisants. Son nom de cercle de Kreisau, qui lui a d’ailleurs été assigné par la Gestapo, se réfère au lieu de rencontre du cercle de discussion, le domaine de la famille von Moltke, situé à Kreisau, en Silésie, où se sont réunis de 1940 à 1943, pour réfléchir aux mesures à prendre contre le régime nazi et à une nouvelle Allemagne après la dictature, des fonctionnaires, des ecclésiastiques des deux confessions chrétiennes, des officiers ainsi que des politiciens sociaux-démocrates et conservateurs. Une grande partie des membres du cercle avait appartenu à des mouvements de jeunesse qui mettaient l’accent sur le dialogue entre les générations et les différentes couches sociales, en organisant des camps et des activités en plein air qui permettaient aux enfants de fréquenter des gens de tous les milieux et de tous les âges. Cette expérience a donné à ce cercle son profil caractéristique, qui consistait en la consultation mutuelle de personnes issues d’horizons divers, en un échange alliant expérience et idées progressistes.

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Helmut James Graf von Moltke 1907-1945

Le cercle a été créé par Helmut James Graf von Moltke, petit-neveu du Feld-maréchal du XIXe siècle. Sa mère étant originaire d’Afrique du Sud, il a reçu une éducation de tradition britannique. Il s’est intéressé très tôt, pendant sa jeunesse passée à Berlin, à des problèmes sociaux, ce qui lui a valu le surnom de comte rouge. Il s’est engagé entre autres dans les camps de travail volontaires en Silésie, sensés ouvrir le dialogue entre les différentes couches sociales et les générations. Von Moltke fit des études de droit, mais refusa après la prise du pouvoir d’Hitler en 1933 un poste de juge, préférant être actif en tant qu’avocat et essayer d’agir contre l’injustice et les jugements arbitraires, en offrant son aide juridique à ses amis et connaissances juifs. Sa mère l’incita à aller en Angleterre pour entrer en contact avec des amis de sa famille, et il y passa des examens qui lui permirent d’ouvrir un cabinet d’avocat en Angleterre et de conserver ainsi des contacts dans le monde libre.

Von Moltke, qui n’hésitait pas à énoncer ses critiques ouvertement, condamna dès le début l’ascension et la prise du pouvoir d’Hitler. Le régime nazi allait à l’encontre de sa vision du monde humaniste fondée sur l’éthique chrétienne, et déjà avant la prise de pouvoir d’Hitler en 1933, il mit son entourage en garde contre le NSDAP et Hitler, étant persuadé que celui-ci, s’il était au pouvoir, représenterait un danger de guerre immédiat. Très tôt, il fut au courant des crimes commis par le régime nazi en Pologne, envers les prisonniers de guerre et les juifs en Europe. En octobre 1942, il apprit l’existence des fourneaux SS où étaient traitées 6 000 personnes par jour. Von Moltke fut arrêté au début de l’année 1944, condamné à mort le 11 janvier 1945 et exécuté le 23 janvier 1945.

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Peter Graf Yorck von Wartenburg 1904-1944

Au début de l’année 1940, une autre personnalité, qui elle aussi allait énormément déterminer le travail et les objectifs que le cercle se fixait, se joignit au cercle de Kreisau : Peter Graf Yorck von Wartenburg, un cousin lointain de von Moltke, qui avait également fondé en 1938 un groupe de résistance. Haut fonctionnaire de l’État depuis 1938, il portait lui aussi un grand nom de l’histoire allemande, lié à la fin de l’occupation napoléonienne et au rapprochement germano-russe. Au début, le jeune juriste vit dans le national-socialisme une chance pour surmonter l’humiliation du peuple allemand après la défaite de 1918. Mais avec le temps, il s’en détourna de plus en plus, la violence, l’injustice et le traitement de la population juive lui ayant ouvert les yeux sur le véritable visage de l’idéologie nazie.

En 1938, il se mit alors à la recherche de gens partageant ses idées. C’est au printemps 1940 que Yorck et von Moltke se revirent lors d’une rencontre familiale, et qu’ils échangèrent leurs avis et préoccupations. Par la suite, ils firent connaissance de leurs cercles d’amis respectifs, ce qui fit s’agrandir entre 1940 et l’automne 1941 le cercle de Kreisau. C’est dans la maison de Peter Graf Yorck von Wartenburg à Berlin-Lichterfelde qu’eurent lieu la plus grande partie des rencontres de discussion. En 1942, il fut incorporé dans la Wehrmacht, ce qui lui permit de fortifier et d’élargir ses contacts avec des opposants du régime au sein de l’appareil militaire. A la suite de l’arrestation de von Moltke en janvier 1944, il proposa ses services à Claus Schenk Graf von Stauffenberg pour la préparation et l’exécution du putsch du 20 juillet 1944. Il fut arrêté pendant la nuit du 20 au 21 juillet, quelques heures après l’attentat, et fut exécuté le 8 août 1944.

En 1938, les résistants comprirent qu’il serait illusoire de tenter un putsch contre Hitler, étant donné qu’une grande partie de la population soutenait le dictateur après l’Anschluß et l’annexion des Sudètes. Ils se rassemblèrent alors pour essayer de concrétiser un renouveau de l’Allemagne, et prirent contact avec des spécialistes divers pour discuter les fondements d’une nouvelle Allemagne post-hitlérienne.

Le lien qui unissait les membres du cercle était le refus du régime national-socialiste et la protestation – motivée pour la plupart des résistants par l’éthique chrétienne – contre les crimes de ce régime et la guerre, beaucoup d’entre eux ayant fait l’expérience douloureuse de la Première Guerre Mondiale. Mais l’on ne peut pas dire qu’il s’agissait d’un cercle religieux. Certes, les valeurs chrétiennes étaient pour la plupart des membres du cercle une base fondamentale de discussion, mais ce sont surtout des thèmes étatiques, économiques et culturels qui prévalaient dans les débats. Ce groupe n’était pas pour autant un cercle d’intellectuels sans relation avec la pratique, car tous les membres étaient confrontés dans leur vie professionnelle et dans leurs engagements personnels aux réalités de l’existence et faisaient preuve de réalisme.

Les membres du cercle de Kreisau se représentaient l’Allemagne post-hitlérienne comme un État démocratique et civil, un État de droit assurant le respect des droits de l’homme. Le droit au travail et la socialisation du secteur économique étaient deux autres principes fondamentaux pour le nouvel État, dans lequel la propriété privée serait protégée, mais où les unités de production les plus importantes seraient pour le bien commun entre les mains de l’État. Les citoyens, et c’est là que réside l’aspect le plus moderne du « programme » du cercle de Kreisau, devaient pouvoir bénéficier de libertés et d’une large responsabilité dans la nouvelle Allemagne. Celle-ci, débarrassée du modèle du Deuxième Reich d’un État autoritaire, devait être reconstituée à partir de la base, c’est à dire que l’État devait reposer sur des petites communautés bénéficiant d’une autonomie administrative. Cet aspect dénote la méfiance conservatrice à l’égard des sociétés de masse modernes. Mais ceci ne représentait en aucun cas un repli sur soi. Le cercle de Kreisau, qui défendait des valeurs humaines, s’opposait à ce que l’Etat soit dominé par l’économie, et souhaitait que la nouvelle Allemagne soit ouverte au monde occidental, dans la perspective d’une union européenne.

Mais avant tout, l’État allemand devait être renouvelé de manière démocratique en commençant par la base. Von Moltke et Yorck savaient que les Allemands auraient besoin d’une éducation pour apprendre à faire bon usage de leur nouvelle liberté, dont ils avaient été démunis pendant plus d’une décennie. Ceci ne pouvait selon eux se réaliser sans les principes éthiques chrétiens. C’est pour cette raison que le cercle n’était pas en faveur d’une séparation stricte de l’Église et de l’État, parce que les Églises catholique comme protestante devraient être ancrées dans une société œcuménique et y agir en tant qu’instances politiques et morales. Le citoyen serait alors en mesure de s’épanouir et de découvrir ainsi par lui-même l’ordre naturel, puis d’œuvrer vers sa réalisation dans la société. Pour réaliser ce renouveau de la société et de l’État à partir du bas, les membres du cercle voulaient transformer l’appareil administratif anonyme et oppressant en une administration plus immédiate et concrète, permettant le maximum d’autarcie aux plus petites unités locales ainsi reliées dans un système démocratique et extrêmement décentralisé.

Une autre revendication essentielle du cercle de Kreisau était la sécurité juridique, donc le rétablissement d’un État de Droit, qui garantirait la liberté de conscience, la tolérance et le respect envers les peuples d’Europe. Sans la constitution d’un État de Droit, aucune politique extérieure ne serait possible. Les crimes commis par les nazis au nom du peuple allemand seraient à punir sans laisser valoir l’excuse d’avoir eu à obéir à un ordre. Ceux qui avaient donné des ordres blessant le Droit naturel et le Droit International Public seraient à inculper en premier lieu. L’Allemagne devrait porter la responsabilité des crimes commis contre les peuples européens, mais les poursuites judiciaires devraient être du ressort d’une nouvelle justice allemande. Le cercle concevait un Droit International Public des Peuples du Monde comme fondement d’une nouvelle communauté internationale des peuples, qui serait alors empreinte d’une nouvelle autorité morale et juridique. Le projet prévoyait la constitution d’un tribunal international de guerre constitué des vainqueurs, de deux représentants de pays neutres et d’un juge du pays vaincu. L’idée était de créer ainsi le règne du Droit parmi les peuples du monde entier.

Le cercle de Kreisau à tenté d’établir, par l’intermédiaire de ses différents membres, un contact avec d’autres groupes de résistance, comme le groupe qui s’était constitué autour de Franz Sperr au sud de l’Allemagne et qui était en contact avec de hauts officiers, ou encore avec un groupe de leaders travaillistes catholiques de Cologne, et avec le cercle de Fribourg. Malgré tous les efforts pour établir le contact avec la Rose Blanche à Munich, ceci n’a pas pu se réaliser avant l’arrestation de ce groupe. Le cercle avait également des contacts avec des communistes modérés non staliniens. A partir de 1943, divers membres du cercle de Kreisau décidèrent de participer activement à des conspirations et prirent contact avec Ludwig Beck, Carl Friedrich Goerdeler, Ulrich von Hassel et Claus Schenk von Stauffenberg. La plupart des membres du cercle furent inculpés de haute trahison après le putsch échoué du 20 juillet 1944, et furent condamnés à mort.

Les membres principaux du cercle de Kreisau

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Adam von Trott zu Solz 1909-1944. Ce juriste fit des séjours d’études à Oxford et en Chine. Ces séjours à l’étranger, pendant lesquels il fut en contact avec des opposants au régime nazi, l’ont beaucoup marqué. En 1937, il fit la connaissance de von Moltke à Oxford, et en 1940, de Yorck von Wartenburg. La même année, il reçut un poste au ministère des Affaires étrangères, où il commença à prendre contact avec les groupes constitués autour de Hans von Dohnanyi et Dietrich Bonhoeffer. Adam von Trott zu Solz était dans le cercle le spécialiste des Affaires étrangères. Il fut arrêté cinq jours après l’attentat du 20 juillet 1944 et exécuté le 26 août 1944.

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Hans-Bernd von Haeften 1905-1944. Juriste, issu d’un milieu empreint du protestantisme libéral, il passa un an d’étude en Angleterre, à Cambridge. Il était lié d’amitié avec Dietrich Bonhoeffer et fut en contact étroit avec Martin Niemöller. Il travailla à partir de 1933 au ministère des Affaires étrangères, dont il devint l’un des plus hauts fonctionnaires, et où il était protégé par le secrétaire d’État von Weizsäcker, personnage-clé de la conspiration menée par von Stauffenberg. Malgré sa fonction de diplomate, il refusa d’adhérer au NSDAP. Proche du cercle de Kreisau, il aurait obtenu le poste du secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères après le putsch du 20 juillet 1944. Il fut condamné à mort et exécuté le 15 août 1944.

 

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Julius Leber 1891-1945. Cet ancien parlementaire social-démocrate de la République de Weimar était spécialiste en matière de défense. Le 31 janvier 1933, il fut arrêté pour la première fois, puis libéré grâce aux manifestations de masse organisées pour sa libération. Arrêté de nouveau, il fut interné dans des camps de concentration jusqu’en 1937. A partir de l’automne 1943, il entra en contact avec le cercle de Kreisau par l’intermédiaire de Carlo Mierendorff. Julius Leber, qui fut une figure marquante de la Résistance allemande, faisait également partie du groupe de Goerdeler, et serait devenu après le putsch 20 juillets ministre de l’Intérieur, ou même chancelier du Reich. Dénoncé, il fut arrêté début juillet 1944, avant l’attentat, fut condamné à mort le 20 octobre 1944, puis exécuté le 5 janvier 1945.

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Theodor Haubach Theodor Haubach 1896-1945. Était l’ami étroit de Carlo Mierendorff, avec lequel il publiait les Neue Blätter für den Sozialismus, auxquelles ont collaboré entre autres le pasteur Harald Poelchau, Adolf Reichwein et Otto Heinrich von der Gablentz. En 1923, Theodor Haubach soutint sa thèse sous la direction du philosophe Karl Jaspers. En 1929, il devint le porte-parole du ministère de l’Intérieur. En 1934, il fut arrêté et interné dans le camp de concentration d’Esterwegen. A partir de l’automne 1942, il fut membre du cercle de Kreisau, qui prévoyait pour lui le poste du porte-parole du gouvernement. Il fut arrêté quelques semaines après l’attentat du 20 juillet 1944 et exécuté le 23 janvier 1945.

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Carlo Mierendorff 1897-1943. Membre du SPD et membre du Reichstag à partir de 1930, il fut l’un des derniers à encore oser s’opposer ouvertement au NSDAP et à son chef de propagande Josef Goebbels au Parlement. Après la prise de pouvoir d’Hitler, il fut arrêté, maltraité et emprisonné dans les camps de concentration d’Osthofen, de Lichtenberg, de Papen burg, de Börgermoor, de Torgau et de Buchenwald jusqu’en 1938. Après sa libération, il entra en contact avec le cercle de Kreisau, où il influença largement la discussion sur la politique sociale. Il fut un médiateur entre les catholiques et les socialistes du cercle, et parvint à leur faire surmonter leurs divergences. Mierendorff mourut en décembre 1943 lors d’un bombardement allié à Leipzig.

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Adolf Reichwein 1898-1944. Ce social-démocrate et pédagogue réformateur, qui avait perdu en 1933 son poste de professeur d’Histoire et d’Instruction civique à l’Académie pédagogique de Halle, rejoignit le cercle de Kreisau en 1940. Il était prévu par le cercle qu’Adolf Reichwein devienne ministre de l’Éducation et de la Culture après l’attentat du 20 juillet 1944. Il était non seulement en contact avec le cercle de Kreisau, avec le cercle constitué autour de Wilhelm Leuschner et de Julius Leber, depuis l’été 1944 avec l’opposition militaire, mais aussi avec des représentants de groupes de résistance communistes qui s’étaient formés autour d’Anton Saefkow, Franz Jakob et Bernhard Bästlein. En raison de ces contacts, il fut arrêté début juillet 1944 et exécuté le 20 octobre 1944.

Keywords: claus schenk graf von stauffenberg

Claus Schenk Graf von Stauffenberg 1907-1944. Le lieutenant Fritz-Dietlof Graf von der Schulenburg, le lieutenant von Kleist et le capitaine Axel Freiherr von der Bussche-Streithorst voulaient tuer Hitler le 11 février en faisant exploser une bombe lors d’une présentation d’uniformes dans la Wolfsschanze, le Rempart des loups, le quartier général d’Hitler. Von der Bussche était prêt à dissimuler l’explosif dans la poche agrandie de son pantalon, à déclencher le détonateur et à se jeter sur Hitler pour l’empêcher de fuir jusqu’à l’explosion. Il devait utiliser un détonateur de grenade avec un mécanisme de retardement de 4,5 secondes qui était bruyant, mais il pensait pouvoir couvrir le bruit en faisant semblant de tousser pour s’éclaircir la voix. Il avait également un long couteau caché dans sa botte, au cas où le détonateur ne fonctionne pas. L’attentat échoua, car la présentation d’uniformes ne put avoir lieu, étant donné que le matériel à présenter avait brûlé dans le train qui le transportait lors d’un bombardement allié.

Le 11 mars, Claus Schenk Graf von Stauffenberg et son entourage chargèrent le capitaine de cavalerie Eberhard von Breitenbuch de tuer Hitler à coups de feu lors d’une réunion au Obersalzberg, où von Breitenbuch, en tant qu’officier d’ordonnance, avait l’une des rares opportunités de pouvoir approcher le dictateur. Mais l’attentat échoua en raison des mesures de sécurité renforcées : en dernière minute, il fut décidé d’interdire la présence des officiers d’ordonnance.

Claus Schenk Graf von Stauffenberg voulait faire un attentat à la bombe contre Hitler dans la Wolfsschanze le 6 juillet, mais ni Hitler ni Göring ne purent venir.

Enfin se présenta l’occasion tant attendue pour l’attentat, et von Stauffenberg fit sauter la bombe dans le quartier général d’Hitler le 20 juillet. Mais Hitler survécut, et les conjurés furent exécutés.

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Claus Schenk Graf von Stauffenberg

Le colonel Claus Schenk Graf von Stauffenberg fut le centre de la Résistance au sein du commandement suprême des forces armées après que le général Hans Oster ait été limogé, après le démantèlement du groupe de résistants au sein du contre-espionnage, et après l’envoi de Henning von Tresckow au front de l’Est. Von Stauffenberg fut du 1er juin au 20 juillet 1944 le chef de l’état-major du commandant des troupes de réserve. Il était convaincu que seule la mort d’Hitler pourrait inciter la Wehrmacht à agir. Au début ébloui comme tant d’autres par les succès militaires d’Hitler, ce n’est que pendant la guerre qu’il saisit le caractère criminel de la politique nazie. Blessé grièvement en Afrique, il perdit un œil, la main droite et des doigts de la main gauche, fut transféré à Berlin et y reçut en septembre 1943 un poste de chef d’état-major. Son supérieur, le général Friedrich Olbricht, qui était déjà depuis 1938 l’une des forces motrices pour un putsch au sein de l’armée, lui demanda d’entrer dans la Résistance active. Et c’est Friedrich Olbricht qui mit von Stauffenberg en contact avec Henning von Tresckow, Ludwig Beck et Carl Friedrich Goerdeler. Grâce à sa position centrale, tant sur le plan géographique que hiérarchique au sein de l’armée, von Stauffenberg œuvra pour l’unification des divers cercles et groupes de Résistance, afin d’assurer leur coordination lors d’un coup d’État. Par l’intermédiaire de Fritz-Dietlof Graf von der Schulenburg, il entra en contact avec le social-démocrate Julius Leber. Puis il entra en contact avec le cercle de Kreisau en faisant la connaissance d’Adam von Trott zu Solz, qui lui présenta son cousin Peter Graf Yorck von Wartenburg. Enfin, il rencontra Ludwig Beck dans la maison du grand chirurgien Sauerbruch. Von Stauffenberg étant parvenu à coordonner l’action de ces divers groupes, c’est lui qui dirigea les opérations à partir de Berlin lors du coup d’État.

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A la suite de l’échec des tentatives d’attentats en 1943, et après l’arrestation des conjurés Julius Leber et Adolf Reichwein, von Stauffenberg se décida à exécuter en personne l’attentat à la bombe le 20 juillet 1944. Il en informa les résistants ayant des positions clés dans l’armée et dans l’administration. L’idée de tuer Hitler dans son quartier général, sa Tanière du Loup près de Rastenburg en Prusse Orientale, lors de la conférence quotidienne l’informant de la situation militaire, était de von Tresckow. Tous les précédents plans et tentatives d’éliminer le dictateur lors de ses rares déplacements s’étaient avérés irréalisables, puisque Hitler était trop prudent pour se tenir aux heures fixées et à l’itinéraire convenu, et puisqu’il se désistait trop souvent pour qu’il soit possible d’arranger un attentat et un putsch.

Le matin du 20 juillet 1944, von Stauffenberg partit de son appartement à Berlin-Nikolassee et prit l’avion pour Rastenburg, en Prusse Orientale, avec son aide de camp, le lieutenant Werner von Haeften. Dans la Tanière du Loup, von Stauffenberg et von Haeften allèrent, sous prétexte de vouloir se rafraîchir et changer de chemise avant la conférence avec Hitler, dans la chambre de l’aide de camp de Keitel, le commandant Ernst John von Freyend. C’est là qu’ils voulaient amorcer les détonateurs des explosifs afin qu’ils déclenchent l’explosion 10 à 12 minutes plus tard, et mettre ceux-ci dans le porte-documents de von Stauffenberg. Les deux hommes furent dérangés par l’adjudant-chef Werner Vogel, qui les appela à venir à la conférence, c’est pourquoi ils ne purent amorcer que l’une des deux bombes prévues. La deuxième bombe resta dans le porte-documents de Werner von Haeften.

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Le barraquemnt après l’explosion

A 12h30, von Stauffenberg se rendit dans le baraquement où avait lieu la conférence. A son arrivée, Keitel annonça à Hitler que von Stauffenberg lui exposerait les mesures prises pour la mise sur pied d’unités de remplacement. Von Stauffenberg déposa alors son porte-documents près d’Hitler, sous la table, et quitta le baraquement vers 12h40, sous prétexte de devoir aller téléphoner. Vers 12h50, juste au moment où Hitler se pencha au-dessus de la table en chêne pour étudier des cartes, la bombe explosa. Cinq des vingt-quatre personnes présentes dans le baraquement furent tuées, les autres blessées. Hitler n’eut que quelques petites égratignures.

Von Stauffenberg entendit l’explosion et partit tout de suite en voiture avec von Haeften. Leur voiture, conduite par le lieutenant Erich Kreutz, passa à environ 70 mètres à côté du baraquement enfumé et sortit de la zone de haute surveillance juste avant que l’alerte soit donnée et que toutes les sorties soient fermées. Arrivés au corps de garde extérieur, l’adjudant-chef Kolbe ne voulut pas les laisser passer. Von Stauffenberg téléphona alors au capitaine de cavalerie von Möllendorff à l’état-major de place, qui les autorisa à passer. Sur la route vers l’aérodrome, von Stauffenberg jeta le deuxième paquet d’explosifs par la fenêtre. Arrivés à l’aérodrome à 13h15, ils prirent aussitôt l’avion pour Berlin, où von Stauffenberg devait déclencher l’Opération Walkyrie et diriger le coup d’État.

L’Opération Walkyrie était au départ un plan qui organisait de façon très détaillée le déploiement de troupes de réserve vers le front. En 1943, ces plans furent élargis et transformés en un ordre d’alerte générale, au cas où les nombreux travailleurs étrangers et prisonniers de guerre détenus en Allemagne déclencheraient des émeutes ; l’état de siège aurait alors été déclaré et l’armée aurait pris le contrôle du pays. Ce plan n’avait en soi rien à voir avec un putsch éventuel, mais les conjurés y avaient ajouté des ordres secrets sous la forme d’enveloppes scellées que les commandants des unités concernées n’étaient autorisés à ouvrir que lors du déclenchement de l’Opération Walkyrie par le mot clé Walkyrie. Ces unités auraient dû alors occuper les bâtiments du gouvernement et des ministères, les émetteurs radio, les bureaux de téléphone et de télégraphie, les camps de concentration, et contrôler les nœuds de communication. De plus, ces enveloppes contenaient l’ordre de désarmer les unités SS et d’arrêter leurs dirigeants.

Vers 14h, le chef de la SS, Heinrich Himmler, demanda à la présidence de la police du Reich à Berlin de charger des spécialistes d’élucider l’attentat. Il donna l’ordre d’arrêter von Stauffenberg. Ce n’est que vers 15h que le général Olbricht reçut à Berlin une vague information sur un attentat avec plusieurs victimes. Mais il se décida à attendre des nouvelles de von Stauffenberg, pour ne pas avoir à retirer l’ordre Walkyrie au cas où ce ne soit qu’une feinte. A 15h, von Stauffenberg était à Berlin et von Haeften diffusa la nouvelle de la mort d’Hitler. Comme le commandant en chef Fromm refusa de participer à l’opération, Keitel lui ayant assuré qu’Hitler était toujours en vie, les conjurés l’arrêtèrent et confièrent le commandement suprême au feld-maréchal von Witzleben.

A partir de 17h30 furent donnés les ordres lançant l’Opération Walkyrie. Il fut donné pour mission à Hoepner, un général limogé par Hitler, d’exécuter les ordres du plan en Allemagne, puis Ludwig Beck et Hoepner tinrent au Bendlerblock un discours devant les chefs de sections. Le général Friedrich Olbricht, alors que les troupes à Berlin et aux alentours étaient déjà en route pour exécuter l’opération, hésita avant d’envoyer ses spécialistes prendre possession des émetteurs radio et diffuser la déclaration du nouveau gouvernement au peuple allemand, car il jugeait la situation encore trop instable.

Un fonctionnaire du ministère de la propagande, qui était cet après-midi-là au bataillon de garde Großdeutschland, put persuader le commandant qu’il serait préférable de demander à Goebbels avant d’entreprendre quoi que ce soit. Ce dernier fut ainsi informé du lancement de l’Opération Walkyrie et en avertit Hitler, qui ordonna tout de suite une contre-attaque. Goebbels fit diffuser à la radio la nouvelle qu’un attentat contre Hitler avait eu lieu, mais que celui-ci était en vie. Cette contre-réaction et l’ordre de ne pas tenir compte des ordres en provenance de Berlin semèrent l’inquiétude dans les troupes, qui demandèrent alors au Bendlerblock qui détenait le pouvoir de commandement.

Une contre-attaque eut également lieu au Bendlerblock. Fromm parvint à fuir après avoir propagé la nouvelle qu’Hitler était en vie. Plusieurs officiers, qui jusqu’alors n’avaient pas pris parti, prirent ainsi les armes pour combattre les conjurés. De plus, ils appelèrent des troupes de renfort, alors que les troupes appelées par les conjurés venaient de faire marche-arrière. Les conjurés furent arrêtés, et le général Fromm fit fusiller sur le champ quatre d’entre eux dans la cour du bâtiment : le général Olbricht, les colonels von Stauffenberg et Mertz, ainsi que le lieutenant von Haeften. Fromm donna à Ludwig Beck l’opportunité de se suicider.

artfichier_729028_1860347_201303091434555LaA Paris, contrairement à la plupart des districts militaires, où les nouvelles annonçant la mort de Hitler et les informations contradictoires assurant qu’il avait survécu se croisèrent et semèrent la confusion, l’Opération Walkyrie fut exécutée avec davantage de succès. Le commandant en chef Carl-Heinrich von Stülpnagel y avait tout organisé lui-même, et certains de ses officiers, comme le lieutenant-colonel Cäsar von Hofacker, étaient au courant de tous les détails de l’opération. Celui-ci était un cousin de Stauffenberg ; il était non seulement en contact avec les conspirateurs berlinois et parisiens, mais également avec la Résistance française. Les conjurés mirent en état d’arrestation environ 1 200 personnes du service de la sécurité, de la SS et de la Gestapo, et allèrent voir le Generalfeldmarschall von Kluge, qui avait la fonction d’Oberbefehlshaber West (commandant en chef du front de l’Ouest) en France et dont l’attitude vis-à-vis de la conjuration était restée très indécise, afin de lui demander d’établir le contact avec les Alliés, mais celui-ci refusa. Il destitua von Stülpnagel et von Hofacker de leurs fonctions et leur conseilla de s’enfuir. Von Stülpnagel se résigna lorsque les mauvaises nouvelles en provenance de Berlin se multiplièrent, et donna l’ordre de libérer les prisonniers. Il tenta alors de se suicider et se blessa grièvement ; il fut arrêté par la Gestapo, condamné à mort et exécuté à Berlin-Plötzensee le 30 août 1944. Von Hofacker fut arrêté à Paris le, 26 juillet 1944, condamné à mort le 30 août 1944 et exécuté à Berlin-Plötzensee le 20 décembre 1944. Le Feld-maréchal von Kluge, après avoir reçu l’ordre de se rendre à Berlin, se suicida le 19 août 1944 sur un champ de bataille de la Marne.

En Allemagne commença alors une terrible chasse aux conjurés et à leurs sympathisants. La commission chargée d’élucider l’attentat et le coup d’État était constituée de 400 hommes de la Gestapo. Par la suite eurent lieu de très nombreux procès-simulacres sous la présidence du juge Freisler. Des milliers de personnes, les conjurés, ainsi que leurs proches et leur famille, en tout 5 000 à 7 000 personnes – cette méthode d’intimidation était pratiquée de façon systématique par la Gestapo – furent arrêtées ; 5 000 personnes furent condamnées à mort et exécutées à la suite de cette action de représailles.

Les étrangers de la Résistance

Les espagnols et la Résistance à Lorient

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Roque CARRION 1916-1995. Commandant FTP

En janvier 1942, venant de Brest, un convoi de Républicains Espagnols, internés en France puis contraints à travailler pour les allemands, arrive à Lorient. Ils sont logés dans des baraques montées sur l’ancien polygone du,  IIème Régiment d’Artillerie Coloniale, où se trouvent déjà au moins dix mille travailleurs étrangers amenés pour travailler à la construction de la base de sous-marins.

Parmi ces travailleurs espagnols se trouvent Ramon GARRIDO, qui sera plus connu sous le pseudonyme Léon CARRERO, membre du mouvement de Résistance Front National depuis le début de 1941, et qui fut à l’origine de la formation des premiers « Groupes d’Action » dans la région brestoise, et de nombreux anciens de l’armée républicaine espagnole qui s’engagèrent dans la Résistance française pour chasser l’occupant nazi.

Il retrouve son camarade Juan SANCHEZ CASTILLO qui appartient lui aussi au Front National, entre en contact avec les responsables pour la région lorientaise, Georges LE SANT, domicilié près du Polygone, Albert LE BAIL, Jean Louis PRIMAS, ancien combattant des Brigades Internationales en Espagne.

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L’action contre l’occupant se renforce par la formation de groupes de sabotage qui deviendront les groupes FTPF de la région lorientaise et s’étendront bien vite dans le Morbihan et le sud du Finistère. Nous sommes alors à la fin du mois de février 1942, plus d’une vingtaine de Groupes d’Action sont constitués. Ils ont pour responsables quelques jeunes l’orientais qui ont combattu pendant la guerre 1939-1940 et surtout des étrangers ayant combattu pendant la guerre d’Espagne. A partir du 15 mars 1942, les actions contre l’occupant se multiplieront à une cadence rapide. Les sources d’énergie électrique sont surtout visées; plus de dix transformateurs et échangeurs sont mis hors de service en ce 15 mars 1942. Presque toutes les nuits par la suite, il y a eu des actions contre les occupants.

Les milieux de la collaboration dépêchèrent à Lorient le Service de Police Anti-communiste, connu sous ses initiales SPAC. Au début du mois de juillet 1942, les arrestations de dix huit membres responsables du Front National, parmi lesquels quelques républicains espagnols, n’empêchèrent pas les actions contre l’occupant de continuer.

GARRIDO, qui avait un domicile 73 rue Ratier à Lorient, fut obligé de fuir après l’arrestation de son camarade Ignacio PORTILLO à son logis; la police avait cru avoir affaire au locataire du logement recherché pour son action résistante. GARRIDO quitta Lorient pour Rennes d’où il continua le contrôle des résistants espagnols des départements bretons dont les effectifs approchaient alors de 450.

Il fut arrêté à Paris le 30 novembre 1942, jugé par un Tribunal Spécial, condamné à deux ans de prison, transféré à la Centrale d’EYSSES le 17 décembre 1943, il fut déporté à Dachau et libéré le 1er juin 1945. Son camarade PORTILLO est mort en déportation.

PARACHUTAGES SOUS L’OCCUPATION

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 2 h 42 min

La répression à l’égard du B.O.A est impitoyable car son rôle est important tant pour les mouvements de personnes entre la France et l’Angleterre (et inversement) que pour la réception des parachutages apportant, pour tous les services organisés depuis Londres et les mouvements de Résistance, armes, explosifs, argent. Cette répression d’autant plus active qu’elle est parfois facilitée par la pénétration du  B.O.Apar des espions ennemis, mais aussi suite à des agents B.O.A arrêtés et, parfois, retournés. Elle est, aussi, d’autant plus brutale voire haineuse, que l’ennemi, souvent bien informé, durcit ses interrogatoires et exécute rapidement les sanctions. L’importance des pertes humaines montre l’âpreté de la lutte et combien l’ennemi y consacrait de moyens. Le B.O.A  s’appuie sur les réseaux de Résistance et pour l’essentiel sur :

L’Organisation Civile et Militaire  OCM  du Colonel Touny,

Ceux de la résistance CDLR 

Ceux de la libération CDLL,

Libé-Nord,

Le Front National avec ses branches armées FTPF et MOI.

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Michel Pichard

C’est Jean Ayral, dit Pal qui est le premier à diriger le « B.O.A ». Brûlé, il est remplacé par Paul Schmidt, dit Kim. A ce dernier, reparti pour Londres, succède Michel Pichard qui devient, en août 1943, avec le titre de coordinateur national, le chef du B.O.A Assisté, comme secrétaire, de sa soeur Cécile, il va superviser plusieurs centaines de terrains. Tout en sillonnant une bonne partie de la France au cours de déplacements continuels, il échappe à toutes les poursuites et harmonise les rapports avec les Délégués Militaires Régionaux (DMR) sous l’autorité desquels les antennes locales du B.O.A étaient dans leur fonctionnement courant.

Si le B.O.A tisse sa toile de terrains et réceptionne les parachutages, ce sont les D.M.R qui ventilent, aux diverses unités de résistance, armes, munitions, explosifs, argent. On peut dire que le B.O.A  était le service logistique des D.M.R. Pichard réussit son armature pyramidale et sa structure régionale et départementale. Messages et instructions, parachutages et dépôts d’armes, recrutement pour remplacer les vides, réunions de coordination à l’occasion d’opérations de sabotage, tel a été le lot quotidien de Pichard émaillé de déficiences et de défaillances à l’intérieur du réseau que l’auteur ne dissimule pas.

artfichier_729028_1830612_201303010019897 dans RÉSISTANCE HISTORIQUE

Général Koenig

Michel Pichard va rester à la tête du B.O.A jusqu’à Juin 1944. Il rentre à Londres mais il sera à nouveau parachuté en France le 11 Août 1944 comme DMR pour la Haute Marne et il participera à la Libération de Chaumont et de Langres. A noter qu’en parallèle au B.O.A, le SOE5 britannique et l’OSS6 américain avaient crée en France leurs propres organisations d’atterrissages  parachutages en s’appuyant sur des relais dans les mouvements de résistance.

Création de l’EMFFI

En mars 1944, le Comité Français de Libération Nationale crée l’état major des FFI7 (EMFFI) pour mettre en œuvre les décisions concernant l’intervention des organisations de Résistance sur les arrières de l’ennemi. L’EMFFI est placé sous les ordres du Général Koenig. Le 31 mai 1944, ce dernier est reconnu, par les Alliés, comme commandant en chef des FFI. Le 20 juin suivant, il devient commandant en chef de tous les services français et alliés existant en France. Ainsi L’EMFFI  devient Trinational. Le 15 juillet 1944, toujours sous l’autorité de Koenig, L’EMFFI est intégré dans la structure interalliée et exerce son autorité en France par l’intermédiaire des D.M.R Ces derniers ont, successivement, comme Délégué Militaire National, Maurice Bouges- Maunoury et Jacques Chaban-Delmas.

L’EMFFI, malgré sa formation tardive et sa double dépendance à l’égard de l’État Major d’Eisenhower et de la RAF pour tout envoi d’agents et d’armes, va obtenir un effort sans précédent d’armement pour la Résistance. 50.000 containers et 15.000 colis sont parachutés entre juillet et septembre 1944. D’autre part, pour améliorer les liaisons avec la Résistance, L’EMFFI va parachuter 91 équipes Jedburgh qui vont se révéler extrêmement efficaces.

Les plans d’action à destination de la Résistance

Dans l’ensemble, L’EMFFI et les forces de la Résistance remplirent leur rôle qui devrait être, dès le jour J, de harceler, fixer et retarder les unités ennemies dans leurs mouvements. Des plans pour la mise en action de la Résistance, au moment du débarquement, avaient été élaborés au printemps 1944 par le BCRA, et approuvés par L’EMFFI  comme par l’Etat major allié. Quatre plans principaux avaient été retenus :

Vert (sabotages des voies ferrées),

Violet (sabotage des lignes téléphoniques souterraines à grande distance),

Bibendum  (coupures de voies de communication autres que ferroviaires notamment de 30 itinéraires routiers importants)

Bleu (sabotage des lignes à haute tension, des voies ferrées électrifiées et des zones côtières)

A ces plans principaux, s’en ajoutaient deux autres :

Rouge relatif au déclenchement de la guérilla dans 6 zones peu accessibles :

Massif Central, Alpes, Pyrénées, Jura, Morvan, Vosges jouant le rôle de réduits

Caïman dans l’hypothèse d’un débarquement en Provence prévoyant la libération du Sud-Ouest et du Sud Est par les FFI.

Tous ces plans devaient être exécutés de façon échelonnée mais, le 5 juin 1944, le Haut Commandement allié, pour aider à l’intoxication des allemands, va changer le programme. Par 210 messages personnels de la BBC aux  D.M.R et aux chefs de réseaux SOE et OSS est donné l’ordre de déclencher tous les plans sur tout le territoire, y compris le Plan Guérilla, l’objectif étant de maintenir l’incertitude des allemands sur l’importance réelle d’Overlord et de les inciter à conserver un maximum de troupes, loin du front, en prévision d’un hypothétique 2ème débarquement. L’objectif, pendant plusieurs semaines, va être atteint. Le Haut Commandement allemand continuant à croire à un nouveau débarquement, sans doute dans le Pas de Calais. Le but immédiat des plans, à savoir retarder l’arrivée de renforts allemands, notamment les divisions blindées, jusqu’à ce que les Alliés gagnent la bataille des plages, est rempli.

Quant à la mise en exécution du Plan Rouge avec la consigne de guérilla généralisée, il va, en s’ajoutant à l’enthousiasme suscité par le débarquement produire deux effets immédiats : la mobilisation d’un grand nombre de volontaires vers les maquis dont les chefs s’attendent à des parachutages massifs d’armes, mais aussi à la libération de villes ou de zones entières dans certaines régions éloignées du front. Les Alliés n’ont pas mesuré les conséquences de l’exécution du Plan Rouge sur tout le territoire. Le Général Koenig tente de freiner cette mobilisation mais il n’y arrive pas, tant l’engouement est grand. Chaque maquis est désormais aux prises avec la riposte meurtrière de l’armée et de la police allemande, aidée de la Milice. Durant le reste de l’été 1944, le Plan Rouge va, en pratique, consister à poursuivre la guérilla suivant les capacités de chacun et à tendre le dos dans l’attente de parachutages d’armes que les Alliés, sous la pression de Koenig, n’enverront massivement que durant l’été.

Dans quelles proportions ont été exécutés les plans de sabotage?

On n’a une certaine information que pour les plans Violet et Vert. D’autre part, on dispose, grâce au rapport de Paul Grenier14 de quelques conclusions sur les résultats de Bibendum.

Plan Violet et Vert

Les équipes PTT du plan Violet ont, les 6 et 7 juin, effectués 38 coupures sur les lignes téléphoniques allemandes. D’après le SOE, les sabotages ferroviaires du plan Vert ont permis dans les 24 heures suivant le jour J d’exécuter les objectifs à 90%. Ceci étant, la Résistance n’avait pas attendue le 6 juin 1944 pour saboter les lignes ferroviaires, simplement, les équipes accentuèrent leur pression, notamment en renouvelant les sabotages sitôt les réparations effectuées. Ce harcèlement fera que, dès juin 1944, plus aucun train à longue distance ne peut circuler sans subir divers sabotages touchant les lignes ou le matériel. Une statistique SNCF précise que ce sont 820 locomotives qui ont subi des avaries dues à des sabotages.

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Parachutage de matériel en France

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L’étude d’une Drop Zone, zone de largages et de parachutages

Paul Grenier rend hommage à ses agents au nombre d’environ 1700 pour les 4 zones, chiffre les arrestations à 500 et les pertes à une centaine. Il essaye également de préciser quels retards ont entraîné les harcèlements divers dans le déplacement de certaines unités blindées allemandes et il cite notamment la division L qui mit plus de 48 heures (7/8 juin) pour traverser les départements de la Sarthe et de l’Orne. La division Trident qui eut ses camions de ravitaillement en essence et munitions retenus 36 heures sur le seul département de l’Orne la division  Das Reich venue de Bordeaux, semant la terreur sur tout son parcours, et retardée jusqu’à la Loire, et qui va mettre plusieurs jours pour traverser la Normandie.

En forme de conclusion pour Bibendum mais aussi pour montrer l’extrême dureté de la répression contre tous les membres des organisations de résistance dont le BOA, je citerai le sort du Colonel Rondenay. Arrêté à Paris par la Milice, en Juillet 1944, ce responsable BOA qui s’occupa de la première implantation du plan Bibendum, est livré à la Gestapo, torturé et mis dans un train en partance pour la déportation. Sans doute, étant donné son importance, et au mépris des accords Nordling, il est retiré du convoi de déportés en gare de Pantin et fusillé le 15 août 1944, près de DOMONT (seine et Oise) au lieu dit la clairière des quatre chênes , avec ses camarades du BOA.

LA LIGNE DE DÉMARCATION

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 2 h 33 min

La ligne de démarcation

Lors de la Seconde Guerre mondiale, pendant la période du régime de Vichy, la ligne de démarcation était la limite entre la zone libre (zone Sud à partir de novembre 1942) et la zone occupée par l’Armée allemande. Elle a été fixée par l’armistice du 22 juin 1940. En allemand c’est la Demarkationslinie, parfois contracté en Dema-Linie voire en Dema. Cette ligne de démarcation a aussi été appelée ligne verte car elle apparaissait sous la forme d’un trait de cette couleur dans la carte jointe à la convention d’armistice.

LA LIGNE DE DÉMARCATION dans RÉSISTANCE HISTORIQUE artfichier_729028_1828744_201303011751143

La France coupée en quatre: zone libre (appelée zone sud à partir de nov. 1942) ; zone occupée (appelée zone nord à partir de nov. 1942) ; Est de la France, départements annexés par le Reich ; Deux départements du Nord de la France, sous administration militaire allemande. La ligne de démarcation sépare la zone libre et la zone occupée.

Art. 2. — Pour assurer les intérêts du Reich allemand, le territoire français situé au nord et à l’ouest de la ligne tracée sur la carte ci-annexée sera occupé par les troupes allemandes. Les territoires qui ne sont pas encore aux mains des troupes allemandes seront immédiatement occupés après la conclusion de la présente convention.

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Pancarte sur le poste de contrôle : Avis aux Juifs il est défendu aux juifs de franchir la ligne de démarcation pour se rendre dans la zone occupée de la France.

But de la ligne

Le but de la ligne de démarcation, selon un officier allemand, est de rendre docile le gouvernement français : les trois quarts du blé et du charbon français sont produits en zone occupée, ainsi que presque tout l’acier, le textile, le sucre. La zone libre est ainsi très dépendante de l’Allemagne.

Il n’était possible de la franchir légalement qu’en obtenant un Ausweis (carte d’identité) ou un Passierschein (laissez-passer) auprès des autorités d’occupation après maintes formalités.

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Passierschein (laissez-passer)

La fin de la ligne de démarcation

À la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, l’armée allemande envahit tout le territoire le 11 novembre 1942. La ligne fut supprimée le 1er mars 1943. Cela entraîna la dissolution de l’Armée de Vichy, le sabordage de la flotte française, notamment à Toulon, l’extension de la zone d’occupation italienne en France puis la mise sous contrôle du gouvernement de Vichy. Cependant, quatorze points de contrôle principaux subsistent.

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La ligne de démarcation à Descartes

Anecdotes

Les Cartes Michelin avaient édité après-guerre une carte avec le tracé exact de la ligne. En 1940 existait une telle édition avec la limite de la zone de démarcation au 4 juillet 1940, en deux cartes au millionième. Le tracé de ligne mena à quelques aberrations. En effet, en Indre-et-Loire, celle-ci longeait le cours du Cher et coupait ainsi en deux le château de Chenonceau bâti sur le lit de la rivière : l’entrée principale se trouvait en zone occupée, tandis que le parc s’ouvrant au sud de la galerie était en zone libre.

L’occupation allemande. Les Territoires occupés Les troupes allemandes occupent donc une partie de la France. Conformément aux clauses de l’Armistice du 22 juin 1940. C’est la zone occupée ou zone nord. Les autorités françaises représentées par les gouvernants d’un nouveau régime qui s’installe sous la houlette du maréchal Pétain exercent (théoriquement) leur entière souveraineté sur tout le territoire national et plus particulièrement sur une zone libre ou zone sud qui représente à peu près un tiers du territoire et qui, elle, n’est pas envahie. La zone occupée correspond à la partie la plus industrielle et urbanisée du pays alors que la zone libre est à dominante rurale. En zone libre, les gouvernements du régime qualifié de régime de Vichy ou dénommé par Pétain lui-même l’État Français, gouvernent comme bon leur semble (ce ne sera pas vraiment le cas, on est toujours tributaire d’un environnement.

La France après juin 1940

Et le régime de Vichy, plus que tout autre doit aussi faire avec les différents belligérants puisque l’Europe est toujours en conflit, et la France, elle non plus, n’est pas encore en paix, contrairement à ses désirs). La zone occupée est officiellement une zone de guerre qui sert de base avancée aux troupes hitlériennes pour l’invasion de la Grande Bretagne. La zone occupée est à la charge du gouvernement français qui doit s’acquitter de 400 millions de francs par jour comme frais d‘occupation. Donc, en zone occupée, comme son nom l’indique, ce sont les autorités d’occupation qui imposent leurs règles. Même si l’État Français conserve la direction de l’administration française qui doit souscrire aux ordres et règlements édictés par ce dernier. Mais c’est toujours après le consentement des autorités occupantes.

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La ligne de démarcation à Chalon. La ligne connaît des Matérialisations diverses, de la guérite.

Ainsi donc, selon les conventions d’armistice, la France est coupée en deux. Mais les autorités occupantes vont faire quelques entorses aux accords passés en morcelant leur zone occupée de diverses zones interdites ou purement annexées. Le 15 juillet, le gouvernement français apprend que les Allemands ont purement et simplement rattaché l’Alsace et la Moselle à leur nation. Pétain proteste mais les autorités hitlériennes sont chez elles. C’est ainsi qu’un Gauleiter sorte de gouverneur qui règne à la fois sur l’administration civile et celle du parti est nommée. A charge pour lui de nazifier la nouvelle province ou plus exactement l’ancienne province de retour dans le giron allemand. Le réveil doit être sérieusement rude pour la majorité des Mosellans et Alsaciens (expulsions d’environ 120 000 personnes déclarées « indésirables, endoctrinement forcené pour les autres, service du travail obligatoire en 1941, incorporation de force dans les forces militaires allemandes des hommes en âge de combattre en août 1942.) Dans le même temps, ou presque, le Nord et le Pas-de-Calais sont rattachés à l’administration militaire de Bruxelles et non pas à celles du haut commandement militaire en France (Militärbefehlshaber in Frankreich ou MBH).

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Deux femmes qui vont passer sous la guérite de la ligne de démarcation

Ensuite ce sont les territoires du Nord-Est qui sont déclarés Zone interdite aux réfugiés qui auraient souhaité y retourner et aux autorités françaises; les fermes abandonnées pendant les combats furent réparties entre les agriculteurs allemands, par les soins de l’Osland rattaché au ministère de l’Agriculture. Cette zone interdite comprend une partie de la Somme et l’Aisne (dénommée zone interdite du Nord) et Ardennes, Meuse, Meurthe-et- Moselle, Vosges, Haute-Marne, Doubs, Jura, totalement ou partiellement (dénommés zone réservée mais dont le statut est le même que celui de la zone interdite du Nord). Revenons à l’Ostland renommée Reichsland en 1942, et qui a été chargée dès septembre 1940 d’assurer une

véritable colonisation agraire. Au total,170 000 hectares sont soustraits en 1940 t 1941, à leur exploitants ligitimes, surtout dans les Ardenne (64% de la superficie). La Meuse (15%), L’Aisne (10%) et la Meuthe-e-Moselle (6%). Les meilleurs terres sont mises sous séquestre et remembrées pour former de vastes exploitations dirigées par un chef de culture allemand, maître absolu sur son territoire. le travail est assuré par des agriculteurs français rentrés d’exode et employés comme salariés, par des prisonniers de guerre et par des Polonais transférés par des milliers de leurs pays.

En fait, il semble que la colonisation allemande qui devait pallier au départ de quelque 650 000 réfugiés partis durant l’exode fut loin d’être ce que l’on avait escompté. L’invasion de l’URSS en juin 1941 marque la fin de cette entreprise de colonisation par des Allemands qui jettent plutôt leur dévolu sur les immenses territoires de l’Est. C’est pourquoi les autorités allemandes ferment les yeux sur le retour de certains réfugiés surtout quand ce sont des travailleurs manuels, ouvriers et paysans (en six mois, 120 000 réfugiés rentrent en fraude, car elles ont besoin d’eux pour faire tourner la machine économique et fournir à l’Allemagne des denrées qui lui sont précieuses (céréales et oléagineux). Ce sont surtout les anciens dirigeants économiques, administratifs, politiques ou religieux qui sont toujours frappés par cette interdiction. Puisque les Allemands ne veulent pas s’installer dans cette zone réservée pour eux, l’Ostland doit requérir à l’emploi du travail forcé, des travailleurs étrangers comme les Polonais, ou des prisonniers de guerre coloniaux (prisonniers Nord-Africains, Sénégalais, Indochinois, Antillais.) Dès l’armistice, contrairement aux prisonniers de guerre français, les soldats coloniaux demeurent en France et sont internés dans les Fronts stalags au nombre de 18 en one occpée. En mars 1943, un contingent de 5 000 prisonniers coloniaux quittent les fronts stalags pour des activités allemandes dans le Nord-Est de la France occupée, raisemblablement pour le compte de l’Ostland, entreprise allemande d’exploitation agricole. Des travailleurs juifs détenus dans des camps pour le compte de l’Ostland auraient aussi fait partie de ces travailleurs forcés.

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Poste de contrôle de la ligne de démarcation. La ligne de démarcation à Moulins. À partir du 1er mars 1943, le laissez-passer n’est plus nécessaire au franchissement de la ligne.

Pour terminer avec le découpage de la zone occupée en zones annexées ou zones interdites, les autorités d’occupation imposent tout le long du littoral une zone côtière interdite (octobre 1941) d’une profondeur de 15 kms selon certaines sources, de 30 kms selon d’autres. Il y aurait même eu, après l’occupation de la zone libre en novembre 1942, la création d’une zone interdite le long de la frontière avec l’Espagne.

La ligne de démarcation

Véritable frontière entre la zone nord (zone occupée) et la zone sud (zone non occupée jusqu’en novembre 1942) traverse les départements de l’Ain, du Jura, de la Saône-et-Loire, de l’Allier, du Cher, du Loir-et-Cher, de l’Indre-et-Loire, de la Vienne, de la Charente, de la Dordogne, de la Gironde, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. Son franchissement (marchandises et personnes) y est sévèrement réglementé et seulement aux postes de contrôle et munis des autorisations requises. Du côté allemands, ce sont les hommes du Service de surveillance des frontières qui en assurent le contrôle, et du côté français les Gardes mobiles de réserve (GMR). Même les riverains, ceux qui la franchissent quotidiennement, doivent se munir d’un Ausweis (laissez-passer) dit de proximité, valable dans un rayon de 5 kms et seulement pour trois mois. Les autres personnes doivent se munir d’un Ausweis valable pour un seul voyage, dirigeants de Vichy y compris. Le courrier est tout autant soumis à restriction, seules les fameuses cartes pré imprimées de formule standard sont autorisées. La ligne de démarcation, après l’occupation de la zone libre en novembre 1942 par l’armée allemande, n’est pas supprimée. Administrativement, elle existe toujours, bien que les postes de douane soient abandonnés à partir du printemps 1943. La circulation des marchandises se fait plus facilement, mais elle est toujours restreinte aux seuls points de passage autorisés. Celle des personnes connaît le même adoucissement, mais une pièce d’identité (la carte) est obligatoire pour qui veut la franchir. Le courrier, quand il n’est pas censuré, se diffuse de nouveau entre les deux zones.

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Réfugiés passant la ligne de démarcation à Vierzon.

Les conditions d’occupation C’est une commission d’armistice allemande logée à Wiesbaden qui est chargée d’imposer l’application des conventions de l’Armistice à une délégation française. La commission allemande est dirigée jusqu’en février 1941 par Karl Heinrich von Stülpnagel puis par le général Vogl, tandis que la délégation française est commandée par le général Huntziger (1880-1941) jusqu’en septembre 1940 où il sera remplacé par le général Doyen. Des sous-commissions spécialisées sont créées afin de régler les problèmes secteur par secteur: armée, marine, aviation, prisonniers de guerre, industries de guerre, etc., mais la sous-commission qui va prendre le plus d’importance est celle qui est chargée de l’exécution des modalités économiques et financières de la Convention; elle devait s’occuper plus particulièrement du règlement des frais d’occupation et de l’adaptation de l’économie française dans son ensemble aux besoins allemands.  L’action de cet organisme dont les Français ne comprirent pas tout de suite l’importance, devait très vite devenir décisive à Wiesbaden. Le Dr Hans Richard Hemmen, diplomate (il avait rang de ministre) et spécialiste fort rompu aux problèmes économiques puisqu’il avait négocié d’innombrables traités commerciaux pour le compte du ministère des Affaires étrangères, consacra toute ses capacités à extorquer le maximum de l’économie française. La commission d’armistice perdra progressivement son utilité, d’abord avec le retour de Laval au pouvoir en avril 1942 car les négociations se feront désormais essentiellement au niveau gouvernemental, puis avec l’invasion de la zone sud par les Allemands en novembre 1942.

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L’arrestation de maquisars par les Allemands

Passagers clandestins arrêtés dans la région de Pleumartin. La France doit donc verser une indemnité de guerre: 400 millions [de francs] par jour en 1940. 300 millions à partir de 1941 mais portée à 500 millions après l’invasion par les Allemands de la zone sud en novembre 1942 puis à 700 millions à partir du débarquement des alliés en Normandie le 6 juin1944. La ponction économique est, elle aussi, énorme. « Entre 12 et 15 % de la production agricole française ont été envoyé en Allemagne (céréales, viande, produits laitiers.) Les Allemands prélèvent charbon, électricité, minerai et produits industriels. Le bâtiment, l’automobile, la chaux, le ciment travaillent à 75 % pour l’Allemagne, la peinture et le caoutchouc à 60 %, le textile à 55 %. La ponction de la main d’œuvre n’est pas mal non plus. A l’été 1944, quand Vichy s’écroule, l’économie française est toute entière sous la dépendance du Reich. Aux 700 000 travailleurs français employés dans les usines allemandes au titre du STO (Service du travail obligatoire) s’ajoutent 1,9 millions des usines-Speer (usines et personnels sous la protection des services de Speer et qui fabriquent sur le sol français des produits exclusivement destinés à l’Allemagne) autant dans des usines produisant des matériels militaires, 500 000 employés de l’organisation Todt (qui construit des fortifications du Mur de l’Atlantique et en Méditerranée) et 1,3 millions qui travaillent indirectement pour l’Allemagne. Au total, plus de 6 millions de travailleurs français sont employés directement ou indirectement au service de l’Allemagne (soit près d’un actif sur trois), sans compter plus d’un million de prisonniers dont un grand nombre sont employés dans diverses activités.

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La question du ravitaillement devient un sujet de préoccupation quotidien alors que les Allemands prélèvent à leur profit 40 % et plus de la production. Papillon anti. Allemand. Et, pour confirmer cette subordination de l’économie française au service de l’Allemagne. Au printemps de 1942, 170 000 Français travaillaient sur place dans les services de la Wehrmacht, ses ateliers, etc., 275 000 à la construction du mur de l’Atlantique, 400 000 enfin à la fabrication d’armements, toujours pour l’Allemagne. Des commandes atteignant une valeur de 4,5 milliards de marks avaient été passées. Les usines de locomotives françaises, par exemple, produisaient exclusivement pour l’Allemagne, celles des machines-outils à 95%. Les chantiers navals étaient à la disposition de la marine allemande. Depuis l’Armistice, la France avait livré pour plus de 1,27 milliards R.M.(reichsmark) de marchandises, dont de l’acier, du mobylène (provenant du Maroc), des denrées alimentaires et des chevaux, plus de 21% de son parc de locomotives d’avant guerre, 27% de ses wagons pour voyageurs et 38% de ses wagons de marchandises. Il ne faut pas oublier non plus qu’en 1942, plus d’un million de français étaient toujours prisonniers de guerre en Allemagne, où la majorité d’entre eux avait été embauchée dans l’agriculture ou l’industrie des armements. Enfin à la date du 31 mai 1942 [la relève n'est pas encore en vigueur], près de 185 000 volontaires travaillaient dans le Reich. Avec l’instauration de la relève en juin 1942 (trois travailleurs français en Allemagne contre le retour d’un prisonnier de guerre), ce sont, fin 1942, 240 000 travailleurs volontaires qui viennent s’y ajouter.

Toute cette razzia va entraîner la pénurie et nombre de Français vont connaître la faim. Le gouvernement de Vichy va rendre le rationnement obligatoire car les produits alimentaires et de premières nécessités deviennent rares. Les tickets de rationnement distribués à la population ne garantissaient pas l’approvisionnement; ils donnaient simplement le droit, après inscription dans un magasin déterminé, d’acquérir des produits à la condition qu’ils restent disponibles  En tout état de cause, les tickets de rationnement n’assuraient que la moitié des besoins alimentaires journaliers  Durant la guerre, la plupart des Français consacrèrent la majeure partie de leur énergie et de leur temps à assurer leur subsistance et celle de leur famille. Les carburants, le charbon, les tissus sont tout aussi rares ou alors (comme les produits alimentaires) ils sont vendus à des prix prohibitifs au marché noir. Inaccessibles à la majorité des Français.

Administration en zone occupée. Le haut commandement militaire en France (Militärbefehlshaber in Frankreich ou MBH) prend ses quartiers à l’Hôtel Majestic, Av Kléber. Son chef est Otto von Stülpnagel (1848-1978) qui a succédé dès la fin octobre 1940 au général Alfred Streccius. Il sera lui-même remplacé par son cousin Karl-Heinrich von Stülpnagel (1886-1944) en février 1942. Le MBH se divise en deux branches: l’état-major militaire commandé par le général Speidel puis par Karl-Richard Kossmann en avril 1942 jusqu’en juin 1944 (chargé des affaires purement militaires), et l’administration militaire chargée des affaires civiles commandée par le Dr Schmidt. Le Dr Werner Best, juriste chevronné, y dirige les affaires administratives dont la police (il supervise aussi la police française), alors que le Dr Elmar Michel, lui, y dirige les questions économiques où il est assisté entre autres de Reinhardt plus spécialisé dans les questions agricoles, ou du Dr Medicus (Franz Albrecht Medicus né en 1890, selon un internaute) dans les questions juridiques. Le gouvernement militaire divise la zone occupée en 4 régions (Bezirk) avec 4 capitales qui sont Paris pour le Gross Paris, Dijon pour le Nord-Est, St Germain en Laye pour le Nord-Ouest et Angers pour le Sud-Ouest. Les districts sont sous la direction d’une Oberfeldkommandantur. Chaque chef-lieu de département a pour siège une Feldkommandantur dirigée par un colonel qui gère les opérations militaires de son territoire et qui parallèlement tient sous ses ordres tout un service administratif que commandent des conseillers militaires. Ils étaient tous dans le civil spécialisés dans le domaine qui est le leur (juridique, économique, administratif, etc.). Les préfectures françaises de la zone occupée sont sous la coupe des Feldkommandanturen. Les circulaires françaises sont envoyées en 3 exemplaires à la Feldkommandantur. Tous les services français (ponts et chaussée, ravitaillement, trésorerie générale, contribution directes et indirectes, médecins, agriculture, vétérinaires du service d’hygiène.) sont ainsi sous la coupe de leur homologues de la Feldkommandantur. A chaque arrondissement de département correspond la Kreis kommandantur tandis que les villes qui ne sont pas chef-lieu d’arrondissement mais où sont implantées au moins une garnison sont dirigées par une Ortskommandantur. A leur niveau départemental, les Feldkommandanturen diffusent lesordonnances du commandant militaire, délivrent les ausweis, controlent l’économie locale, réquisitionnent les biens et la main-d’oeuvre et organisent la propagande. Une propgande Staffel chargée de la censure et du contrôle de la presse locale est rattachée à chacune d’elle.

Puisqu’il est question de propagande, il faut signaler l’action d’Otto Abetz, sous les ordres de Von Ribbentrop. Bon connaisseur du pays puisque par l’intermédiaire de la DFG (Deutsch-Franzöchiche Gesellschaft ou Société franco-allemande) qui était sous son contrôle, il avait coudoyé tous les milieux dirigeants du Paris de l’avant-guerre, afin de mettre sur pied un réseau pro-allemand qui toche tous les millieux de l’opinion (au moins parisienne), de l’aristocratie au syndicalsme en passant par la classe politique, l’intelligentsia, groupe très divers mais de plus en plus convaincus que contre la menace bolchevique, le reich hitlérien est un rampart indspensable.  Il entre dans Paris en même temps que la Wehrmacht, le 14 juin 1940, car il est le représentant officiel de la Wilhelmstrasse (le ministère des Affaires étrangères) auprès du MBH qui se met en place dans la capitale. Il est officiellement nommé ambassadeur le 8 août, avec pour principale tâche, le contrôle de la presse et la propagande. Abetz renoue contact avec des personnalités comme Fernand de Brinon qui sont appelés à devenir les ultras de la collaboration, peu à peu, un service diplomatique indépendant se constitua dans la capitale, à l’écart des militaires pls pragmatiques de Paris ou de Wiesbaden. C’est par ses services que les différents gouvernements de Vichy passeront pour se mettre directement en liaison avec les autorités de Berlin, quand ils en sentiront la nécessité. Ses services servent aussi de relais entre le gouvernement de Vichy et les diverses autorités allemandes qui régissent la France occupée.

L’organisation des pouvoirs de police allemands Les généraux de l’OKW (Oberkommando der Wehrmacht, commandement suprême des forces armées), suite à l’invasion de la Pologne où les agents du RSHA (Office central de sécurité du Reich) dont les hommes du SD extérieur (Police de sûreté, qui est un organisme du Parti Nazi) et ceux de la Gestapo (qui est un organisme d’État) se sont livrés aux pires exactions, ont obtenu pour la France et les autres territoires de l’Europe de l’Ouest occupée que les pouvoirs de police soient confiés aux seules autorités militaires (Ce ne sera plus le cas quand ils s`attaqueront à l`URSS). Ce sont la Geheime Feld Polizei (Police secrète de campagne ou GFP) et la Feldgendarmerie, qui en assurent la fonction et elles dépendent directement de l’État-major.

Mais Himmler (1940-1945), le chef de la SS et dirigeant des forces de polices allemandes n’entendent pas perdre ainsi ce qu’il estime être ses prérogatives. Il charge Helmut Knochen ancien universitaire désargenté et membre du SD, de former un Commando autonome à mission spéciale, de s’installer à Paris (72, av Foch notamment) avec pour principale activité, celle de saper progressivement l’autorité des militaires. Deux autres Commandos vont venir renforcer la première équipe. Knochen charge l’un des membres de son commando, Hagen, lui aussi du SD, de former une antenne à Bordeaux afin de surveiller la côte atlantique. Au début Knochen, puisqu’il ne dispose officiellement d’aucun pouvoir, se contente de récolter des renseignements sur les francs-maçons, les immigrés, les communistes et les juifs. Car même la recherche du renseignement militaire et les questions de sécurité dépendent des autorités militaires puisque que l’Abwehr, le service d’espionnage et de contre-espionnage de la Wehrmacht (installé à l’Hôtel Lutétia sous le commandement du lieutenant-colonel Rudolph), en a seul la charge.

Mais Himmler (1940-1945), le chef de la SS et dirigeant des forces de polices allemandes n’entendent pas perdre ainsi ce qu’il estime être ses prérogatives. Il charge Helmut Knochen ancien universitaire désargenté et membre du SD, de former un Commando autonome à mission spéciale, de s’installer à Paris (72, av Foch notamment) avec pour principale activité, celle de saper progressivement l’autorité des militaires. Deux autres Commandos vont venir renforcer la première équipe. Knochen charge l’un des membres de son commando, Hagen, lui aussi du SD, de former une antenne à Bordeaux afin de surveiller la côte atlantique. Au début Knochen, puisqu’il ne dispose officiellement d’aucun pouvoir, se contente de récolter des renseignements sur les francs-maçons, les immigrés, les communistes et les juifs. Car même la recherche du renseignement militaire et les questions de sécurité dépendent des autorités militaires puisque que l’Abwehr, le service d’espionnage et de contre-espionnage de la Wehrmacht (installé à l’Hôtel Lutétia sous le commandement du lieutenant-colonel Rudolph), en a seul la charge.

En juin 1941, Hitler entre en guerre contre l’URSS. Les communistes français jusqu’ici étrangement amorphes (hormis quelques exceptions comme Charles Tillon (1897-1993) ou Georges Guingouin (1917-le plus tard possible, je le lui souhaite) commencent à semer la pagaille. La GFP débordée concède dans un premier temps à Knochen le droit de perquisitionner, puis peu de temps après celui de procéder à des arrestations. Très vite les services de Knochen surclassent la GFP et l’Abwehr. Et en avril 1942, Himmler obtient d’Hitler de transférer les pouvoirs de police à ses services. Le représentant d’Himmler à Paris le général SS Karl Oberg (1897-1965) arrive le 5 mai. Il réorganise donc tous les services de police, la section de l’administration militaire chargée de la surveillance de la police en France entrent dans ses service, La GFP disparaît ou presque. Il divise ses services en deux: l’Orpo (police d’Ordre) et le SIPO-SD (Police de Sûreté) dont l’organisation est calquée sur celle du RSHA. Le SIPO-SD est placé sous les ordres de Knochen qui l’essaime en 11 directions régionales: Dijon, Rouen, Bordeaux, Angers, Châlons-sur-Marne, Nancy, Orléans, Poitiers, Rennes, Saint-Quentin et Paris. Le SIPO-SD, et son principal service la Gestapo, est devenu tout puissant en ce qui concerne les pouvoirs de police.

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Ordonnance allemande du 4 octobre 1940 contre le franchissement illicite de la ligne de démarcation publiée dans L’Oeuvre du 18 octobre 1940.

Occupation allemande de la zone sud En novembre 1942, les Allemands vont envahir la zone libre. Les Italiens de leurs côté s’emparent de huit départements. Les services du SIPO-SD vont donc s’installer dans la nouvelle zone d’occupation avec, dans un premier temps, la volonté d’éviter le refuge des gens qu’ils traquent et, principalement les juifs, en zone italienne où on leur accorde un certain droit d’asile. Les Italiens, en tous cas, s’opposent à leurs extraditions. Au niveau militaire, un commandant de la région militaire France-sud, le général Niehoff s’installe à Lyon. Il sert sous les ordres du maréchal von Rundstedt, commandant en chef du front Ouest au 1er mars 1942 et dont dépendent les troupes allemandes stationnées en France, et non sous les ordres du haut commandement militaire en France. Le général Niehoff

devait entrer directement en contact avec les autorités françaises pour toutes les affaires courantes. Aussi installa-t-il auprès des six préfets régionaux de sa zone à Limoges, Clermont-ferrand, Lyon, Toulouse, Montpellier et marseille, un état-major de liaison principale et auprès de vingt-six autres préfets un état-majorde liaison. Au niveau gouvernemental. le temps des surveillants allemands était désormais et diffinitivement. On laissait subsister le gouvernement de Vichy parce qu’il pouvait épargner beaucoup de travail aux services allemands,mais on lui tenait la bride très serrée. C’est donc le temps des Hemmen devenu

délégué du gouvernement du Reich pour les questions économiques et financières auprès du gouvernement français, des Sauckel, des Oberg qui imposent leurs conditions aux Français: augmentation des frais d’occupation pour l’un, réquisition de main d’œuvre pour le second, nominations aux postes importants de l’État Français comme celle des préfets ou celle de Joseph Darnand (1897-1945), en janvier 1944, à la tête des policiers français en remplacement de René Bousquet, pour le troisième.

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Monument Courage-Liberté à la mémoire des passeurs clandestins en zone libre, Thénioux.

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Un panneau qui se passe de commentaire. D’un côté, la France dite (libre)  administrée par le Gouvernement de Vichy. De l’autre, la France occupée par les troupes allemandes. La ligne de démarcation va être une véritable frontière entre Français jusqu’au 11 novembre 1942, date à laquelle l’occupant décide d’y mettre un terme en envahissant tout le pays. (En réalité, la Ligne  subsistera jusqu’au 1er mars 1943).

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Tracée de la ligne de démarcation

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Un contrôle à la ligne de démarcation

Dès sa naissance, la ligne de démarcation possède une partie symbolique considérable. Elle est matérialisée par des poteaux, guérites, cabanes pour salles de fouille et bureaux, herses, barrières en fil de fer barbelé et, même, des mines. Toute cette matérialisation gène les habitants limitrophes, en particulier les cultivateurs d’autant que, souvent, la ligne épouse, dès la fin d’une agglomération, les obstacles naturels : rivières, crêtes, plateaux la rendant plus facile à contrôler.

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Poste de contrôle

Aux privations quotidiennes, à la présence pesante de l’occupant une riposte clandestine naît. Le village de Chamblay, 1er village en zone libre est devenu une terre d’accueil pour les fugitifs de zone interdite, de zone occupée ou d’Allemagne. Même situation pour Champagnole, Montbarrey, Parcey, Pupillin en zone occupée, Buvilly, Poligny en zone libre. Le passage clandestin devient acte humanitaire, acte d’entraide. Difficile d’en écrire l’histoire. Deux grandes familles de passeurs : ceux qui travaillent seuls, occasionnellement ou non, et ceux des filières.

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Fouille et contrôle d’un camion à la ligne de démarcation. Les gardes allemands  recherchent des armes, des personnes ou tout de sortes de marchandises passées en contrebande

La dynamique spontanée d’entraide et de liens noués entre fugitifs et frontaliers est parsemée de drames comme de petites histoires de la vie quotidiennes. Si, pour les Français, le phénomène du passage est souvent un acte de refus individuel ou collectif, c’est, pour les allemands, un délit, un défi à l’occupation. Passeurs et passagers, acteurs du passage clandestin, acquièrent donc une signification historique. Les passeurs ont-ils été d’obscurs sans grade ? Des passeurs résistants ? Un demi-clandestin ou un clandestin ? Sont-ils l’interface entre la Résistance de la zone occupée et celle de la zone libre ?

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La ligne de démarcation à l’entrée du village de Mijoux dans l’Ain

DES TONDUES ET COLLABORATEURS

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 2 h 00 min

Des milliers de tondues

DES TONDUES ET COLLABORATEURS dans RÉSISTANCE HISTORIQUE artfichier_729028_1811857_201302252953757

Cette femme est tondue pour avoir collaboré ou habité avec un soldat allemand

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La tonte de cette femme en 1944

Plus les recherches avancent plus les bouches s’ouvrent, plus les crampes mémorielles se dénouent, avec le temps, et mieux nous savons l’ampleur du phénomène des tontes à la Libération: des milliers de femmes, des dizaines de milliers peut-être, sont passées à la coupe zéro, au coin des rues des grandes villes comme sur les places des bourgades, dans les régions qui avaient fortement souffert de l’occupation allemande comme dans celles qui avaient été relativement épargnées, là où le maquis délogea la Wehrmacht au prix de durs combats comme là où la Libération intervint sans combats, des confins pyrénéens à ces marches de l’Est que l’on a longtemps cru, à tort, préservées, de par leur spécificité culturelle.

Le déroulement de la tonte

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Très variable, également, le déroulement même de la cérémonie, où se donne libre cours une troublante imagination populaire: à demi dévêtue, parfois nue, le front, les joues (les seins) couverts de croix gammées peintes au goudron, une pancarte autour du cou, hissée sur une estrade où elle subit une parodie de jugement, plongée dans une fontaine, affligée d’un bonnet d’âne ou d’un collier de chien, exposée, photographiée, astreinte à une conduite de Grenoble en tous les points stratégiques de la localité, parfois battue, voire lynchée, toujours cruellement moquée, la tondue fait l’objet d’un rite de dégradation, de ridiculisation aux variantes infinies.

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Partout, les tontes se présentent comme une fête sauvage une cérémonie, un carnaval ou un charivari destinés à canaliser et purger  les passions populaires, à conjurer le spectre de la guerre civile franco-française et à hâter  le rétablissement de l’ordre légitime. Aussi  trouve-t-on dans la plupart des cas des éléments de scénographie qui les situent au carrefour des fêtes populaires et des grandes scènes de persécution d’antan : cortèges bruyants traversant ville ou village, travestissement de la tondue dont le front s’orne de croix gammées, inscriptions vengeresses inscrites au goudron ou à la peinture sur différentes parties du corps des pécheresses (a fait fusiller son mari, a couché avec les Boches, collabo), exécution de la sentence sur une estrade située devant un bâtiment public. Mélange inextricable de rires et de violence.

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Les dérapages sont légions et cette épuration sauvage sert souvent d’alibi à des règlements de compte personnels. Des femmes sont tondues pour collaboration horizontale avec l’occupant, des maisons sont marquées de croix gammées. Ces débordements sont souvent le fait de résistants de la veille, soucieux de faire preuve d’un zèle qu’on ne leurs connaissait pas face à l’occupant quelques jours auparavant.

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Nous pouvons comprendre, bien sûr, la mécanique selon laquelle la tondue est élue dans le rôle du bouc émissaire: elle est, le plus souvent, une femme sans pouvoir ni prestige (une boniche, pas une Arletty), désocialisée (une réfugiée, fréquemment), une humble, une sans voix, n’entendant rien à ces histoires-là (la politique) et ayant, comme la plupart, tâché de survivre durant les quatre années de privations.

L’inépuisable diversité des tontes

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La tonte de cette femme en 1944

Les tontes se caractérisent à la fois par leur inépuisable diversité et par une homogénéité fondamentale. On tond en effet des femmes de différentes conditions (des hommes, parfois, plus rarement) pour les raisons les plus disparates et dans les circonstances les plus diverses. Ici, une jeune fille est simplement accusée d’avoir entretenu une peu patriotique liaison avec un militaire allemand, et là une femme mûre d’être une indicatrice de la Gestapo.  Ailleurs, on reproche à telle de s’être exhibée avec des notables de la collaboration ou des profiteurs du marché noir; en d’autres lieux, tout simplement, d’être épouse ou fille de milicien notoire, tenancière d’un café où l’on servait les occupants. De même, si la tonte est bien parfois, telle qu’on la décrit habituellement (et un peu facilement) le fait de la foule en délire, des résistants de la vingt-cinquième heure, voire l’heure des cons,  il arrive aussi, plus troublant, qu’elle ne soit pas tout entière spontanéité et débordement.

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Le viol ne manque pas au tableau

Dans un village de l’Ain, Altemare, le commissaire de la République, Yves Farge décrit une maison sur laquelle est cloué un scalp, surmonté d’un bout de papier, portant la sentence du maquis. Des femmes eurent les bouts du sein coupés. D’autres furent tatouées au fer rouge, une autre rasée pas seulement la tête fut contrainte, pour parachever le travail de s’accroupir, nue au-dessus d’un récipient où brûlait de l’essence.

Dans l’arrondissement du Blanc, Mme Y âgée alors de quarante-trois  ans, fut arrêtée chez elle par une bande venue de Villedieu-sur-Indre. On l’amena à Mehun, hameau de la commune de Villedieu, où elle fut pendue, entièrement nue, à une porte, à l’aide de deux chaînes de moto et d’une corde. Les vertèbres craquèrent et elle dut son salut à un réflexe instinctif qui lui fit passer ses doigts entre son cou et la chaîne.

Elle fut ensuite rasée partout, la besogne étant complétée par des brûlures au briquet. Après quoi, on la frappa brutalement à coup de barre de fer et de crosses de mitraillettes. Le même soir, vers 10 h 30, on l’obligea à se coucher nue. La tête contre le mur, le dos au sol, les jambes écartées à l’aide d’une corde à coulisse que l’on serrait à volonté. La séance dura environ deux heures. Puis quatre prisonniers furent contraints, sous la menace de coups d’abuser de la malheureuse.

Pareille scène se renouvelèrent continuellement jusqu’au matin. Le lendemain, vers 9 heures, on l’ammena en camion à Neuilly-les-Bois, puis en forêt de Lancosme, où elle fut de nouveau frappée. C’est là qu’’un Noir, invité à abuser de la prisonnière, refusa catégoriquement. Le calvaire de la pauvre femme prit fin à Château-Robert, près de Vendoeuvres. Elle fut examinée par deux docteurs et resta en prison, dans différentes résidences du 23 août au 24 novembre. Pour une fois, il arriva que l’affaire ne fût pas étouffée et que des sanctions judiciaires fussent prises, ultérieurement, contre les coupables.

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L’interrogatoire de ses deux femmes en 1944

Un certain nombre de femmes sont exécutée sommairement dans les heures suivant la Libération, d’autres mettent fin à leurs jours quand on vient les arrêter ou, plus tard, en prison. On leur peint des croix gammées sur le visage, quelques-unes sont marquées au fer rouge. Les interrogatoires sont un cauchemar. Je ne me rappelle plus rien, dit la mère d’Henriette. Ma tête a volé d’un côté et de l’autre tellement on m’a frappée. On me posait toujours et toujours les mêmes questions. Ils voulaient savoir comment lui, cet Allemand, il se comportait au lit. Je ne répondais pas. Et je recevais une nouvelle une nouvelle gifle. Ma tête volait à gauche. Ils m’ont même demandé combien de centimètres mesurait son sexe. Je ne répondais toujours pas. Alors on continué à me gifler. Et ma tête volait à droite. Je n’arrive même pas à te raconter tout ce qu’ils voulaient ces hommes, mes compatriotes.

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Malheur aux vaincus, tel est le mot d’ordre de l’été 44, dans une France tout juste libérée. Il suffit d’avoir eu des contacts, pas forcément intimes, avec des militaires allemands, d’être victime de la délation qui prolifère, pour aller au pilori. Taxées de collaboration horizontale, des femmes par milliers sont promenées dans les rues, la plupart tondues, quelquefois nues, sous les huées d’une foule haineuse.

La photo de Robert Capa

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La photo d’une femme tondue par Robert Capa

Sur l’une des célèbres photos de Robert Capa, apparaît une proscrite de la Libération pourchassée par la foule pour avoir collaboré avec l’occupant. La femme porte un nourrisson dans ses bras. Le photographe américain a pris, ce 18 août 1944 à Chartres, deux clichés de la malheureuse. On la voit marchant au milieu d’une multitude de femmes, suivie de quelques fillettes et d’hommes goguenards. Le spectacle n’est pas coutumier. Il est de ceux, cocasses et cruels, dont les foules sont friandes. La femme est précédée d’un gendarme. L’uniforme donne à la scène un semblant de légalité. Sans doute l’emmène-t-on en prison. Un homme porte son baluchon, carré de linge blanc noué hâtivement. Témoin de cette chasse aux sorcières à la française, le reporter questionne des badauds. Ils ne savent pas si cette femme est accusée d’avoir eu une liaison avec un Allemand ou d’avoir dénoncé des Français qui écoutaient Radio Londres. Nous penchons pour la première hypothèse, vu l’enfant à son bras.

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On a tondu plusieurs milliers  de femmes, des dizaines de milliers peut-être. Les recherches les plus récentes sur les tontes font apparaître que l’on a tondu dans les grandes villes comme dans les bourgades, dans les régions où le maquis avait durement affronté l’occupant  et ses séides français, comme en Dordogne, et  dans celles où la présence massive de ces derniers empêchait l’action de la Résistance, comme dans le Cotentin, dans les localités où de rudes affrontements avaient eu lieu entre les Alliés et la Wehrmacht comme dans d’autres où les Allemands s’étaient retirés sans combat.

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Dans un petit village breton, un jeune homme des forces Françaises de l’intérieur passe à la tondeuse une fille accusée d’avoir (collaborée) avec l’occupant allemand.  Le tableau de chasse de ce coiffeur improvisé a dû revêtir une certaine importance si l’on en juge par l’amas de chevelure dont le sol est recouvert.

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Une femme a été tondue, Un jeune patriote la tient en joue.

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À Chartres, une suspecte vient d’être arrêtée par une douzaine de jeunes F. F. I armés.

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À Paris, deux femmes sont amenées à la Préfecture de Police le 25 août 1944.

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À Paris, cette femme tondue, accusée d’avoir fait fusilier sont mari, vient d’être arrêtée.

Colère dans le sud

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La colère gronde dans le sud après la libération

Dans le Midi, les manifestations de joies ou de colère sont évidemment plus colorées, mais aussi plus cruelles que dans le Nord. A Sarlat, note un témoin, une sorte de folie règne partout. La contrepartie du régime d’occupation est terrible. Les femmes qui ont été avec les Allemands souffrent le plus. Nues jusqu’à la ceinture, une croix gammée douloureusement tatouée sur la poitrine, elles sont promenées dans la ville. On leur coupe les cheveux à ras. Le cuir chevelu avec, car le sang coule.

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Le procès de Mme Polge est un épisode culminant des journées nîmoises. Cette jeune femme très belle était devenue l’amie du commandant allemand de la place. Beaucoup de Nîmois eurent recours à elle pour arranger nombre d’affaires. Son procès est attendu par la population avec autant d’impatience qu’une corrida. L’accusée est condamnée à être tondue et promenée dans la ville avant d’être fusillée. La foule s’acharnera plusieurs heures sur son cadavre qui sera transpercé, de la manière qu’on imagine, avec un manche à balai.

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Dans les jours qui suivent la Libération de nombreuses femmes sont tondues. Face à cette expédition expéditive, le 10 septembre, une affiche signée par les responsables de la Résistance d’y mettre un terme.

La chasse aux collaborateurs

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Ces tribunaux, des régions dans lesquelles ils opèrent (essentiellement l’ancienne zone non occupée) de l’intensité de l’activité milicienne dont il s’agit de se venger, des horreurs découvertes après le départ de l’armée allemande, horreurs dont les collaborateurs qui n’ont pas fui sont, à tort ou à raison, rendus responsables. Les commissaires de la République, choisis et désignés dans la clandestinité, bien avant la Libération, pour maintenir l’ordre et jeter les bases d’une république nouvelle, ont beau prendre des arrêtés mettant fin à l’existence des  tribunaux militaires ou autres cours martiales, il faut du temps, dans certains départements, pour que leurs ordres soient suivis d’effet.

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Procès de collaborateurs en 1944

Sans doute la justice mettra-t-elle bien des mois avant de rentrer. Dans les voies de la légalité. Et les anomalies ne manquent pas. Ainsi les jurés des cours de justice sont-ils systématiquement choisis parmi les résistants, c’est-à-dire parmi les adversaires de ceux qu’ils ont à juger; ainsi les prévenus ne peuvent-ils se réclamer de l’obéissance à un gouvernement déclaré illégal depuis le 16 juin 1940 ; ainsi tous les magistrats, à une exception près, ayant prêté serment au maréchal Pétain (serment exigé par l’acte constitutionnel numéro 10 en date du 4 octobre 1941), sont les hommes qui ont, quelques mois plus tôt, jugé et condamné des gaullistes et des communistes, et doivent maintenant juger et condamner des collaborateurs. Une situation que la défense, lorsqu’elle sera libre de s’exprimer, ne se fera pas faute de dénoncer. Avec ses excès, ses négligences, ses lenteurs profitables aux accusés, la justice d’après septembre 1944 sera infiniment moins rude et moins sanglante que la justice sommaire des tribunaux du peuple ou des cours martiales, pour ne pas parler de la justice exercée à titre de représailles ou de vengeances.

De 30 000 à 40 000 Français ont été abattus, dans des proportions inégales suivant les régions. A Marseille 800 corps non identifiés auraient été jetés dans le Jarret. A Avignon, 46 exécutions sommaires recensées.

Dans la région de Limoges, près d’un millier, sans compter un charnier qui ne fut pas ouvert et dont on évalue le contenu à 200 ou 300, tués par les maquisards A Poitier, pas d’exécutions sommaires signalées parmi les Français : mais des prisonniers allemands, d’origine russe ou géorgienne sont massacrés sur la Place d’Armes, par une foule en délire. Dans les Deux-Sèvres, quelques exécutions sommaires. A Clermont-Ferrand, dans les quarante-huit-heures de troubles qui suivirent la libération, il y en aurait eu entre 130 et 150. Dans un rayon de 100 kilomètres à la ronde, l’exemple de la plus grande ville est suivi. A Bironde, le premier jour, une vingtaine d’exécutions. A Lyon, 7 à 800, A Lunéville, 30.

Tous ces meurtres Non pas la même origine. Les uns sont commis à la suite d’acte de trahisons indéniables perpétrés  au profit des Allemands contre les troupes du maquis, les autres pour des raisons injustifiable.

Un exemple

Vers onze heures un mardi soir, une auto s’est arrêtée dans la cour et V, et est sorti par derrière de la maison pour aller dans l’obscurité se rendre compte de la qualité des visiteurs. Il avait le sentiment que (les maquis lui reprocheraient sa dénonciation. Entendant les occupants de la voiture descendre à terre et faire semblant de s’exprimer en allemand, le malheureux est allé vers eux et leur a dit AH! Vous êtes des Allemand, alors je n’ai rien à craindre de vous. Il avait lui-même prononcé sa condamnation à mort. Les autres ont joué le jeu.

Poursuivant toujours son idée il ne leur a fait grâce d’aucun détail en rajoutant encore, pour leur demander enfin (J’espère que vous aller libérer mes enfants pour me récompenser). Ils lui ont promis. Complaisamment, il leur a raconté comment (Alfred), de la Gestapo, était venu d’abord, qu’il l’avait retenu à déjeuner, qu’’il lui avait fait faire une belle omelette.

Les visiteurs du soir lui ont alors demandé de les conduire à l’endroit où étaient les conteneurs. Sa femme voulait d’abord les restaurer, ils ont refusé. Au retour, nous nous arrêterons. Le jeune fils voulait l’accompagner; eux n’ont pas voulu, il n’y avait pas de place dans la voiture, on ne devait plus le revoir vivant; un voisin a entendu, du côté des bois des coups de feu, vers 24 heures. Le narrateur conclut son récit en écrivant : Pauvre homme, moi qui sais les mobiles qui l’ont poussé à agir, je suis prêt à lui pardonner.

Les tribunaux d’exceptions

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Procès populaire à la libération 1944

Au lendemain de la libération de Limoges par les Francs tireurs et partisans, le 22 août, leur chef, le colonel Guingouin, instaure un tribunal militaire (anticipant de trois jours sur l’arrêté du commandant des Forces françaises de l’intérieur, le colonel Rivier). Trois cents personnes comparaîtront devant la cour de justice militaire de Limoges, du 24 août 1944, date de sa première audience, jusqu’au 14 septembre. Soixante-quatorze seront condamnées à mort et toutes exécutées. Cette justice d’exception s’exposait à d’inévitables abus. On citera le cas d’un des condamnés par la même cour martiale de Guéret, qui passera devant le poteau d’exécution pour avoir, agent d’assurance, établi une police pour le camion et les locaux de la Milice. Les états de service remarquables de l’agent d’assurance pendant les deux guerres mondiales ne lui avaient valu aucune forme d’indulgence de ses juges. Lorsque le commissaire de la République, Pierre Boursicot, prendra ses fonctions, les cours martiales du Limousin auront largement entamé l’épuration.

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Exécution de trois collaborateurs reconnus. Ils ont été fusilier

Comparés aux exécutions individuelles qui ne s’embarrassent d’aucune formalité et dont les victimes offrent le plus large éventail social et politique, quand il ne s’agit pas de vengeances personnelles, les jugements des tribunaux d’exception s’efforcent en général de conserver les apparences de la légalité, alors même, ne l’oublions pas, que la France n’est pas totalement libérée et que la guerre n’est pas terminée. Le sud de la France et plus spécialement le quart sud-ouest  (le Limousin) voient se développer les tribunaux d’exception, ce qui n’est pas étonnant dans des régions où la Résistance s’est montrée très active, la répression allemande, parfois jumelée avec l’intervention de la Milice, la plus sauvage.

Le lynchage

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Lynchage d’un collaborateur par des civils

Cette répression improvisée prend parfois un tour plus tragique. Sans s’embarrasser de scrupules juridiques, certains résistants assassinent des victimes convaincues  parfois sans preuves matérielles  de collaboration. Dès la Libération de Cavaillon, par exemple, un imprimeur qui a travaillé pour les Allemands est passé par les armes. Dans cette même ville, deux jeunes miliciens sont fusillés le 1er novembre 1944, bien que le préfet et le président du Comité de Libération aient tenté de s’interposer. Circonstance aggravante, un lynchage a précédé leur exécution.

Les miliciens de Grenoble

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Les miliciens de Grenoble dans le box des accusés

Six jeunes miliciens de l’école de formation d’Uriage dans l’Isère, sont condamnés à mort, le 2 septembre, par la cour martiale de Grenoble et fusillés le jour même. Ces condamnations et ces exécutions ne retiendraient pas spécialement l’attention si l’on ne considérait le jeune âge des condamnés, l’absence de charges sérieuses à leur encontre (aucune forme d’engagement contre la résistance), les circonstances de leur arrestation, de leur condamnation et de leur exécution. Avoir été milicien pendant l’été 1944, et au-delà, et quelles que soient la nature de cet engagement et les responsabilités encourues, expose à l’exécution sommaire ou à la sévérité d’un tribunal d’exception.

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L’exécution d’un des membres de la milice de Grenoble

Les douze miliciens comparaissent devant une cour martiale, formée à l’initiative du préfet Reynier, assistés par un avocat, le choix d’un défenseur ayant rencontré mille difficultés. Les membres du Barreau, à Grenoble comme ailleurs, refusent le plus souvent de s’engager, voire de s’exposer. Grenoble ne fera pas l’exception. Le procès devant la cour martiale se déroule dans un chahut monstre d’une foule au comble de l’excitation qui couvre l’avocat, Me Guy, d’insultes et de menaces à tel point qu’on devra le faire escorter par des gendarmes.

La foule se retrouve, en masse, pour ne rien manquer de l’exécution des six condamnés à mort : les amateurs du spectacle se précipitent à pied, à bicyclette ou dans des voitures délabrées. Bientôt six corps s’affaissent sous les balles du peloton, dans le crépuscule froid et pluvieux de septembre. Le journaliste américain John Osborne qui rendit compte de l’événement dans le magazine Life écrivit que la foule fut prise d’un délire collectif et que les maquisards durent éloigner des individus qui cherchaient à atteindre les six cercueils où devaient être déposés les corps des victimes.

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Milicien pendu à la libération 1944

Perpignan, quatre mille suspects sont soumis à des traitements horribles. L’abbé Niort, de Tautavel, âgé de 65 ans, a le thorax enfoncé et les côtes cassées. On lui arrache les ongles, les cheveux et des morceaux de chair avec des tenailles. Condamné par une cour martiale, on doit lui faire des piqûres pour qu’il tienne jusqu’au poteau. Dès qu’il s’effondre, la foule se précipite sur son cadavre. Des femmes frappent le mort. D’autres urinent sur lui. Quelques mois plus tard, l’abbé sera réhabilité à titre posthume. A  Aix-en- Provence, sur le majestueux cours Mirabeau, les cadavres de trois jeunes miliciens pendus se balancent plusieurs jours. Dessous, on fait défiler les enfants des écoles. Il n’est jamais trop tôt pour apprendre.

Massacres à Nîmes

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Nîmes en 1944

Nîmes, le maître des cérémonies est le commandant Boulestin, de son vrai nom, Teussier, ivrogne notoire qui, jusque-là, vendait des cacahuètes et des lacets dans les rues. Il se déplace en voiture sur laquelle il a fait peindre son nom de guerre en lettres énormes. Le noyau des F.T.P. de la ville est constitué d’Espagnols rouges, d’Indochinois du Mouvement Ouvrier International et de Russes de l’armée Vlassov qui ont changé de camp. L’exploit principal de Boulestin est l’organisation des tueries sur la place des arènes de NÎmes, le 28 août 1944.

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La chasse aux collaborateurs dans le sud de Nîmes

Ce jour-là, il prend livraison de neuf miliciens à la prison populaire. Il les fait aligner les bras levés, puis il organise un défilé à travers la ville. On jette sur les malheureux des détritus et on les frappe. Un haut-parleur convie les honnêtes citoyens à participer aux réjouissances. Arrivés aux arènes, les suppliciés sont collés au mur. Couvrant les cris de la foule, les fusils crépitent. Des énergumènes se précipitent. Ils écrasent les corps à coups de talon. Des femmes hystériques trempent leur mouchoir dans leur sang. La scène dure deux bonnes heures. C’est là que sera exécuté dans d’atroces conditions, Angelo Chiappe, préfet régional d’Orléans, ancien préfet de NÎmes où, à la Libération, on le réclama. A partir du 9 septembre, toujours à Nîmes, une cour martiale juge les suspects par paquets de 20. La foule se rue sur les accusés à leur arrivée pour les frapper. Ce jour-là, il y a 6 exécutions. Le 11 septembre, on en tue 5 autres, ainsi que le 14 et le 18. On exécute aussi en dehors de cette procédure. On exécute après un simulacre de jugement le président du Tribunal de Nîmes, le préfet de la Lozère, Dutruch, ou le commandant de gendarmerie Brugnère, que l’on réhabilitera ensuite. Les corps des victimes sont entreposés dans la cour du lycée avant d’être jetés à la fosse commune. On en dénombre parfois 34 ensembles.

Le petit Godard

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L’épuration à la libération des collaborateurs

A Paris, il y a plusieurs prisons clandestines mais la geôle la plus sinistre est installée à l’Institut dentaire de l’avenue de Clichy, où sévissent d’authentiques truands, tel José Redrossa, et des spécialistes de la torture. L’un des anciens pensionnaires de l’établissement en a conté les scènes hallucinantes Les F.T.P. ont amené Godard. Godard, c’était le jeune homme qui s’était jeté du second étage, la veille, parce qu’on le torturait trop. Il n’avait que vingt ans. Mais il avait appartenu à la L.V.F., le petit imbécile. Et les F.T.P. n’aimaient pas ça. Ils l’ont battu et torturé plusieurs fois, là-haut, au second étage, avec je ne sais quelle science chinoise. C’était trop pour ce petit Godard de vingt ans. A un moment, sans doute, il n’a pu en endurer plus, de tout son corps d’enfant qui souffrait, qui saignait. Il a voulu s’échapper, n’importe comment. Il s’est jeté à travers la fenêtre, emportant au passage du bois, des vitres. Et ils l’ont ramassé en bas, les jambes brisées. L’un d’eux l’a rapporté dans la salle, sur son épaule. Et les jambes de Godard lui pendaient dans le dos, comme des choses mortes.

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Épuration en France en 1944-1945

Ils l’ont jeté sur une paillasse, dans un coin. Il est resté là toute la nuit. Et ce fut un drôle de nuit. Personne n’a pu dormir. Les prisonniers jusqu’au matin ont entendu le petit Godard qui avait voulu fuir la torture et qui n’avait pas réussi. Il a souffert toute la nuit par ses jambes brisées. Il criait de douleur. Il appelait sa mère. Ou bien il râlait, longuement, comme s’il allait mourir. Nul ne l’a soigné, puisqu’il devait être fusillé au matin. C’eût été du temps perdu. Les F.T.P., parfois, en passant, le traitaient de salaud, et lui ordonnaient de se taire. Au matin, donc, ils l’ont amené jusqu’au mur, sur un brancard. Ils ont essayé de le mettre debout, de le faire tenir, tant bien que mal, en l’appuyant au mur, pour le fusiller, selon les règles. Mais le petit Godard s’est aussitôt effondré, sur ses jambes brisées. Alors ils l’ont remis sur le brancard et ils l’ont tué dessus. C’est ainsi qu’a fini de souffrir le petit Godard.

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La chasse aux notables de 1944

La liste serait interminable de ces notables assassinés en raison de leur fonction sociale : le général Nadal ; Lacroix, syndic de la corporation paysanne de Haute-Savoie ; Daniel Bedaux, ancien adjoint du général de Castelnau. Le baron Henri Reille-Soult, notable de la Vienne et authentique résistant, est assassiné le 19 octobre 1944. En Haute-Savoie, le comte de Sales est abattu en pleine rue, alors que deux gendarmes le conduisent au tribunal. Dans le Puy-de-Dôme, le grand aviateur Jean Védrines est abattu sous les yeux de sa femme et de ses enfants. Il avait été attaché pendant quelques semaines au cabinet du maréchal Pétain en1940.

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Notables surveillé par deux gardes armées du Front de Libération

Le comte Christian de Lorgeril, âgé de 59 ans, combattant des deux guerres, est propriétaire d’un vaste domaine et d’un château historique. Sous le prétexte qu’il a toujours professé des idées monarchistes, les F.T.P. l’arrêtent le 22 août 1944. Complètement dévêtu, le malheureux est d’abord contraint de s’asseoir sur la pointe d’une baïonnette. Puis les tortionnaires lui sectionnent les espaces métacarpiens, et lui broient les pieds et les mains. Les bourreaux lui transpercent le thorax et le dos avec une baïonnette rougie au feu. Son martyre n’est pas fini. Il est plongé dans une baignoire pleine d’essence. Leur victime s’étant évanouie, ils le raniment en l’aspergeant d’eau pour répandre ensuite sur ses plaies du pétrole enflammé. Le malheureux vit encore. Il ne mourra que cinquante-cinq jours plus tard, dans des souffrances de damné. Les responsables de ce crime et de bien d’autres, commis notamment sur la personne de détenus à la prison de Carcassonne, seront traduits plus tard devant les juges. Trois furent condamnés à 10, 7 et 5 ans de prison. Les autres furent acquittés. Leurs avocats avaient invoqué les instructions du général de Gaulle comme les défenseurs de miliciens invoquèrent celles de Pétain.

Le salon de l’épicier

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La chasse aux collaborateurs en France 1944

Voici le collabo jeté dans une pièce qui a dû être le salon de l’épicier. S’y trouvent déjà un gendarme portant au front la mention vendu, tracée à l’encre, un négociant de Marmande dont le visage tuméfié dit le traitement qu’il a da subir, trois dames légères au crâne rasé et un garçon de quatorze ans, qui s’est inscrit aux Jeunes du P.P.F. Au cours de la nuit, le salon reçoit un nouvel hôte. Un garagiste de La Réole. Il a été sérieusement  tabassé pour avoir effectué des réparations aux voitures des officiers allemands. L’un de ses cousins, accusé d’avoir  vendu sa marchandise aux occupants, a été, avec sa femme et son fils, collé à un mur et abattu à la mitraillette. Un des gardes-chiourme leur apporte du pain. Ce sera le seul ravitaillement durant les trois jours et les trois nuits passées dans cette première geôle. Le gardien leur annonce l’arrivée d’une grosse prise. Un dénonciateur capturé à Nérac. Vous allez entendre ce que vous allez entendre. L’homme est enfermé dans la cave. On entend les coups mats de gourdins et de nerfs de bœufs assenés sur son corps nu. Cela dure des heures. Parfois les hurlements cessent. Mais le supplice n’est pas achevé. De longs râles disent qu’il n’a pas fini de souffrir. Il sera achevé au matin.

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Après la libération de Nancy, un collaborateur est forcé de tenir au dessus de sa tête la photographie d’un officier allemand.

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Un autre arrestation à Rennes

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Après la libération de Paris place des Pyramides. Des membres des Forces Françaises de l’Intérieur prennent sous leur protection un individu malmené par la foule qui avait déchiré son pantalon.

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D’abord des images terribles en noir et blanc : celles d’un homme qu’une foule en furie maltraite, brutalise, frappe puis accroche par les pieds en haut d’un lampadaire. L’homme se débat. Ses gestes se font ensuite plus rares et, enfin, du moins on le devine, il meurt. La corde qui le retenait est coupée sans ménagement et son corps tombe au sol comme un vulgaire paquet de linge sale. On avait déjà pu voir ces images dans le film Été 44 de Patrick Rotman, qui les avait utilisées à l’état brut, sans commentaire. Daniel Scheidemann a eu l’excellente idée de chercher à en savoir plus et de mener, avec la collaboration de Christelle Ploquin, une enquête sur cette scène atroce qu’on avait d’abord située à Vichy pendant l’été 1944. En fait, la scène se passe à Cusset, un petit village proche de Vichy, et se déroule le 2 juin 1945, soit près d’un an après la Libération. Plus que la révélation de ce décalage chronologique, c’est la reconstitution de la genèse de cette tragédie, par le croisement des témoignages et des documents, qui donne tout son intérêt historique.

Personnages célèbres emprisonnés

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Arletty, une prisonnière célèbre

Parmi les plus célèbres de ces prisonniers n’y a-t-il pas la comédienne Arletty (à gauche) qui, au moment de l’épuration, a déjà inscrit son nom au générique de chefs-d’œuvre tels que Hôtel du Nord, le jour se lève ou les visiteurs du soir, une vedette à qui l’on reprochait d’avoir eu des relations avec des duchesses et des comtesses. Arrêtée, elle se retrouvera dans la même geôle que Tino Rossi qui, lui, offrait sa voix aux autres détenus, pendant les offices religieux.

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Mary Marquet

Également enfermée: Mary Marquet l’actrice de théâtre entrée depuis vingt ans à la Comédie française où elle était devenue sociétaire et à qui on reprochait des articles écrits dans la revue Aujourd’hui, une revue dont le directeur n’était autre que Georges Suarez, l’un des journalistes fusillés.

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Pierre Fresnay

Pierre Fresnay, également inquiété et emprisonné passait son temps de réclusion à frotter son carrelage à la paille de fer. Cet acteur qui était lui aussi passé par le théâtre, notamment le Français, avant d’être appelé par le cinéma, fut révélé au grand public dans le corbeau. C’est justement ce rôle du docteur Germain accusé par des lettres anonymes d’être l’amant de l’épouse de l’un de ses confrères dans une petite ville de province, qui va faire de Pierre Fresnay un homme suspect aux yeux des membres de ces juridictions d’exception. Le film, présenté dans les salles de cinéma outre-Rhin sous le titre Province française, et son interprète principal furent accusés d’avoir voulu réaliser une entreprise d’avilissement propre à montrer la dégénérescence du peuple français à travers les habitants d’une petite ville provinciale.

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L’arrestation de Sacha Guitry par la Résistance 1944

Le 23 août 1944 à 10 heures du matin Sacha Guitry est arrêté à son domicile par deux hommes armés. On ne lui laisse pas le temps de s’habiller et on l’entraîne dehors. Pour un spectacle, c’est un spectacle ! L’auteur dramatique se décrira lui même: Mon pyjama se compose d’un pantalon jaune citron et d’une chemise à larges fleurs multicolores. Je suis coiffé d’un panama exorbitant, et quant à mes pieds, qui sont nus, ils sont chaussés de mules de crocodile vert jade. Il est conduit ainsi vêtu, par les rues, jusqu’à la mairie du VII » arrondissement où il est brièvement interrogé dans la cellule 117. Ce 23 août commencent les épreuves de Sacha Guitry en prison et ses démêlés avec la justice. Il racontera d’ailleurs tout cela dans un ouvrage édité en1949 qui s’intitule Soixante jours de prison et qui succède à Quatre ans d’occupations paru en octobre 1947. On l’accuse d’antisémitisme lui qui, dénoncé par le Pilori, est obligé de se disculper de l’être alors même qu’il vient en aide à des amis juifs. De là à l’arrêter… Depuis 1942, Radio Londres et les journaux de la Résistance font circuler des listes noires de collaborateurs. Dans l’un de ces journaux, Guitry est condamne a mort. L’époque de souffrance se prête à la revanche. Le seul fait d’avoir fréquenté l’ennemi est considéré comme suspect. Guitry ne peut nier ses fréquentations et tous les arguments développés dans ses livres de souvenirs écrits après l’occupation ne peuvent occulter certains faits accomplis au moment où des hommes et des femmes mouraient sous la torture, les balles et la hache, dans des camps.

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Sacha Guitry

Pendant l’Occupation, Sacha Guitry ne va pas manquer d’occupations et ce sont elles qui vont le mener, en fonction de l’interprétation qu’on leur donne, au respect ou au déshonneur. Lorsqu’il arrive à Paris il fait des démarches auprès du préfet Jean Chiappe et du recteur de l’Académie de Paris chargé des affaires culturelles pour obtenir la réouverture des théâtres, et il reprend dans son théâtre de la Madeleine une pièce créée en 1919 : Le Pasteur. Le voilà aux prises avec les autorités allemandes qui, devant le nationalisme de la pièce, veulent la censurer. Encore une fois des démarches. Encore une fois il obtient gain de cause. L’homme est habitué aux succès. Il n’a connu que la gloire. Tout cela lui paraît naturel. Tout au long de la guerre, les interventions, les sollicitations auprès des Allemands vont se succéder. Sacha en a les moyens, il a l’impunité des gens célèbres, il a les relations et les occasions ne manquent pas. A la prison de la Santé, il est enfermé dans la cellule 42 avec ex-ministre de l’Éducation de Pétain. Prisonnier, il subit menaces, insultes et aussi… demandes d’autographes. Pour qui est habitué au confort de l’hôtel particulier, la promiscuité, la saleté, le manque d’hygiène tout cela n’est pas très réjouissant. Le prisonnier reçoit quelques colis apportés par son chauffeur. Bientôt Tristan Bernard intercède auprès du juge d’instruction en faveur de celui qui l’a sauvé en 1943. Le 24 octobre 1944, deux mois après son arrestation, Sacha Guitry est libre. Le 8 août 1947, le commissaire du gouvernement rend une décision de non lieu, rien n’ayant été trouvé au cours de l’enquête et beaucoup d’accusations ayant  été reconnues comme fausses.

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Paul Morand Auteur d’Ouvert la nuit, ami de Proust, publie en 1941 son chef-d’œuvre, l’Homme pressé. Décoré de la francisque, ministre plénipotentiaire. Préside la Commission de Censure cinématographique. Laval le nomme ambassadeur à Berne en juillet 1944 pour lui éviter l’épuration.

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Jean Giono Ses romans célébraient la terre avant que Vichy n’y trouve un de ses mythes. Mis à l’index pour avoir beaucoup côtoyé l’occupant. La NRF de Drieu publie ses textes etla Gerbe ses entretiens, trois de ses pièces sont montées à Paris occupé. Incarcéré cinq mois à Saint-Vincent-les-Forts, libéré le 2 février 1945.

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Lucien Rebatet Une des meilleures plumes de la collaboration, mais aussi l’une des plus violentes. Critique musical et cinématographique, entre à Je suis partout dès 1933. Auteur des Décombres, best-seller de l’Occupation, paru chez Grasset en 1942 et tiré à100000 exemplaires. Condamné à mort le 23 novembre 1946, puis gracié. Amnistié en juillet 1952.

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Georges Suraez Premier intellectuel fusillé. Ancien biographe de Briand, Poincaré, Clemenceau. Anti-allemand durant la drôle de guerre. Compagnon de Doriot puis de Déat. Se rapproche d’Abetz. Juger pour ses articles dans Aujourd’hui, journal subventionné par l’occupant. Condamné à mort et exécuté le 9 novembre 1944.

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René Bousquet (en col de fourrure)

Secrétaire général à la Police en avril 1942. Signe avec Oberg (chef de la Gestapo en France) les accords autorisant la livraison par la police française des juifs étrangers. Condamné en 1949 à cinq ans de dégradation nationale, peine levée aussitôt pour services rendus à la Résistance. Abattu à Paris le 8 juin 1993.

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Charles Maurras Maître à penser de l’intelligentsia nationaliste du début du siècle. Patron de l’Action française. Accueille l’avènement de Pétain par un célèbre divine surprise! Dépassé en virulence par ses anciens disciples, référence constante d’un Brasillach ou d’un Vallat. Condamné en 1945 à la réclusion criminelle à perpétuité. Mort en 1952.

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Henri Béraud Prix Goncourt 1922 pour le Martyre de l’obèse. Éditorialiste de l’hebdomadaire Gringoire. Auteur du brûlot Faut-il réduire l’Angleterre en esclavage? Deviendra collaborationniste militant. Condamné à mort peine commuée en réclusion à perpétuité  puis à résidence surveillée dans sa maison de l’île de Ré, où il meurt en 1958.

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Pierre  Drieu La Rochette Symbole d’une génération d’intellectuels qui crut déceler dans l’Allemagne nazie un renouveau de l’Europe. Écrit dans Révolution nationale des articles résolument fascistes et européens. Dirige la prestigieuse NRF de Gallimard, où il fait entrer Bonnard et Fabre-Luce. Se suicide le 16 mars 1945.

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Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline En juin 1940, hésite à s’embarquer pour l’Angleterre. Publie dès 1941 les Beaux Draps, pamphlet politique violemment antisémite. Stigmatise la mollesse du commissariat aux juifs de Vallat. Fuit au Danemark. Condamné à un an de prison par contumace en 1950 et à l’indignité nationale, rentre un an plus tard.

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Louis Renault Fondateur des usines Renault, soupçonné d’avoir freiné l’effort de guerre demandé par Daladier en 1939, puis livré à l’Allemagne plus de 32000 véhicules durant l’Occupation. Meurt en prison le 24 octobre 1944. Le 15 novembre est décidée la confiscation des biens de la Société des Usines Renault.

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Yves Farges

Il est toujours difficile de modérer une troupe que l’on a mobilisée sur des thèmes insurrectionnels. M. Paganelli ne fut pas le seul commissaire de la République à en faire la dure expérience. A trois reprises, à Lyon, Yves Farges se heurte aux excités de la rue. Une première fois, il est arrêté par des jeunes gens armés qui prétendent le reconnaître comme un collabo. Il ne doit son salut qu’à des amis qui le suivaient et qui interviennent. Les deux autres aventures sont directement liées au combat que Farge mena contre l’épuration sauvage. Un jour, il est alerté par le préfet de la Drôme alors qu’il vient de gracier un condamné à mort jugé à Valence. Selon le préfet, une manifestation organisée pour protester contre cette clémence risque de dégénérer en émeute. Yves Farges se fait conduire aussitôt sur place et décide les protestataires à le suivre dans une salle des fêtes où il leur expliquera les motifs de sa décision. Conspué sans arrêt par une majorité de F.T.P., il apprend bientôt que, tandis qu’il parlait, la foule a enfoncé les portes de la prison et fusillé le condamné ainsi que quatre autres détenus. Quelque temps après, la Cour de cassation ayant annulé la sentence qui condamnait à mort l’ancien préfet Ani Éli, une foule furieuse envahit la prison Saint-Paul à Lyon. Mais Farge, qui a été prévenu, joue d’audace. Lorsque la cohue arrive à la cellule d’Angéli, elle trouve Farges debout sur le lit entourant de ses jambes le prisonnier. -Vous ne toucherez pas à un cheveu de cet homme, tant que je serai vivant, dit-il.

La sanglante épuration spontanée de 1945 en Italie. Les pertes des antifascistes seraient de 29 000 personnes, ainsi réparties :

6 000 partisans tués au combat; 13 000 fusilliers par représailles, ou mort en déportation dans les camps allemands (ce chiffre comprendrait également les nombreux partisans communistes qui furent abattus par des partisans communistes; 10 000 civils fusillés en représailles, soit par les forces allemandes, soit par les forces fascistes.

Les pertes fascistes seraient de 75 000 personnes, ainsi réparties : 7 000 soldats tués au combat; 12 000 fascistes abattus par les partisans pendant la guerre civile; 10 000 Italiens de la Vénétie Julienne, de L’Istrie et de la Dalmatie éliminés comme (fascistes) par les partisans yougoslaves.

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Quatre solides partisans encadrent cette femme sans grand relief. Accusée d’avoir proféré des opinions qui ne cadre plus avec celle du nouveau régime. Ou peut-être d’avoir trop bien accueilli des militaires allemands.

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Un fasciste passe devant les juges populaires soigneusement gardé par une jeunesse joyeuse, armé jusqu’aux dents.

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On fusille beaucoup comme sur la photographie; à Milan, où des partisans vont régler leur compte à quelques prisonniers italiens et allemands.

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Les prisons italiennes se sont remplies instantanément de (politiques) ou en instance de jugement. Mais la justice du peuple est plus expéditive.

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Les cadavres des hiérarques fascistes exécutés sommairement à Milan.

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La chasse aux fascistes a pour théâtre les principales artères des villes et villages d’Italieartfichier_729028_1821652_201302270454650

Ce que l’on voyait dans les rues de Milan, après le départ des troupes allemandes. Des partisans armés soumettant les habitants des interrogatoires sur les agissements de leurs voisins.

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Maria Nencioni ex-secrétaire du général Graziani dont le procès est venue devant la cour de Milan. Carlo Emanuele Bassile, ancien préfet de Gênes, est derrière les barreaux.

Le massacre des femmes

Certains épisodes de cette épuration révèlent l’ampleur du déchainement populaire. Donato Carreta, directeur de la prison romaine de Regina Coeli, venu témoigner dans un procès, est entouré par la foule à la sortie du tribunal; une femme l’accuse d’avoir livré son mari aux Allemands. On s’empare du directeur de la prison, on l’amène jusqu’au Tibres, et au milieu des hurlements de la foule, il est précipité dans le fleuve. Il parvient à nager et à regagner  l’autre rive; on le rejette à l’eau, il lutte encore quelques temps, puis enfin il se noie. Tandis que la foule hurle de joie en assistant à ses ultimes convulsions. De nombreux épisodes aussi dramatiques resteront longtemps dans les mémoires. L’épuration n’épargne pas les femmes. Dans la région de Rome, 7 000 femmes environ furent massacrées, 5000 autres furent jetées en prison, et 20 000 tondues et violentés.

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L’un des principaux dirigeants fasciste Buffarini Guidi a été fusilier dans le dos.

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A Milan, la salle de la cour d’assises où étaient jugés les procès de collaborateurs.

L’épuration

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L’épuration a été violente. Dans la seule agglomération de Bordeaux, 1399 personnes étaient déjà arrêtées le 18 septembre1944. En fin 1948, la Cour régionale de justice avait prononcé 882 verdicts dont, pour le département : 66 condamnations à mort (15 condamnés réellement exécutés), 340 peines de travaux forcés, 19 peines de réclusion, 239 peines d’emprisonnement et 141 acquittements.

Le Tribunal militaire de Bordeaux a jugé 1885 affaires, avec 24 condamnations à mort (12 exécutions), 187 peines de travaux forcés, 466 peines de prison, 6 amendes, 289 acquittements, 831 absous, 6 amnisties à l’audience, 69 actions éteintes. La Chambre civile a traité 1963 cas, et prononcé 1379 indignités nationales.

Adrien Marquet, maire de Bordeaux, fit 41 mois de prison avant d’être jugé et acquitté. Il fut seulement condamné à 10 ans d’indignité nationale.

Remarques : Dans une émission de télévision, un membre de cette Chambre civile a rappelé que ceux qui avaient été convaincus de s’être enrichis en profitant de l’occupation avaient été dépouillés de tous leurs biens.

Les malgré-nous d’Oradour sur Glane

Le sort avait fait que 14 Alsaciens faisaient partie de la compagnie du régiment Der Führer qui commit le massacre d’Oradour sur Glane, dont 12 étaient des malgré-nous c’est à dire des incorporés de force. Dans la suite de la guerre, quelques uns désertèrent, et se battirent ensuite dans les FFI ou dans l’Armée. Certains avaient fondé des familles lorsque la Justice vint leur demander des comptes d’après une loi de 1948 à effet rétroactif (déjà), portant sur les crimes collectifs. Ils furent jugés à Bordeaux (déjà) et furent condamnés, le 13 février 1953, à des peines de 5 à 8 ans de réclusion. Certains avaient réellement participé au crime, mais il fut tenu compte qu’ils n’avaient que 18 ans au moment des faits. Qui pouvait prétendre qu’il aurait osé refuser d’obéir dans la SS ? C’était la douleur du Limousin contre celle de l’Alsace, et la France en fut bouleversée. Le Président du Conseil, René Mayer, proposa une loi d’amnistie pour les malgré-nous, qui fut votée par 318 voix contre 211. Les malgré-nous furent tous libérés dès le 21 février. Deux condamnés à mort, dont un Alsacien volontaire pour la SS, furent graciés, et furent libérés en 1958. 

Le général de Gaulle et l’épuration

Le général voulut que l’épuration soit courte, et fit preuve d’une grande clémence que les communistes lui reprochèrent avec véhémence. Il pensait que la vengeance était contraire à la démocratie, et que les peines les plus sévères devaient être réservées à ceux qui avaient utilisé la guerre à des fins personnelles. Au total, de la Libération jusqu’à sa démission en janvier 1946, 1594 recours en grâces lui furent présentés pour des condamnés à mort de tous les tribunaux existants : Haute cour de Justice pour les hommes politiques, Cours martiales qui furent remplacées par les Cours de justice, Tribunaux militaires jugeant les trahisons, Cours d’Assisses, Juridiction Coloniale et Tribunaux militaires jugeant les crimes de guerre. Le général De Gaulle accorda 998 grâces pour ces 1594 recours.

Le général De Gaulle et le Maréchal Pétain

Le Général déclara, en 1945 : Aujourd’hui, il y a un vieillard dans un fort  dont moi et beaucoup d’autres reconnaissons qu’il a rendu de grands services à la France.

En mars 1948, à Verdun, il évoqua le : le grand chef de la Grande Guerre emporté sous l’effet de l’âge, par le torrent des abandons.

En mars 1949, lors d’une conférence presse, il déclara: que la condamnation de Pétain était nécessaire car il avait symbolisé ce que fut la capitulation et, même s’il ne l’avait pas voulu, la collaboration

Le 15 mars 1950, devant la Presse, il dit : S’il fallait une preuve de la carence du régime, cette question brûlante et amère nous la donnerait. C’est un opprobre que de laisser en prison un homme qui va avoir 95 ans. De nos jours, des journalistes et des hommes politiques ne reconnaissent pas que le général de Gaulle fut un grand homme, mais le maintien en prison de Maurice Papon prouve certainement que les hommes politiques actuels sont bien petits.

JOURNAUX CLANDESTINS DE LA RÉSISTANCE

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 1 h 33 min

La plupart de ces journaux sont les porte-parole des mouvements de résistance. Titres les plus diffusés

Combat

Organe du Mouvement de libération française, résultant de la fusion en 1941 des journaux Liberté et Vérité, il sera le journal du mouvement de Résistance Combat animé par Henri Frenay et Bertie Albrecht qui lanceront le premier numéro en décembre 1941 Henry Frenay en prend la direction qu’il abandonnera à Claude Bourdet en 1943. À l’arrestation de celui-ci (25 mars 1944) c’est Pascal Pia qui lui succède. Au total, 58 numéros seront publiés.

L’équipe de rédaction comprend Georges Bidault (rédacteur en chef), Pierre-Henri Teitgen, François de Menthon, Claude Bourdet, Cerf-Ferrière, Rémy Roure et Jacqueline Bernard. Il accueillera en 1943 Albert Camus qui en sera l’animateur de 1944 à 1947, à côté de Claude Bourdet.

Défense de la France

Fondé le 15 août 1941 sous l’impulsion des étudiants Philippe Vianney et Robert Salmon; 47 numéros clandestins seront diffusés. Y participeront, entre autres, Jean-Daniel Jurgensen, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Robert d’Harcourt. Repris en main à la hussarde par Pierre Lazareff après la Libération, il deviendra France Soir.

Le Franc-Tireur

De tendance radical-socialiste, Mensuel dans la mesure du possible et par la grâce de la police de Pierre Laval. Jean-Pierre Lévy est à l’origine de son lancement le 1er décembre 1941 en même temps que de l’organisation du mouvement clandestin du même nom en zone Sud. 39 numéros clandestins parurent. Il parait jusqu’en 1957, où il est racheté par Cino Del Duca et paraîtra sous le nom de Paris-Journal, puis Paris-Jour.

L’Humanité

Le journal officiel du PCF devient illégal à partir du 25 août 1939 où le gouvernement Daladier le fait saisir suite au soutien par le PCF du Pacte germano-soviétique. Cette époque ne ressort évidemment pas de la Résistance. Après l’occupation de la France, en juin 40, alors que Jacques Duclos était le numéro un du parti à Paris, en liaison avec Moscou, il y eut des pourparlers avec les autorités d’occupation pour une reparution légale du journal. Ces pourparlers n’aboutirent pas et le journal resta clandestin. Jusqu’en juin 41 -pacte germano-soviétique oblige, l’Humanité est un journal clandestin anti-vichyssois, mais pas anti-Allemands. On dénombre 317 numéros clandestins jusqu’à la Libération. Il reparaît librement à partir du 21 août 1944, à la suite de la Libération de Paris.

Les publications du Front National

Le Front national était un mouvement de Résistance contrôlé par le Parti communiste français. Ce mouvement publia un grand nombre de journaux et de feuilles clandestines:

Les Lettres françaises

Revue des écrivains français groupés au Comité national des écrivains. Fondée en octobre 1941 par Jacques Décours et Jean Paulhan, 25 numéros seront publiés. Les Lettres françaises paraîtront après la Libération, jusqu’en 1972.

L’École laïque (1941);

Le Médecin français (mars 1941) animé par le docteur Raymond Leibovici; Musiciens d’Aujourd’hui, feuille clandestine tirée à 2500 exemplaires, dont André Fougeron a réalisé la maquette, qui devient Le Musicien d’Aujourd’hui lorsqu’elle est intégrée aux Lettres françaises clandestines; L’Université libre (104 numéros, de novembre 1940 à octobre 1944), animé par Georges Politzer, Jacques Solomon (gendre de Paul Langevin) et Jacques Décours; Les Allobroges (1942), région Isère-Hautes Alpes; L’Étudiant patriote (1941).

Libération

Journal clandestin du mouvement de résistance Libération-Sud, Libération est lancé en juillet 1941 par Raymond Aubrac et Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Il sera l’un des plus importants et diffusés des journaux de la Résistance. Libération reparaît au grand jour à la libération de la France en août 1944.

Témoignage Chrétien

C’est dans la France occupée que, le 16 novembre 1941 à Lyon, un jésuite, le père Pierre Chaillet, publie clandestinement le premier Cahier du Témoignage Chrétien. Intitulé France prend garde de perdre ton âme, sous forme d’un opuscule de petit format (d’où le nom de Cahier), il contient un vibrant appel à s’opposer au nazisme au nom des valeurs chrétiennes. Il est entièrement rédigé par le père Gaston Fessard. Témoignage Chrétien devait s’appeler Témoignage Catholique, mais par œcuménisme et suite à la participation de protestants dans l’équipe clandestine initialement constitués de théologiens jésuites de la faculté de Fourvière à Lyon, l’adjectif catholique a été changé en chrétien. Parallèlement aux Cahiers du Témoignage Chrétien, qui ne traite que d’un seul sujet à chaque fois, parait, dès mai 1943, le Courrier Français du Témoignage Chrétien, d’un tirage de 100 000 puis 200 000 exemplaires.

La spécificité du Témoignage Chrétien, par rapport aux autres journaux de Résistance est qu’il revendique une Résistance spirituelle. C’est en effet en référence à l’Évangile et aux idéaux chrétiens que Témoignage Chrétien s’est opposé au nazisme. Le sous-titre du Courrier du Témoignage Chrétien est Lien du Front de résistance spirituelle contre l’Hitlérisme. Treize numéros du Courrier du Témoignage Chrétien et quatorze Cahiers seront diffusés jusqu’à la Libération.

La Vie Ouvrière

Interdite en 1939, La Vie Ouvrière reparaît clandestinement dès février 1940. Aux premiers jours de l’occupation, Benoit Frachon, André Tollet, Eugène Hénaff et quelques autres militants syndicaux de l’ancienne CGTU, exclus de la CGT en septembre 1939, qui avaient échappé aux recherches des polices françaises relance le journal. Tout au long de l’occupation il publiera 223 numéros où l’accent est mis sur les problèmes quotidiens: coût de la vie, pénuries alimentaires, difficultés de ravitaillement, faiblesse des salaires, etc. Il appelle à la lutte, à la réunification syndicale et combat les divisions. Il dénonce le patronat qui a largement sombré dans la collaboration avec les occupants et informe régulièrement sur les luttes qui ont lieu dans les entreprises.

La presse clandestine : publications de journaux variés

Durant la guerre de nombreux journaux clandestins ont essayé tant que possible et avec les moyens du bord d’assurer une information complète et surtout périodique de la population dans des conditions extrêmement difficiles ce qui ne fait qu’accroître leur mérite. Les jeunes ont exercé une participation active à la création de ces journaux et à leurs diffusions. Certains journaux comme « ceux de la résistance, Libéré Nord ou encore les volontaires de la liberté étaient quasiment entièrement réalisés par des mouvements de jeunes.

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Les imprimeurs et distributeurs de la presse clandestine ont payé un très lourd tribut à leur mission d’information d’une population soumise en permanence à la propagande vichyste et pro-allemande. Il est essentiel, à l’époque, que la presse clandestine atteste, par sa présence, des milliers d’initiatives des réseaux et des mouvements qui couvrent le pays, et qu’elle soutienne le moral et les espoirs des Français comme nous l’avons vu dans la partie précédente. Ses difficultés sont pourtant considérables. Il faut trouver, détourner le papier, matière contingentée, rare et surveillée. Il faut disposer d’imprimeries typographiques utilisant des plombs composés sur le marbre des journaux légaux. Des mouvements parviennent même à trouver des heures de quelques linotypes lourdes.

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La distribution, aussi hasardeuse que la fabrication, se fait par les canaux les plus divers : trains, avec la complicité des cheminots, vélos puis dépôts dans les boîtes aux lettres, sous les portes, ou jets à la volée de multiples exemplaires. Hormis un creux de la fin 1941 à la fin 1942, dû surtout à l’efficacité de la répression, le nombre des publications ne cesse de croître, pour dépasser la centaine mi-1943.

Parmi les titres les plus distribués, citons : en zone sud, Combat, Libération et Franc Tireur, créés dès 1941, qui atteignent respectivement 300 000 (pour le premier) et 150 000 (pour les deux autres) exemplaires. En zone nord, Défense de la France, qui tire courant janvier 1944 jusqu’à 400 000 exemplaires. Dans les deux zones, les nombreuses publications du P.C.F. : journaux nationaux, régionaux et locaux ; diverses revues et brochures. Le tout représente en moyenne la moitié de l’ensemble des publications.

Au total, la presse clandestine qui se développe dans les deux zones joue un rôle essentiel dans la Résistance (les Allemands ont même recours à de faux numéros afin de déconsidérer la Résistance !). À ce titre un hommage doit être rendu au souvenir d’André Bollier (1938), surpris dans son imprimerie à Lyon et assassiné par la Milice en juin 1944.

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L’exemple de la presse communiste

Parmi les journaux que l’on peut se procurer durant la Seconde guerre mondiale il est intéressant de se pencher plus particulièrement sur ceux édités par les communistes.

La presse clandestine s’est avérée indispensable à l’action de la résistance permettant la diffusion de messages d’actions ou de soutien non censurées à la population. Le nombre de journaux clandestins publiés durant la seconde guerre mondiale est impressionnant. Malgré tous les moyens mis en place par le régime de Vichy et les troupes allemandes afin de détruire ce système de propagande gênant, l’appui de la population a permis à celle-ci de tenir dans des conditions très difficiles jusqu’a la libération. Mais il ne faut pas oublier que de nombreux imprimeurs ont payé de leur vie ce formidable travail d’information.

Manifestations au travers de tracts du refus du peuple allemand du système nazi. Dès la fin des années 20, des Allemands ont combattu le nazisme ; leur lutte s’est poursuivie pendant les douze années de dictature hitlérienne. Certes, les résistants allemands venaient de tous les milieux politiques, religieux et sociaux, mais ils ne furent qu’une minorité à combattre le nazisme, isolés et rejetés dans leur propre pays, et cherchant souvent en vain du soutien à l’étranger.

La plupart des résistants allemands ont payé de leur vie leur combat contre le nazisme. Mais le soulèvement de ces consciences allemandes a contredit la prétention nazie de l’identité totale entre le national-socialisme et le peuple allemand. Parmi eux nous allons prendre un seul exemple, celui de la Rose Blanche, mouvement composé majoritairement de jeunes intellectuels qui osent se lever contre la barbarie nazie. Le mouvement a un triple caractéristique : en apparence, il n’est guère spectaculaire : avoir rédigé et diffusé six tracts entre juin 1942 et février 1943 et avoir écrit des slogans sur les murs de Munich. Il regroupe de jeunes étudiants chrétiens, dont les motivations premières sont d’ordre religieux et culturel.

Sans que ce fondement s’essouffle, il faut souligner d’emblée que les membres du groupe sont aussi des analystes de la situation internationale, dont l’évolution entre l’été 1942 et février 1943 souligne à leurs yeux l’urgence de mettre fin à la guerre : la terreur totale à l’intérieur et la guerre totale à l’extérieur accroissent à un point insupportable le discrédit de l’Allemagne et la menace pour la civilisation occidentale, tandis que la défaite qui se profile peut ouvrir les yeux de leurs concitoyens. Il bénéficie très tôt d’une forte notoriété : dès juin 1943, Thomas Mann lui rend hommage à la BBC et durant l’été 1943 l’aviation anglaise jette sur le Reich un million d’exemplaires du dernier tract.

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 Hans Scholl, qui avait 14 ans et demi début 1933 et habitait alors Ulm, ne fut d’abord pas insensible à l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Mais assez vite, Hans prit ses distances avec le national-socialisme puis rompit, aidé par ses parents. Il étudia les philosophes anciens. Il lut les premiers penseurs chrétiens.

Recevant début 1942 des tracts reproduisant des critiques de l’évêque de Münster, von Galen, à l’encontre du gouvernement, il décida d’entrer dans le courant de résistance par l’écrit.

Sa rencontre et son amitié avec deux étudiants en médecine âgés de 25 et 23 ans : Alexander Schmorell  et Christoph Probst l’y aidèrent. Un quatrième étudiant en médecine, Willi Graf les rejoignit. Avec la sœur de Hans, Sophie, née en 1921, et le professeur Huber de l’université de Munich, ils allaient constituer le noyau dur de la Rose blanche. Tous étaient issus de familles bourgeoises, marquées par le christianisme mais de culture politique variée. Tous étaient profondément croyants, mais d’appartenance confessionnelle diverse.

Tout commença en juin 1942. Hans Scholl et Schmorell décidèrent d’appeler à la résistance contre le régime : en quinze jours, ils rédigèrent et diffusèrent quatre tracts, signés la Rose blanche. Ces textes s’adressaient surtout à leurs condisciples étudiants de l’université de Munich, les invitant à une réflexion sur les valeurs et à la révolte contre l’Etat qui les bafouait, les pressant d’assumer leur responsabilité.

Les tracts furent diffusés de manière artisanale (distribués de la main à la main, adressés par la poste, mis dans des boîtes aux lettres, déposés chez des restaurateurs), surtout par Hans Scholl et Schmorell, aidés de Sophie, de Probst et d’une amie de Hans Traute Lafrenz. Le petit groupe comptait sur la démultiplication par les destinataires.

La seconde phase correspondit à la préparation et à la diffusion du cinquième tract. Willi Graf avait participé à l’invasion de 1941-1942 et avait été témoin des atrocités qui l’avaient accompagnée. De leur côté, Scholl et Schmorell avaient passé trois mois sur le front russe, constatant le traitement infligé aux juifs. Tout ceci conduisit le groupe à une double évolution. Tout en restant ancrés dans les fondements éthiques des origines, ses membres adoptèrent une vision globale et des prises de position politiques, nourries d’échanges sur l’aménagement politique et social à mettre en place après guerre. D’autre part, ils estimèrent qu’il fallait s’adresser plus largement au peuple allemand. Le réseau d’universités où ils avaient des contacts s’étendit.

C’est en janvier 1943 que le cinquième tract fut rédigé. Il était intitulé Tract du mouvement de résistance en Allemagne, ce qui traduisait les ambitions de ses auteurs. On pense que 6 à 9 000 exemplaires furent diffusés, non sans prendre de grands risques : les Scholl allèrent jusqu’à en laisser à la gare centrale de Munich, dans les rues, sur les voitures en stationnement

Dans la troisième phase, on en vint en février 1943 à écrire des slogans sur les murs et à rédiger le sixième tract. Le sixième texte s’adressa directement aux étudiants, qu’on estimait désormais plus sensibles. Le tract commenta la défaite de Stalingrad, condamna les méthodes nazies, invita la jeunesse à se mobiliser contre le régime, comme l’avaient fait leurs prédécesseurs en 1813 contre la domination napoléonienne.

Le 18 février, gagnés par l’impatience, les Scholl s’affichèrent à l’université, allant jusqu’à lancer des exemplaires du sixième tract dans la cour depuis le deuxième étage. Ce geste, probablement causé par une extrême tension physique et psychologique, causa leur perte : le concierge les vit et les dénonça. La vague des arrestations s’enclencha. Le 22 février, le Tribunal du peuple régla le sort de Sophie et Hans Scholl et de Christoph Probst en trois heures : ils furent aussitôt exécutés. Au total, 16 Allemands payèrent de leur vie leur participation aux activités du mouvement, soit par exécution soit par envoi en camp et décès consécutif.

Autres titres

Le Courrier de l’air distribué par la R.A.F.

Le Populaire Organe du Comité d’action socialiste Socialisme et Liberté; 35 numéros à partir de début 1942

Résistance

L’Insurgé Journal du P.S.O.P. de la région lyonnaise; 26 numéros à partir de 1942

La Vérité Organe communiste révolutionnaire (trotskiste)

Fraternité, J’Accuse, Combat médical, Lumières et Clarté, Organes du Mouvement National contre le Racisme, ancêtre du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples

Notre Voix, Notre Parole, Droit et liberté, La Voix de la Femme Juive, journaux de la Section Juive de la M.O.I. (communistes)

Unzer Wort (Notre parole), Solidaritet (Solidarité), Le Travailleur Juif, journaux juifs en yiddish de la M.O.I.

Jeune combat, En avant, Résister, journaux de jeunes Juifs de la M.O.I.

Messages

La Main à plume

La France Continue, journal chrétien fondé en 1941

La presse de la Résistance dans la Vienne

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Max, pur et bon compagnon de ceux qui n’avaient foi qu’en la France. A su héroïquement mourir pour elle. Charles De Gaulle.

Dans les rapports parfois conflictuels qu’il eut avec certains dirigeants de la Résistance, il apparut comme un homme d’Etat ayant une compréhension géopolitique lui permettant d’apprécier la situation de l’époque dans toutes ses dimensions. Il savait écouter et n’imposa jamais son point de vue, que seule, sa force de conviction conduisait son interlocuteur à partager. Quelles qu’aient été les appréciations portées sur le rôle de Jean Moulin, jamais personne ne mit en doute la force et la sincérité de ses convictions. C’était un homme respecté, et sa foi dans l’avenir du pays et de la République vint à bout des Résistances les plus opiniâtres.

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Le 18 août au matin Paris se réveille sans journaux, la Radio Nationale a interrompu ses émissions la veille. Les chefs F.F.I s’adresseront à la population par voie d’affiches placardées sur les murs de la capitale ou par tracts distribués dans la rue. Le lundi 21 août les Parisiens peuvent découvrir les nouveaux journaux de la Libération, réduits à une feuille imprimée recto verso pour cause de rationnement de papier. L’actualité est dense, on peut y lire des listes de blessés et de tués, des appels à l’insurrection et à la lutte, la relation des combats dans la ville, la recette du cocktail Molotov, des conseils pour construire une barricade et se livrer aux combats de rues, des renseignements sur les coupures de gaz et la reprise du métro, les premières arrestations de collaborateurs, des menaces envers les pillards, des avis de recherches et assez vite les premières rencontres sportives et les résultats des courses à Longchamp.

Les journaux sont vendus, souvent distribués, par des volontaires qui ne craignent pas d’affronter le danger. L’occupant est toujours là, malheur à qui le croise, René Verdière, de Suresnes, est arrêté le, 23 août dans la matinée, devant le métro Cadet, rue La Fayette. Ses journaux sont déchiré, il est amené au Bois de Boulogne et immédiatement fusillé. La Coopérative des porteurs de journaux prendra sa veuve en charge et demandera que lui soit attribué un kiosque à Paris.

Âgé de 25 ans, Georges Lafont, membre du groupe F.F.I Lyautey et diffuseur bénévole, est mortellement blessé boulevard Exelmans et décède le 25 août à l’hôpital Ambroise Paré. Roger Gautre, ouvrier tourneur de 19 ans, est capturé dans les rues de Stains dans la nuit du 25 au 26 août alors qu’il transporte de nombreux exemplaires du journal l’Humanité. Frappé violemment et entraîné dans une ruelle, il est fusillé aussitôt.

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5 août 2014

EDMOND MICHELET ET LE MOUVEMENT COMBAT

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 3 h 20 min

Edmond Michelet, décédé en 1970 fut l’un des premier Résistants de France et la ville de Brive-la-Gaillarde, ou il habitait avec sa femme et ses sept enfants, fut certainement celle qui bascula à peu près tout entière dans la Résistance à l’envahisseur. L’un des fils d’Edmond Michelet raconte, ce que fut l’œuvre clandestine de son père et comment, après une action vigoureuse qui se prolongea pendant plus de deux années, il fut arrêté par la Gestapo.

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Edmond Michelet décéda au mois d’octobre 1970. Dans sa résidence de Marillac, près de Brive, des suites d’une congestion cérébrale. Il occupait, à l’époque le poste de ministre des Affaires culturelles. Il y avait succédé à André Malraux. Le portrait a été pris peu de temps avant sa mort. Edmond Michelet a survécu à Dachau.

Sept heures moins le quart du matin. En ce mois de février, la nuit est encore complète. La ville de Brive dort. Dans les rues désertes, obscures, silencieuses, exceptionnelles sont les voitures; les réquisitions, la pénurie de carburant et de pneus, ont vidé pour un temps les artères de la ville. Le quartier Champanatier, déjà très calme avant-guerre est plus que jamais engourdi dans le silence.

Comme tous les matins, Mme Hyllaire s’est levée tôt. Bientôt, elle préparera le petit déjeuner de son fils qui dort avec ses secrets; elle le devine plus qu’elle le sait. Soudain elle tressaille. Quelle est cette voiture qui passe dans la rue? Elle tend l’oreille. Une voiture? Non, plusieurs qui bourdonnent, moteur au ralenti. Alors elle comprend, elle sait que dehors les autres préparent une rafle. Pour qui sont-ils là? Pour qui cernent-ils le quartier? Pour son fils qui dort dans la pièce à côté? Pour Edmond Michelet qui habite à deux pas de là? Pour les deux à la fois sans doute! Mme Hyllaire sait bien qu’un lien unit les deux hommes. Son fils n’est pas très bavard mais elle a compris que certaines des occupations relèvent du terrorisme, comme disent les Vichyssois. Une voiture passe lentement devant la maison. Mme Hyllaire éteint la lumière, se précipite jusqu’à la fenêtre qu’elle entrouvre. La Citroën prend la direction de la rue Champanatier, la rue des Michelet. Oui, c’est bien la rafle. Alors elle bondit jusqu’à la chambre de son fils.

Gaston! Réveille-toi. Ils sont chez Michelet!

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Brive la Gaillarde, patrie d’Edmond Michelet, a ses petites rues, ses placettes pratiquement désertes mais qui s’animent aux soirs d’été, avec ses antiques voitures à chevaux.

Son fils comprend aussitôt, la clandestinité a affûté ses réflexes. Il s’habille à la hâte, embrasse sa mère : Tu leur diras que tu ne ma pas vu depuis longtemps et que tu ne sais pas ou je suis! Déjà il est dans le garage, il charge son vélo sur ses épaules et sort sans bruit dans le jardin. Il ne peut fuir que par-là puisque les autres surveillent toutes les rues du quartier. Le jardinet des Hyllaire communique avec ceux des voisins. Le fugitif saute les clôtures et disparaît dans la nuit. Quand la Gestapo arrivera chez lui, un peu plus tard, Gaston Hyllaire, dit Léonie pédale dans la nuit. Il pense qu’Edmond Michelet est pris, que le mouvement Combat de la Région 5 n’a plus de chef, mais que lui, Léonie adjoint de Michelet Duval, va prendre la suite pour que continue l’aventure commencée voici bientôt trois ans.

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Au Congrès eucharistique de Munich, un pèlerinage expiratoire se déroule à l’ancien camp de concentration de Dachau. La chapelle édifiée au centre du camp est dédiée àl’Agonie du Christ. Mgr Neuhausen, ancien prisonnier de Dachau, la bénit. M. Edmond Michelet, alors garde des Sceaux assiste à la cérémonie.

Brive, une halte sur les routes de l’éxode

17 juin 1940, C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut  cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à chercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’obéir qu’à leur foi dans le destin de la Patrie.

Edmond Michelet éteignit le poste de radio et étouffa ainsi la voix un peu chevrotante du vieux maréchal. Ainsi donc il fallait cesser le combat! Et non content de demander à tous de déposer les armes, le chef du Gouvernement osait parler d’honneur! Edmond Michelet sentit soudain tout le poids de la fatigue accumulée depuis des mois, depuis qu’il avait accepté de diriger le Secours National, organisation qui s’occupait d’héberger et de nourrir des réfugiés et des convois militaires.

   Père de sept enfants, donc définitivement éloigné du service armé. Edmond Michelet, pourtant déjà très pris par sa profession d’agent commercial et ses multiples activités sociales et culturelles, n’avait pas hésité à assumer la responsabilité du Secours National de Brive; elle lui permettait de servir pacifiquement le pays et de ne pas rester passif au milieu de la tempête. Il n’était pas étonné par l’annonce de la défaite. Le passage des milliers  de fuyards dont il avait assuré le gîte, lui avait ouvert les yeux et fait comprendre l’ampleur de la catastrophe. Avant eux, et au fur et à mesure de l’avance ennemie, il avait discuté avec des Alsaciens, des Lorrains, des Belges, et des Luxembourgeois. Mais désormais, ce ne serait plus des hommes, des femmes et des enfants apeurés, transis et affamés qu’il faudrait recevoir, ce serait des vainqueurs bien nourris, sûrs d’eux et de leur force, pleins de morgue, qui imposeraient au pays vaincu les principes du système nazi. Edmond Michelet n’ignorait rien du sort qui attendait la France. Il avait déjà hébergé et fait fuir des catholiques allemands et autrichiens et ceux-ci lui avaient brossé en connaisseurs le sombre tableau de l’hitlérisme. Edmond Michelet, catholique pratiquant, voyait entre autres, dans le nazisme l’ennemi redoutable de la liberté, donc du christianisme. Si des catholiques s’étaient expatriés, avant même que n’éclatât la guerre, c’est bien la preuve que, quoi qu’aient pu dire un Daladier ou un Chamberlain, l’entente avec Hitler était impossible pour ceux qui croyaient à la dignité humaine. Désormais, il allait falloir courber la tête et se plier aux exigences d’un dictateur.

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Affiche du maréchal Pétain

La première feuille clandestine de France

Aussi pas un seul instant, il n’envisagea d’obéir à la demande que le maréchal Pétain vienne d’adresser à la France en ce 17 juin 1940. Ne pas obéir est une chose, désobéir en est une autre. On peut ne pas obéir en faisant la sourde oreille et en restant inerte, mais pour désobéir il fau aller à l’encontre de l’ordre reçu. Le maréchal demandait de déposer les armes, Edmond Michelet décida non seulement de n’en rien faire mais encore de se servir, et plus une jamais, de toutes ses armes, morales et spirituelles, s’entend, il lui parut impensable qu’on pût s’avouer vaincu avant d’avoir usé toutes ses forces et il était impossible que le pays tout entier fût affaibli au point de ne pouvoir résister davantage. Il en voulait come preuve sa propre réaction. Certes, il était plein de tristesse et d’amertume, certes il se sentait abattu, mai Grand Dieu! Pas encore suffisamment pour ouvrir sa porte à l’ennemi. Et si lui se sentait ainsi poussé à relever la tête et à refuser la défaite, il ne faisait aucun doute que, dans le pays, d’autres hommes partageaient son état d’esprit. La France millénaire ne pouvait du jour au lendemain, cesser d’être la France pour satisfaire aux ambitions d’un Autrichien mégalomane. Dans sa mémoire chantèrent soudain les paroles de Péguy, ce Péguy qu’il admirait tant et dont il connaissait, par cœur, tant de poèmes et c’est à son œuvre qu’il emprunta des citations pour composer un tract propre à faire naître l’esprit de résistance chez les Brivistes.

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Au pèlerinage des Prisonniers et Déportés. À Lourdes. M. Edmond Michelet, alors ministre des Armées, assiste à la messe des dix-sept autels, présidée par Mgr Puquet, ancien camarade de déportation.

Mais pour mener à bien ses projets, il avait besoin de complices. Oui il s’agirait bien de complices puisqu’ils accompliraient un acte rendu délicieux par la seule déclaration du maréchal Pétain.

Depuis plusieurs années, Edmond Michelet dirigeait un groupe d’équipes sociales ou se pressaient surtout des jeunes ouvriers avides d’acquérir, ou de parfaire, une formation intellectuelle ou professionnelle. Il connaissait bien des sentiments de certains de ses équipiers et savait trouver en eux les hommes qui le seconderaient. Il se tourna aussi vers un de ses amis qui l’aidait dans l’animation des équipes, Antoine Mérignac, alors professeur au lycée de Brive, qui fut un des premiers à répondre à son appel. Vinrent aussi de jeunes hommes comme Vidal, Bourdelle, Soulingeas, Ils travaillaient presque tous à la S.N.C.F. ou ils menèrent, plus tard, un combat plus rude et plus dangereux que ce premier acte clandestin de résistance du 17 juin 1940. Ils se rassemblèrent au numéro 4 de la rue  Champanatier, domicile d’Edmond Michelet, Celui-ci leur expliqua ce qu’il compta faire et tous furent unanimes pour lui venir en aide. Alors se posa le problème de l’impression du tract. Il était impossible de se rendre chez le premier imprimeur venu car déjà, il  fallait être prudent! Ils décidèrent alors de s’adresser à M. Frédéric Malaure qui était digne d’être mis dans la confidence. M. Malaure n’étai pas imprimeur, mais vendait des machines à écrire et à polycopier et devait donc savoir s’en servir. Il apporta son concours sans hésiter, ce fut donc lui qui édita la première feuille clandestine de France.

Des cachets et des tampons plein les poches

Edmond Michelet et sa poignée d’amis attendirent la nuit pour glisser dans les boîtes aux lettres, et partout ou ils le jugèrent bon, le texte de Péguy. Déjà, le général de Gaulle n’était plus le seul à vouloir poursuivre la lutte. Ce premier acte de Résistance n’eut pas un grand retentissement, mais il démontra aux Brivistes qui prirent connaissance du tract que certains Français refusaient la défaite, avant même l’appel du 18 juin, un petit noyau d’hommes, qui voulaient résister par tous les moyens, était formé. On est amené à penser, alors, comme le colonel Rémy, qu’il n’y a pas de coïncidence, que tout est lié et qu’un acte découle d’un autre, ce qui expliquerait que Brive, première ville résistante de France, fut aussi la première à se libérer par ses propres moyens, le 15 août 1944.

Le premier tract une fois diffusé, Edmond Michelet et ses comparses (moins d’une dizaine) décidèrent de ne pas s’arrêter en si bonne voie. Ils comprirent cependant que, faute de moyens et pour un temps, ils devraient se contenter de réitérer l’opération tract  ce qu’ils firent en juillet et d’inscrire quelques slogans vengeurs sur les murs de la ville ou sur les wagons. C’était peu et quoique dangereux, presque puéril mais suffisant pour entretenir la flamme et attirer aussi les sympathisants. Le petit groupe s’étoffa peu à peu et se baptisa : Liberté. L’année 1940 s’achevait. Edmond Michelet décida très tôt de compartimenter au maximum son équipe. Il voulait éviter qu’un bavardage imprudent ou une confidence de l’un des membres ne déclenchât la réaction en chaîne qui anéantirait toute l’organisation car déjà Vichy veillait. Très prudent pour les autres, il assuma en revanche tous les risques. Pas un instant il ne cessa d’héberger les Juifs ou les Allemands qui lui demandèrent asile. Ainsi dut-il un jour prendre en charge seize intellectuels allemands que traquaient les nazis. Ces hommes et ces femmes avaient besoin de faux papiers; dépourvus, ils étaient à la merci du premier contrôle d’identité. Il décida de pallier cet état de chose et se rendit à la Préfecture. Une fois dans la place, il parvint à voler les cachets dont il avait besoin pour établir les fausses cartes d’identité et les faux passeports. Il revint de Tulle les poches pleines de tampons et put, grâce à ce larcin, donner une identité à ceux qui en avaient besoin.

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M. Edmond Michelet recevant, en février 1968, il est ministre d’Etat, le général Abdel Rahman Aref, chef de l’Etat irakien, qui vient d’arriver à Nice en voyage officiel.

Des imprudences calculées

La logique voudrait qu’un homme qui choisit de travaillé dans l’illégalité fasse son maximum pour que nul ne puisse soupçonner son rôle clandestin. Non content d’organiser des actions subversives, de colporter les nouvelles de la radio anglaise, de se plaindre de ne pouvoir rejoindre le général de Gaulle, il s’offrit le luxe de mener au grand jour sa petite campagne patriotique. Ainsi par exemple, décida-t’il d’intervenir lorsqu’il constata, au début de juillet 1940, que le buste de Marianne avait disparu dans de nombreuses mairies de la Corrèze. Partout ou cela se révéla nécessaire, il exigea la remise en place immédiate du symbole de la République trop vite enterrée. De telles démarches ne passèrent pas inaperçues, aussi, très tôt, fut-il considéré comme un farouche opposant au régime de Vichy.

 Lorsqu’il fut arrêté en février 1943, il abonda dans le sens de l’accusation et reconnut, bien volontiers, être l’auteur de toutes ces peccadilles qui, expliqua-t-il, donnaient bien la preuve de son innocence en matière de vraie Résistance. En effet, dit-il aux enquêteurs, si comme vous l’affirmez, j’étais responsable d’un mouvement clandestin, me croyez-vous assez stupide pour me faire remarquer par toutes ces petites actions sans conséquences? Non, certainement pas! Si j’étais celui que vous cherchez, je me serais tenu coi, c’est élémentaire! Cette argumentation n’était pas sans finesse; il était en effet peu normal qu’un terroriste chef de mouvement ait pris le risque d’attirer aussi bêtement l’attention sur lui comme le faisait le suspect Michelet depuis juin 1940. Car en sus de ses récriminations aux maires, om pouvait aussi mettre à son actif plusieurs lettres de protestation qu’il avait envoyées aux journaux et dans lesquelles il n’avait pas mâché ses mots, Nul n’ignorait non plus qu’il avait témoigné en faveur d’un jeune communiste poursuivi et traduit devant le tribunal de Périgueux. De plus, de nombreux Brivistes pro-Allemands pouvaient rapporter les propos virulents qu’il ne s’était pas privé de tenir en public. La Gestapo n’ignorait rien de tout cela et peut-être pensa-t-elle qu’un individu aussi inconscient était incapable d’assumer les responsabilités de chef du mouvement Combat de la Région 5. Il n’est donc pas impensable de croire que sa folle témérité et ses écarts de langage lui évitèrent le poteau d’exécution.

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Coupures de journaux Français ainsi que des tracts de la Résistance

Très imprudent par certains côtés, il usa pourtant d’une grande circonspection pour établir le contact avec ceux de chez qui il espérait trouver des sentiments analogues aux siens. En effet, le groupe Liberté ne lui suffisait plus, il rêvait d’élargir son champ d’action. Mais pour cela, il fallait sortir du cadre de Brive et même du département. Il comprit que le ciel lui venait en aide lorsqu’une lettre, anonyme, mais dont il reconnut l’auteur à son écriture, lui rappela les idées débattues jadis par ceux qui animaient la Démocratie chrétienne. La missive était  de François de Menthon et c’est par lui qu’il put entrer en relation avec ceux qui, partout en France, luttaient eux aussi.

L’initiation au terrorisme

Il avait lui-même milité dans la Démocratie chrétienne et connaissait bon nombre de ces hommes qui, comme lui, résistaient. Il était l’ami du père Maydieu, d’Étienne Borne, de Pierre-Henry Teitgen et de quelques autres, dont Georges Bidault. Alors se nouèrent les contacts qui, en 1941, permirent l’entrevue Frenay-Michelet. Henry Frenay qui créait le mouvement Combat  à l’échelon national, voyant le groupe Liberté  bien structuré et déjà efficace, décida de confier à Edmond Michelet la responsabilité de la Région 5 qui couvrait les départements de la Corrèze, du Lot, de la Dordogne et de la Haute-Vienne. A compter de ce jour, Edmond Michelet se débaptisa au profit du pseudonyme Duval. Il nomma aussitôt ses adjoints, MM.Baillely, Mérignac, Biberson, Faure et veilla à que ceux-ci bien que se connaissantm ignorent les tâches confiées à leurs complices. Le groupe Liberté  disparut et céda la place au mouvement Combat. Dès lors, les activités prirent une autre ampleur. D’une part se développa toute la presse clandestine grâce à la diffusion des journaux Combat et Liberté et à l’édition du manuscrit de Jacques Maritain : A travers le désastre. D’autre part se créèrent les petits groupes francs dont le premier but fut l’intimidation des Français trop complaisants à l’égard de Vichy. Edmond Michelet confia à son cousin le bijoutier André Delon, la responsabilité de ses groupes; il lui demanda, dans un premier temps, de borner ses actions à des seuls avertissements propres à inquiéter ceux que l’on nommait déjà des collaborateurs et à prouver à la population que, en dépit des affirmations de Vichy, une organisation clandestine agissante existait.

Pendant toute l’année 1941, le mouvement Combat  développa son implantation dans la zone sud encore inoccupée. Des responsables furent nommés pour donner le maximum d’efficacité à l’action clandestine orientée vers plusieurs formes d’action. Certaines équipes se spécialisèrent dans l’action directe (bombes et premiers sabotages), d’autres dans la propagande, d’autres enfin dans l’impression de tracts et journaux.

Ce fut l’époque ou Edmond Michelet hébergea de curieux clients, personnages dont le courtier assermenté n’avait que faire, mais que Duval recevait à bras ouverts. Ainsi Pierre Brossolette, Jacques Renouvin, Berthie Albrecht (La secrétaire d’Henry Frenay), Jean-Guy Bernard, l’abbé Charles Lair, bien d’autres encore qui, presque tous, n’eurent pas la joie de célébrer le 8 mai 1945. Pierre Brossolette se tua en cherchant à s’évader, Renouvin, Jean-Guy Bernard, l’abbé Lair moururent en déportation ou furent fusillé Berthie Albrecht fut décapité à la hache. Tous ceux-là passèrent au 4 de la rue Champanatier. Avec Renouvin commença l’ère du plasticage du vrai. Responsable national des groupes francs, il multiplia les expéditions punitives contre les collaborateurs; il donna le nom de  kermesse  à ses séances nocturnes. Mais qu’il s’agisse de ces kermesses un peu spéciales, du recrutement de sympathisants, de diffusion de journaux, tout dut être organisé pour préserver le secret dont dépendaient le sort du mouvement et la vie de ses animateurs. La stricte prudence observée dans les contacts fut efficace elle réduisit plus tard la portée des rafles de la Gestapo et sauva même la vie d’Edmond Michelet. C’est ainsi que Schneider, qui vendit le mouvement Combat, fut incapable de le reconnaître ni de donner son vrai nom.

Un colonel allemand d’origine corrézienne

Là encore, ce fut pour répondre à l’appel de Londres qu’Edmond Michelet et ses amis organisèrent cette mémorable cérémonie. Ils commencèrent par faire imprimer des milliers de tracts invitant la population à se rendre, le 11 novembre à 18 heures, devant le monument aux morts pour assister au dépôt d’une gerbe. Les tracts étaient distribués lorsque Londres, apprenant l’entrée des Allemands en zone Sud, décida d’annuler toute manifestation. Trop tard, les Brivistes étaient prêts. Edmond Michelet et ses amis comprirent qu’ils ne pouvaient plus reculer et cela d’autant moins que les autorités venaient d’interdire toute forme de rassemblement. Ils décidèrent donc d’agir comme si de rien n’était, comme si nul cordon de police n’était là pour fermer l’accès au monument aux morts, comme si les Allemands n’étaient pas aux portes de la ville. Les citoyens firent de même et vers 17 heures, les rues et les boulevards conduisant au lieu de rendez-vous étaient noirs de monde. Déjà des cris fusaient en direction des forces de l’ordre, déjà ça et là, on fredonnait la Marseillaise, déjà on envoyait Laval au poteau. La foule grossit et devint de plus en plus agressive envers les gardes mobiles qui protégeaient toujours les abords du monument. Vers 18 heures éclatèrent quelques brèves bagarres et c’est à ce moment que la colonne Allemande déboucha au sein même de la manifestation. Unique sans doute fut la ville ou les Allemands furent reçus aux cris de Vive de Gaulle, Vive la Résistance, Vive la France! Et ou ils durent en guise de chant d’accueil, entendre la formidable Marseillaise que lancèrent des milliers de gorges. Il y eut aussi des heurts, des motocyclistes se firent gifler, d’autres furent jetés par terre. Malgré cela, les troupes Allemandes ne réagirent pas; elles laissèrent aux policiers le soin de retenir, non sans peine, la colère des Brivistes qui, furieux, organisèrent un défilé sur les boulevards. Le calme ne revint que plus tard dans la soirée et, comme il avait été prévu, et malgré les barrages de police, une gerbe fut déposée au pied du monument aux morts.

Pour saisir l’attitude passive de l’envahisseur, il faut savoir que le colonel qui commandait les troupes était un certain Von La chaud, lointain descendant de huguenots émigrés, natifs de la Corrèze. Peut-être ne voulut-il pas mater une population dont il se sentait proche, mais il se rattrapa ensuite. D’ailleurs, et dès le lendemain, plusieurs manifestants furent arrêtés. La ville entière fut désormais suspecte aux yeux de l’envahisseur qui confia à sa Gestapo la charge de la débarrasser de ses brebis gaullistes, donc galleuses.

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En décembre 1958, M. Edmond Michelet commente la victoire des L’U.N.R. devant les journalistes.

La Gestapo perd la première manche

L’envahisseur de la zone Sud compliqua beaucoup le travail clandestin. La Gestapo, à peine installée, se montra plus tenace et plus efficace que la police de Vichy. Néanmoins, Edmond Michelet persista à suivre la ligne qu’il s’était tracée, mais il sut bientôt que de lourds soupçons pesaient sur lui. Certes, il faisait maintenant tout pour donner le change, mais il en était au point ou bien rares sont les ruses qui peuvent encore tromper l’enquêteur. Vint le temps ou l se sentit épié, suivi et ou il dut prendre les plus invraisemblables précautions afin d’honorer ses rendez-vous. Ainsi un jour où il était dans l’obligation de contacter directement son cousin André Delon il dut, pour justifier sa visite dans la bijouterie, acheter la première bricole qui lui tomba sous la main (un affreux confiturier en pseudo-porcelaine). Cela lui permit de ressortir du magasin en portant, ostensiblement, le petit paquet alibi. Mais trop d’actions terroristes excitaient la hargne des vainqueurs pour que ceux-ci relâchent leur attention et soient dupes d’un tel procédé. En effet, André Delon et ses groupes francs entretenaient au mieux un climat d’insécurité : poteaux indicateurs inversés qui expédiaient les véhicules allemands dans de fantaisistes directions, paquets de journaux clandestins déposés dans la boîte aux lettres du commissariat de police; enfin, en pleine ville de Brive, c’était le jeune Champeval qui semait la perturbation en sabotant les câbles téléphoniques. Placée dans un tel climat, la Gestapo se devait de frapper un grand coup. Il fut désastreux pour le mouvement Combat  qui, le 29 janvier 1943, vit arrêter vingt de ses membres et non des moindres puisque furent pris, entre autres : Renouvin, André Delon (qui ne Revin pas de la déportation), André Faure (alors chef régional de la propagande) Roubinet Madelrieux et Jarasse (responsables de Tulle ret d’Ussel).

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Le 14 juillet 1958 : le général de Gaulle, ayant à ses côtés M. Edmond Michelet, ministre des Anciens combattants. S’adresse aux vétérans et aux jeunes d’Algérie rassemblé à Vincennes. C’est encore au temps de l’Algérie Française.

Dans l’étendue du désastre, Henry Frenay demanda alors à  Duval de fuir au plus vite et d’aller se cacher à Montpellier ou, une fois oublié, il prendrait la place de P.H. Teitgen obligé, lui aussi de changer de secteur. Mais Edmond Michelet ne pouvait quitter Brive en laissant derrière lui sa femme et ses sept enfants, il ne ses serait jamais pardonné cet abandon de poste. Il refusa de partir et entreprit de réorganiser le mouvement. Il savait devoir agir rapidement, il se considérait en sursis et s’étonnait d’être encore libre. L’avertissement qu’il reçut le 2 février le renforça dans la conviction que l’heure des menottes était proche.

Ce soir-là, Edmond Michelet présidait une conférence à laquelle assistaient de nombreux agents commerciaux de la zone Sud. La séance était déjà avancée lorsqu’elle fut interrompue par l’arrivée de la police allemande. L’officier fit savoir qu’il venait pour procéder à l’arrestation d »Edmond Michelet. Celui-ci se piquant d’audace, prit la chose de très haut; loin de se laisser emmener, il attaqua :

Messieurs, dit-il, le droit international, les lois françaises et allemandes s’opposent à mon arrestation. M. le Maire et ses conseillers, qui sont là, vous diront que cette arrestation est illégale puisqu’elle se déroule dans un établissement public!

L’officier, interloqué, bafouilla quelque peu, puis se reprit, il ne comprit pas pourquoi la salle croula de rire lorsqu’il eut déclaré :

Ah? On ne m’avait pas dit que c’était ici la maison publique.

Mais les farces courtelinesques n’étaient pas de mise en 1943, la Gestapo prisait peu l’humour et Edmond Michelet fut conduit jusqu’à la Kommandantur. Il prit soin de se faire accompagner par le maire et nombreux furent aussi les amis qui lui emboîtèrent le pas. Les autorités allemandes comprirent sans doute qu’une arrestation aussi peu discrète risquait de réveiller la colère de ces Brivistes, dont il fallait se méfier, le 11 novembre n’était pas loin.Et Edmond Michelet fut relâché, il était trop connu, trop populaire, son arrestation devait être moins spectaculaire, elle le fut.

Juden? Non ce sont mes enfants

L’heure du laitier. Ainsi Edmond Michelet dans son livre, Rue de la Liberté, baptisa-t-il l’heure de son arrestation. Il était environ 7 heures et il achevait sa toilette. Il avait déjà enfilé son pantalon et, une veste de pyjama, une serviette autour du coup, il se rasait. Comme tous les jours il serait prêt pour la messe de 7 heures et demie à Saint-Cernin. Sa femme préparait les petits déjeuners. Dans la chambre, ses trois derniers fils chahutaient dans le grand lit; ils s’y nichaient tous les matins dès que les parents l’avaient déserté. Edmond Michelet n’entendit pas la voiture de la Gestapo car, profitant de la rue en pente, elle glissa et s’immobilisa sans bruit devant la maison. Il n’entendit pas non plus la courte scène qui se déroula au rez-de-chaussée quand les policiers allemands se heurtèrent à Mme Michelet et à la femme de ménage. Elles tentèrent de retenir les Policiers, mais elles furent bousculées. L’un des hommes voyant que Mme Micheket se préparait à téléphoner (elle voulait alerter la sous-préfecture), lui arracha l’appareil des mains et débrancha les fils. Puis ils exigèrent qu’elle les conduisit jusqu’à son mari. Celui-ci finissait de se raser lorsque les quatre individus, en cirés noirs et chapeaux mous se précipitèrent dans la chambre.

Vous êtes Edmond Michelet? On vous arrête, annonça l’un d’eux.

Puis il aperçût le grand lit ou, apeurés, se pressaient les enfants. On ne prête qu’aux riches, aussi l’homme de la Gestapo pensa-t-il faire coup double et ouvrant le lit, il interrogea :

Jugen?

Non, ce sont mes enfants, dit Edmond Michelet.

Bon, dépêchez-vous on vous emmène.

Il lui laissa à peine le temps de finir de s’habiller, puis ils l’encadrèrent et le poussèrent dehors ou il faisait encore nuit et froid. Opération réussie car discrète. Michelet était pris. Maintenant il allait devoir fournir quelques explications.

La voiture démarra. Elle prit la direction de l’hôtel Terminus ou siégeaient alors ces messieurs de la Gestapo. C’était le 25 février 1943.

PERSONNAGES DE LA RÉSISTANCE

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 3 h 10 min

PERSONNAGES DE LA RÉSISTANCE dans RÉSISTANCE HISTORIQUE artfichier_729028_1782014_201302175626173

René Chabasse (1921 – 1944)

Traqué par la Gestapo, René CHABASSE est arrêté le 21 février 1944 à Angoulême et abattu par une sentinelle allemande lors de sa tentative d’évasion.

Pierre Chabasse (1925 – 1945)

Nommé sergent, il est tué à la tête de ses hommes devant le point d’appui de Brie (Charente-Maritime), le 14 avril 1945.

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André Chabanne (1914 – 1963) Il meurt le 12 février 1963.

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Claude Bonier (1897 – 1944)

Arrêté sur dénonciation à Bordeaux par la gestapo, le 9 février 1944, Claude BONNIER se donne la mort à l’aide d’une capsule de cyanure.

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Jacques Nancy (1912 – 1987)

Il décède le 10 juillet 1987, à Salon de Provence (Bouches du Rhône).

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Bernard Lelay (1911-1975)

Il meurt en 1975 à Bagnolet.

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Jean-Pierre LevyFausse carte d’identité remise à Jean-Pierre Lévy à Londres

1910-1996

Il est décédé en 1996.

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Jean-Louis Cremieux-Brilhac 1917-

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Yves Guena 1922-

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Stéphane Hessel 1917-

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René Cassin 1887- 1976

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Mort en martyr une semaine avant la reddition des troupes allemandes.

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Joseph Epstein 1919-1944

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Manouchian Missak 1906-1944

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Levy Jean-Pierre 1911-1996

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Passy (colonel) André Dewavrin 1911-1998

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Tillon Charles 1897-1993

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Delestaint Charles-Antoine  1879-1945

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Claude Lerude 1920-1945

Mort d’épuisement en 1945

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Elisabeth Torlet 1915-1944

Abattue d’une balle dans la tête

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André Maillet, dit Polyte, de la Chaussée St Victor

Responsable A.J. Blois, réseau France Liberté. Arrêté en décembre 1942, déporté, mort à Mauthausen Gusen le 6 avril 1945

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André Filloux, de Villefranche/Cher

Mort le 3 septembre 1942 à Auschwitz

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Robert Auger, de St Romain/Cher, transporteur à Blois

Membre du Comité clandestin départemental F.N. F.T.P.F. avec Lucien Jardel. Liaison blésoise avec Pierre Georges Colonel Fabien.  Arrêté en avril 1944 avec Maurice Caillard et sa femme Odette. Fusillé avec M. Caillard le 19 avril 1944 à la Chaussée St Victor. Frère de Marc Auger, fusillé le 5 mai 1942 aux Grouets. Un boulevard de Blois-Vienne porte leurs noms.

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Julien Nadeau, de Contres

Membre de Libé Nord, chef du Bureau des Opérations Aériennes (B.O.A.). Arrêté à Chateauvieux la Raberie le 2 mai 1944 avec les Cabreux et les Bourbonnais. Déporté, mort le 6 mars 1945 à Neuengamme.

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Auguste Michel, dit Fito, élève du lycée Augustin Thierry de Blois

Chef détachement F.T.P.F. Tué le 5 juillet 1944 à St Gervais la Forêt, où une stèle marque l’endroit de sa mort. Une rue de St Gervais la Forêt porte son nom.

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Hubert Jarry, dit Priam, aspirant de l’armée française

Chef du détachement Capitaine F.T.P.F. Tué le 23 juillet 1944 à Chambon/Cisse Varennes avec Robert Tanvier (Bill). Par le nombre et la qualité de ses sabotages il doit être considéré comme l’un des Résistants les plus efficaces. Ancien élève du collège Augustin Thierry de Blois.

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Yvonne Cholet, institutrice à Vendôme

Arrêtée pour propos antinazis et déportée. Morte le 23 février 1945 à Ravensbrück. Une école de Vendôme porte son nom.

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Gontran Labregère Premier fusillé charentais

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Jean-Jacques Rivière, compagnon de Gontran Labrégère déporté en février 1942

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Raymonde Capdehorat

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Georges Dussaigne 1922-

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Jacques Joly 1928-1944, 16 ans tués à Sainte- Catherine le 24 août 1944 dans les combats précédant à la Libération d’Angoulême

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Henri Borgia 1913-1944

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Armand Colard

Fusillé à La Citadelle le 7 juin 1944.

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Adrien Colard, (en haut), avec le Cdt du Refuge de Harre – St -Antoine, Antoine Bosak (Soviétique évadé)

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Cette résistante s’appelle Lydie. Remarquez son bonnet de police de fabrication artisanale: le nom Byl est brodé

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Marcel Tassin: officier de Byl. Il un cousin de Byl. Fusillé à La Citadelle de Liège le 24 mai 1944.

LA TRAGÉDIE DE GABAUDET: 8 JUIN 1944

Classé sous RÉSISTANCE HISTORIQUE — braultjeanpaul @ 2 h 34 min

LA TRAGÉDIE DE GABAUDET: 8 JUIN 1944 dans RÉSISTANCE HISTORIQUE big_artfichier_729028_1804129_201302232812390

Affiche de propagande du maréchal Pétain en début d’occupation

Avec un gouvernement à Vichy qui lui est tout dévoué, Hitler et sa puissante armée vole de victoires en succès. La France ne lui pose apparemment plus de problème, s’étant retirée du conflit avec la signature de l’armistice par le Maréchal Pétain. 

La zone dite libre  est mise à profit par les premiers éléments de résistance, encouragés par l’appel du Général de Gaulle, depuis Londres, le 18 juin 1940. La résistance à l’envahisseur sur le territoire va germer et s’accroître, alimentée en cela par l’oppression, les pénuries, les vexations.Avec l’appui et la protection des populations, elle va pouvoir s’organiser et se préparer à jouer un rôle prépondérant dans la victoire finale avec les alliés. 

La Résistance Française doit cependant se structurer en matériel, en hommes et en armement. Ces maquis composés d’hommes refusant le travail obligatoire, déterminés à ne pas se soumettre aux ordres de Vichy, mais peu ou mal entraînés, peu armés, rassemblés en petits groupes mal encadrés, recevant des instructions parfois contradictoires ou imprécises, une coordination encore mal établie, sans cesse recherchés par la Milice  et la Gestapo, maquisards la nuit, se cachant le jour, obtiennent des résultats, grâce  à la collaboration étroite et inconditionnelle d’une bonne partie de la population. 

C’est ainsi que la résistance vit, ces premières années d’occupation, dans la clandestinité, opérant embuscades, coups de main, destruction de ponts, routes, voies ferrées, opération de harcèlement déstabilisant la quiétude de l’occupant et rendant tous ces placements bien plus difficiles et incertains. Si leurs actions ont certes des effetspositifs, un certain manque de rigueur et d’organisation leur valent malheureusement de lourdes pertes et de regrettables représailles parmi la population civile.

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Le régime du Maréchal Pétain n’a plus beaucoup de crédit dans le Lot et la rupture avec le régime de Vichy est consommée depuis longtemps.

La présence de la Résistance dans le département implique une certaine complicité avec la population, ce qui a accentué depuis 1943, ce détachement à Vichy. Si la Résistance active y est minoritaire, l’aspect quantitatif n’est pas forcément déterminant : les maquis ne peuvent exister et survivre que s’ils bénéficient de complicités et de solidarités au quotidien. Placés directement à leur contact, les paysans indiquent des caches, gardent le silence lors des enquêtes de gendarmerie ou devant les G.M.R., assistent en observateurs complices à leurs implantations, et même, pour certains d’entre eux, aident à leur ravitaillement.

Le département du Lot a été un de ceux, dans le Sud-Ouest, qui a payé la plus lourde tribu de l’occupation ; les épisodes dramatiques des années 43 et 44 en témoignent. C’est aussi ce département qui a fourni le plus grand nombre de résistants, par rapport à sa population. Le bilan fût très lourd : plus de 500 victimes dont une centaine trouve la mort au combat ; 447 déportés hommes et femmes, dont 198 ne reviendront pas.

Le 8 juin 1944, la ferme de Gabaudet et le petit village de Donnadieu sont parmi tant d’autres lieux en France, le théâtre de la barbarie nazie, où résistance et population civile payèrent une lourde tribu. La ferme de Gabaudet est mise à feu et à sang par la division Das Reich  conduite par le Général Lammerding. Située au carrefour de trois chemins (Gramat, Issendolus, Reillhac), celle-ci ne sera jamais reconstruite. Un monument du souvenir y a été érigé. Quant au hameau de Donnadieu situé à 800 mètres de la ferme, en direction de Gramat, il fut, quant à lui, reconstruit après la guerre.

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La ferme de Gabaudet avant le drame (Photo figurant sur le panneau d’informations)

Cette ferme, établie sur 250 hectares, est une des plus importantes de cette région tranquille du causse. Elle est située à la limite des trois communes de Gramat, Issendolus et Reillhac et distante de chacune d’elles de 5 kilomètres environ. Les bâtiments qui la composent sont à la dimension de l’exploitation : grange destinée aux bovins, moutons et chevaux, le dessus étant accessible par une large terrasse protégeant une citerne, sert à engranger paille, foin et fourrage pour l’année. La maison des métayers est indépendante et relativement confortable pour l’époque. Dans un parc clôturé, cachée par quelques grands arbres, se trouve la maison de maître. D’autres dépendances complètent la ferme : étable, porcherie, fournil, poulailler et divers abris pour le matériel.

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Le site de Gabaudet aujourd’hui. En jaune, les bâtiments existants au 8 juin 1944. (D’après le plan figurant sur le panneau d’information.

La famille Joutet l’exploite comme métayers depuis 1920. Jean-Pierre Joutet décédé le 7 avril 1944, son épouse Philomène, 56 ans, assure la continuité de l’exploitation avec l’aide de ses enfants et d’un ouvrier agricole. Philomène a 8 enfants : 5 filles et 3 garçons. Marthe, l’ainée a 33 ans et est marié avec Antoine Joyeux de Reillhac, village tout proche. Les autres sont célibataires : Louis, 32 ans ; André, 30 ans ; Antonin, 26 ans ; Yvonne, 22 ans ; Paulette, 21 ans ; Hélène, 19 ans et Denise, 17 ans.

Ce 8 juin, Philomène, Louis, Yvonne et Denise sont présents à la ferme, en compagnie de Guy, fils d’Yvonne qui a 2 ans, de l’ouvrier agricole Jean Labarière et d’un couple de cousins venus de Toulouse leur rendre visite, Émile et Maria Lacan. Paulette et Hélène sont à Gramat. Quant à André, il est parti pour l’après-midi et Antonin, agent SNCF, est allé à la gare de Gramat afin de consulter les horaires des prochains trains.

Malgré la présence d’une centaine de maquisards installés dans la ferme depuis une quinzaine de jours, le travail des champs bat son plein en ce mois de juin ensoleillé, saison où les travaux y sont importants.

Depuis fin mai environ, de plus en plus de maquisards se présentaient à la ferme, instituée en camp par les F.T.P. du Lot. Gabaudet était aussi un lieu de rassemblement de tous les jeunes gens de la région qui passait au maquis. C’est là qu’ils y étaient recensés. Le choix de ce lieu a été déterminé par son isolement, loin de toute voie importante de communication, d’accès difficile par les chemins, dans un secteur qualifié de calme. Un endroit parfait pour s’organiser et préparer une offensive.

En effet, les allemands sont partout, omniprésents, et traquent sans relâche les maquisards, l’oppression ennemie devenant de plus en plus pesante. Quant à la police Vichyssoise soumise à l’occupant, elle fouine, traque, recherche. Sans parler de la Gestapo. De plus, la proximité annoncée du jour J, rend chacun très fébrile.

La ferme, de par sa capacité, se prête à l’accueil de tous ces hommes : granges pour le repos, dépendances pour le stockage des vivres et du matériel sensible. Le chef de détachement, ainsi que quelques uns de ses adjoints, utilisent quelques pièces de la maison de maitre. A côté du four, une cuve à vin, est installée afin de pourvoir au moral des hommes.

En juin 44, l’ensemble des forces de la Résistance regroupe près de 3.000 hommes, appartenant en majorité aux F.T.P., puis aux Groupes Vény, enfin à l’O.R.A. et à quelques maquis M.U.R.[ -A.S. qui s’étaient reconstitués dans la région de Figeac en mars 44.

Dès l’annonce du débarquement allié en Normandie, et simultanément aux appels lancés par Vichy et le Général de Gaulle, les fonctionnaires de gendarmerie se mettent en rapport avec la résistance locale, se rallient à elle, amenant leurs armes : révolvers, fusils, MAS 36 et quelques armes  automatiques. Dès le 7 juin, plus de 200 hommes, dont beaucoup de gendarmes, mais également des civils, convergent de tous les coins du département et même de l’Aveyron, vers Gabaudet, venant ainsi se joindre au groupe déjà en place. Ces arrivées massives qui se succèdent renforcent considérablement les moyens en homme, mais dépassent les prévisions et prennent ainsi de court les responsables chargés de coordonner.

Au fur et à mesure que l’effectif augmente, arrivent aussi des véhicules : jeep, side-cars, motos, véhicules militaires. C’est le 7 juin et le matin du 8 qu’hommes et véhicules arrivent massivement. Les gendarmes sont les plus nombreux. Le parc de véhicules s’est enrichi de voitures particulières dont quelques tractions ; les hommes sont entre 300 et 400.

L’organisation de ce camp de fortune, n’est pas encore bien établie : hommes et véhicules vont et viennent, et sur ces chemins de campagne non goudronnés, soulèvent des nuages de poussière, visibles de loin.

Gabaudet, rattaché au poste de commandement F.T.P. cantonné à  Escazal, à la ferme Lafon, près d’Espédaillac, est placé sous la protection des maquis (France) et (Gabriel Péri). Malheureusement, cette protection se trouva réduite les 7 et 8, une partie de l’effectif étant envoyé en renfort vers Bretenoux où une compagnie de l’Armée secrète de Corrèze se trouvait en difficulté lors de l’attaque d’une autre colonne allemande remontant vers la Normandie.

Le commandement essaye d’organiser : on alterne pour cela, réunions et conférences. Cependant, une telle concentration d’hommes et de véhicules ne peut passer inaperçue, surtout en cette période. La surveillance du camp, tant éloignée que rapprochée est surement négligée ; le pays tout entier étant en effervescence depuis la réussite du débarquement allié. Les gendarmes, quant à eux, essayent d’inculquer aux jeunes maquisards, les rudiments nécessaires au maniement des armes, ainsi que quelque instruction au tir. Des groupes sont néanmoins constitués, des effets militaires distribués, mais il n’y avait pas assez d’armes pour tout le monde.

Vers 17 heures, un Piper noir, venu de l’ouest, vint tourner à deux reprises au dessus de Donnadieu et de la ferme, puis continua son vol vers Issendolus.

Dans la journée une colonne allemande de la division Das Reich, arrivant de Montauban, via Figeac, où elle était stationnée depuis la veille, s’ébranla vers Saint-Céré et en début d’après-midi, un détachement, pris, depuis Le Bourg, la direction de Gabaudet, via Issendolus. Après un arrêt à Issendolus, la colonne reprend sa route ; cent mètres plus loin Antoine Gauthier, 83 ans, cherchait des nids de poules dans une haie ; l’apercevant, les soldats allemands tirent trois coups de mitraillette dans sa direction ; le malheureux tombe : il sera la première victime de ce massacre. Quelques minutes avant, les allemands venaient de dévaliser l’hôtel propriété de sa belle-fille.

Louis Joutet, son cousin Emile Lacan et l’ouvrier agricole Jean Labarière, sont entrain de faner dans le Grand pré  non loin de la ferme, quand tout à coup, vers 18 h 30, leur attention est attirée par de puissants bruits de moteur. Non loin, apparaît une jeep allemande, dont les occupants ouvrent le feu. Ils détalent aussitôt, leur connaissance du terrain leur permettant de s’enfuir et de se mettre à l’abri dans les sous-bois, avant de pouvoir regagner le petit village de Scelles, où ils furent recueillis par une famille.

Ce détachement appartenant au S.S Panzer Régiment II de la division Das Reich, arrivait de Figeac, probablement bien renseigné et guidé par l’avion mouchard. Il se scinde en trois, à 800 mètres de la ferme, lui permettant ainsi de l’encercler : ainsi, chars et voitures blindées convergent vers celle-ci  au même moment et sur les trois chemins qui la desservent.

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Carte de marche de la division SS Das Reich

Partie de Montauban, forte de 150.000 hommes, la division Das Reich a reçu l’ordre, en cas de débarquement, de se diriger vers le front de Normandie où elle était attendue en renfort, tout en anéantissant, sur son passage toute velléité de résistance. Pour atteindre ses objectifs, la division s’était scindée en plusieurs colonnes, dont celle-ci qui devait emprunter l’axe Montauban-Tulle, via Figeac. Elle devait donc progresser vers Tulle, via Figeac, Le Bourg, Lacapelle-Marival, Aynac, Saint-Céré où était prévu un regroupement.

Cet itinéraire ne devait pas menacer la région de Gramat, si toutefois, un adjudant de gendarmerie collaborationniste qui rentrait en permission sur Gramat, n’avait prévenu les responsables allemands de ce rassemblement à Gabaudet. Le repérage de l’avion mouchard  fit surement le reste.

Ce gendarme, adjudant chef à la gendarmerie de Gramat avait renseigné exactement les allemands sur la position de la ferme et sur son rôle du moment. A la suite de plusieurs affaires de collaboration et malgré l’intervention de ses amis, il fut muté à Castelsarrasin, mais sa femme (dont deux de ses frères étaient officiers dans l’armée allemande) et ses deux enfants sont restés à Gramat. Il fut arrêté fortuitement le 8 au soir par le maquis de l’Alzou (O.R.A.) avec toute sa famille, ceci bien avant l’intervention ennemie à Gabaudet.

La surprise est totale : les rafales crépitent, les ballent sifflent et s’écrasent contre les murs ; une véritable  panique s’empare des occupants du camp. C’est la débandade : certains courent sous le couvert des bâtiments, d’autres rampent vers les buissons du causse ; quant aux responsables ils essayent de sauver les documents.

Les allemands sont venus en formation puissante ; le détachement fort de trois chars et de seize chenillettes déclenche un feu nourri de mitrailleuses et de mortiers. Après un mitraillage sans merci, les chars entrent dans la cour, suivis des fantassins qui fouillent systématiquement granges, étables, habitations, mitraillent à bout portant ceux qui tentent de sortir. Les chars, les mitrailleuses tirent sans arrêt dans un encerclement brutal et total, les soldats allemands, arme à la hanche, complétant ce barrage de feu. Des bêtes et des hommes sont tués ou blessés ; le déluge de feu se poursuit sous les cris des uns, les râles atroces et les gémissements des autres. Dans la cour, quelques gendarmes résistent, mais leur geste reste dérisoire face aux armes automatiques, aux grenades, et ils sont mitraillés à bout portant. D’autres Waffen-S.S. achèvent lentement à la baïonnette des maquisards blessés. Puis les tirs de canon viennent détruire les bâtiments : l’incendie provoqué par les obus incendiaires ravage la ferme au milieu des ordres, des cris, des crépitements, du cliquetis des armes et des chenillettes.

Vers 22 heures, les chars se retirent ; seules les plaintes désespérées d’hommes et d’animaux troublent encore le crépitement des flammes.

Eloi Rossignol, de Reillhac, est très attaché à la famille Joutet. Dès les premiers coups de feu, il se précipite dans la maison, se saisit de l’enfant et engage les quatre femmes (Philomène, Maria, Yvonne et Denise) à le suivre. Connaissant très bien le terrain, il possède déjà son plan pour la fuite. Traversant la cour, il longe les étables et le fournil, puis plonge dans le Champ de la Font en utilisant haies et murets pour se cacher et se diriger vers les sous-bois en direction de Reillhac afin de s’y cacher. Cependant les chars allemands se rapprochent d’eux et ils se cachent derrière un mur suffisamment haut, tout en gardant la main sur la bouche de l’enfant pour l’empêcher de crier. A ce moment, Denise se rend compte que sa mère et sa cousine n’ont pas suivi ; Eloi tente bien de l’en empêcher, mais Denise repart en courant au milieu du champ de blé, revenant vers la ferme à la rencontre de Philomène et de Maria. Quand les S.S. l’aperçoivent, ils la mitraillent sans hésitation.

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Philomène et Maria sont restées prostrées contre un mur de la ferme durant toute la tragédie. A la fin des combats, elles furent chargées debout sur un camion débâché avec les 71 autres résistants faits prisonniers, dont plusieurs finiront en déportation. Certains furent même attachés à l’avant des chars comme otages, afin de décourager les éventuelles attaques des maquis. Le convoi s’ébranle vers Gramat, laissant Gabaudet et Donnadieu à la proie des flammes. Le détachement allemand arrivera à Saint-Céré vers 23 heures, avant de partir pour Tulle le lendemain.

A Tulle, c’est l’heure des pendaisons ordonnées par les Allemands suite à la tentative de libération de la ville par les F.T.P. J.-J. Chapou, Capitaine Philippe dans le Lot, est maintenant chef régional des F.T.P. de Corrèze, sous le nom de Kléber. Avec ses maquisards il décide d’attaquer le 7 juin à l’aube la garnison de Tulle, dont on avait peut-être sous évalué l’effectif. L’objectif était de prendre et de garder la ville. Les premières heures furent pour tous ces maquisards descendus des collines au-dessus de la ville, une terrible leçon de guérilla urbaine alors qu’allemands et miliciens bien mieux armés étaient à l’abri des bâtiments. En fin de matinée, après négociations, la garnison de Gardes Mobiles et de la Milice, retranchée dans la caserne du Champ-de-Mars, quittait la ville avec l’accord des partisans et prenaient la direction de Limoges, drapeau blanc aux camions.

Une sortie des allemands s’effectua dans le bas de la ville en face de la gare : 18 gardes-voies sont assassinés à bout portant.  Si dans l’après-midi les maquisards occupaient presque toute la ville les allemands tenaient encore l’École Normale au nord, la Manufacture d’armes et l’école de Souillac au sud. Les combats reprennent le 8 au matin, particulièrement contre les assiégés de l’École normale de filles. Vers 16 heures, des groupes de soldats tentent une sortie. Plus de cinquante hommes tombent sous les tirs des F.T.P. et soixante autres se rendent, dont dix sont exécutés, comme membres de la Gestapo, coupables de tortures et d’exactions. Ces exécutions furent jugées responsables des représailles qui d’ensuivirent. Il y eut 139 allemands tués par les F.T.P. Ceux-ci  établissent leur quartier général dans la caserne du Champ-de-Mars et le drapeau tricolore flotte sur la ville : durant plus d’une demi-journée la ville est libérée.

Le 8 juin au soir, un groupe de reconnaissance de la division S.S. du major Heinrich Wulf arrive sur Tulle ayant reçu instruction de régler le problème. Les F.T.P., en accord avec les ordres généraux qui étaient d’éviter une bataille rangée avec des forces lourdement armées, se retirent, sans que les S.S., qui occupent maintenant la ville, ne cherchent pas à les poursuivre.

Le lendemain, dès six heures, les troupes allemandes raflent les « hommes valides » (entre 16 et 60 ans) et perquisitionnent les habitations à la recherche d’armes et de matériel de guerre. Environ 3.000 hommes de tous âges, sont ainsi rassemblés dans la Manufacture d’armes. Les procédures policières habituelles (contrôle des documents d’identité, interrogatoire de chaque individu) furent mises en œuvre dans une certaine précipitation par Walter Schmald du S.D. de Tulle, en présence du maire, le Colonel Bounty selon la clause n° 10 du traité d’Armistice. Elles résultèrent en la désignation arbitraire de 120 suspects aux yeux des Allemands de participation à la Résistance. Ces 120 hommes devaient être pendus. Tous les prisonniers, y compris ceux encore détenus dans la Manufacture furent amenés afin d’assister aux exécutions.

Finalement, la procédure de pendaison aux balcons et réverbères du centre ville s’arrêta à 19 heures, au chiffre de 99. Les victimes, tous des hommes, avaient de 17 à 42 ans.

Des prisonniers encore maintenus en détention, les Allemands effectuèrent un second tri, assistés de Miliciens, qui en retint 149 destinés à la déportation au titre de « complicité avec les francs-tireurs ». Seuls 48 en reviendront vivants. 

D’autres prisonniers furent – à leur grande surprise -  relâchées après d’âpres discussions avec les autorités Allemandes. Philomène Joutet et Maria Lacan furent ainsi libérés et ont pu regagner Gramat à pied, où elles arrivèrent le 14.

Le 10 juin au matin, Otto Dickmann commandant du 1er bataillon, choisissait la 3e compagnie commandée par Heinz Barth pour l’expédition qui venait d’être autorisée contre Oradour-sur-Glane où les hommes  de la division Das Reich massacreront la population et détruiront le village (642 victimes dont 247 enfants, furent fusillés ou brûlés vifs).

Louis, Jean et Émile devront attendre tout en guettant, angoissés, en direction de Gabaudet, seulement distant de quatre kilomètres. Vers onze heures ou minuit, le calme semble revenu. Avant le lever du jour, sans avoir dormis, ils partent vers la ferme à travers bois.

Arrivés à proximité, ils commencent à rencontrer des bêtes en liberté ; un soldat allemand avait libéré le bétail avant d’incendier les bâtiments.

Avançant encore au hasard, ils découvrent à la lumière de la pâleur du jour qui se lève, la cour de la ferme : des ruines encore fumantes, des corps humains et d’animaux à demi-calcinés gisent sur le sol, laissant dégager une odeur acre et insoutenable. Dépassant les ruines, enjambant des morts, et encore des morts, arrivés au milieu du champ de la Font, ils découvrent le corps de Denise, 17 ans, criblé de balles, face contre terre.

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Le puits toujours existant : il était le point d’eau potable de la ferme. Contre la margelle de celui-ci, un corps mutilé devait-être découvert.

En cette fin d’après midi, Antonin Joutet rentre en vélo, depuis la gare de Gramat où il était allé se renseigner sur les horaires des trains, car, employé à la SNCF, il devait rejoindre Capdenac-Gare, le lendemain matin, et le trafic ferroviaire était très irrégulier et même parfois inexistant.

S’arrêtant pour bavarder avec Emmanuel Alvez, qui allait couper du bois près de Donnadieu, ils furent surpris par l’arrivée de jeeps qui débouchaient d’un chemin de terre. Le temps de réaliser que ces véhicules étaient allemands, les soldats les fouillent pour vérifier s’ils n’avaient pas d’arme et les font monter dans leurs véhicules, sans ménagement, à coups de crosse.

Mais après une rencontre inopinée, à hauteur du Calvaire, avec un side-car de Résistants qui rentrait de Bedes, une fusillade éclate ; les deux résistants réussissent tant bien que mal à s’enfuir, Emmanuel Alvez également, profitant de la confusion. La colère des allemands est grande, furieux de leur échec, ayant laissés s’enfuir trois résistants ; arrivant au Calvaire, ils crient, tirent à bout portant sur Antonin avant de poursuivre leur chemin vers Gabaudet.

A Donnadieu, tout le hameau n’est que ruines et brasiers, à l’exception de deux granges. Trois familles y vivaient. La plupart du cheptel a péri dans les bâtiments fermés. Jacques Thamié, 60 ans, qui n’avait pas voulu s’enfuir à l’approche de la colonne allemande, est retrouvé mort contre le mur de la grange. Malgré la défense qui lui en était faite, il voulait absolument libérer les animaux avant l’incendie de sa grange.

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La stèle inaugurée en 1945. On voit encore les ruines de la ferme. (Photo figurant sur le panneau d’informations)

Dès les premières lueurs du matin, beaucoup d’hommes et de femmes prennent le chemin de Gabaudet : durant toute la nuit, ils avaient pu apercevoir l’impressionnante lueur des incendies qui ravageaient Gabaudet et Donnadieu. Vision d’apocalypse : poutres calcinées, charpentes effondrées, les murs fument encore. Plus loin des corps, encore des corps. Quelques poules se promènent et picorent les entrailles. Des cadavres broyés, déchiquetés, écrasés par les chenillettes des panzers. Un groupe de résistants, sous l’impulsion de leur chef Raymond Lacam, se joint à eux pour rassembler les 35 corps mutilés, carbonisés, à l’ombre d’un grand marronnier. Une odeur pestilentielle se dégageait encore de ces ruines fumantes.

L’inhumation d’Antonin et de Denise eut lieu le dimanche 11, au cimetière de Lunegarde, village d’où la famille Joutet était originaire.

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Stèle commémorative

Liste des victimes à Gabaudet et Donnadieu :

Volontaires FFI Baillot René, Beaumont Pierre, Bordes Marcel, Contesenne Roger, Couhot Claude, Cremoux Jean, Darnis Pierre, Depré Jean, Descole Jean-Henri, Dupui Bernard, Forestier Fernand, Galarzac, Joliton Martial, Lafon Jean-Pierre, Lascombes Roger, Maury Jean-Louis, Pack, Pierret Raymond, Plantié Lucien, Teisseyre René, Thamié Claude, Vernaujou Roland, 3 inconnus et des disparus.

Civils Joutet Denise, Joutet Antonin, Thamié Jacques, Gauthier Antoine.

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