LE TOKYO EXPRESS
L’intensification des combats pour les îles Salomon obligea les Japonais a trouver un moyen de ravitailler leurs troupes à Guadalcanal, bravant les avions américains qui avaient la maîtrise du ciel. La solution, ils la trouvèrent en utilisant des destroyers et des transports rapides faisant des allés et venus de nuit.
Début juillet 1942, les Américains étaient prêt à mettre sur pied leur première opération amphibie. Celle-ci prit une tournure urgente dès que les avions de reconnaisance signalèrent que les Japonais étaient en train de construire une piste d’atterrissage à Guadalcanal et une base aéronavale près de Tulagi. Le 7 août, les Américains débarquèrent sans se heurter à une quelconque résistance, et deux jours plus tard, il ne leur restait apparement plus qu’à nettoyer le terrain.
Un destroyer japonais coulé près de l’île de Floride, au nord du détroit Ironbottom. Les Japonais étaient devenus maîtres dans l’art des combats nocturnes, et les Américains en venaient difficilement à bout.
Mais leur déception fut amère, car les croiseurs du vice-amiral Gunichi Makawa infligèrent une sanglante défaite aux navires américains chargés de couvrir l’opération, au large des îles Savo. Cependant, cette défaite tactique se transforma en victoire stratégique, car l’ennemi ne s’acharna pas sur les bateaux de transport qui, cependant étaient pour eux une cible de choix. Malgré cela, les Américains se sentirent contraints de se retirer, par prudence, abandonnant 16 000 marines démunis. Travaillant fièvreusement dans une chaleur moite et insupportable, le génie acheva en quelques jours la piste d’atterrissage que les Japonais n’avaient pas terminée, et la baptisèrent Henderson Field ; elle devait jouer un rôle primordial dans cette guerre. Le ravitaillement commença à arriver au copte-gouttes, puis fut acheminé par de nombreux allés et venues rapides par voie maritime.
Dans la nuit du 17 au 18 août. Des transports rapides escortés de sept destroyers débarquèrent environ 1 000 soldats japonais. Leur vitesse permettait à ces bateaux de faire un aller-et-retour par nuit, et leurs activités nocturnes allaient devenir si régulières que l’on en parla bientôt comme du (Tokyo express). Pendant une semaine, l’ennemi construisit petit à petit de cette façon la force armée qui allait reprendre l’île, mais tout ce passait la nuit, car la surveillance aérienne des Américains faisait courir trop de risques en plein jour. A l’aube du 22 août, deux destroyers américains équipés de radar (et dont l’un s’était montré si peu efficace à Savo, quinze jours plus tôt) furent envoyés pour barrer la route aux Japonais. Une fois de plus, ils se laissèrent prendre par surprise et l’un des destroyers fut coulé.
Le Mutsuki que l’on voit ici, surpris à l’aube par les avions méricains de Guadalcanal était un destroyer transformé en transport pour ravitailler la garnison japonaise des îles Midway.
Le 24 août, les Japonais tentèrent de donner l’assaut. Alors que la bataille des Salomon orientales devait se dérouler avec le gros des troupes pour mobiliser l’attention des Américains, quatre destroyers commandés par le redoutable contre-amiral Raizo Tanaka, escortant des bateaux de transport, descendaient le (Slot), le long canal qui sépare les chaînes de montagneuses des îles Salomon. Les destroyers atteignirent lu objectif et neutralièrent Henderson Fiel un de leurs transports prit feu et le destroyer Mitsuki, qui n’avait pas eu le temps de renter avant le lever du jour, fut coulé. Le débarquent fut ajourné.
En s’éloignant des îles Shetland, Tanaka tombait sous le feu des bombardiers Douglas basés sur l’aérodrome de Henderson, si bien qu’il ne pouvait naviger que de nuit. C’est dans la nuit du 26 au 27 août que trois destroyers débarquèrent 350 hommes, et 130 la nuit suivante. Très confiants, ils sortirent cependant trop tôt lors du voyage suivant et se firent repérer avant que la nuit tombe. L’Asagiri fut coulé corps et bien.
A l’aube du 14 novembre, les transports japonais abordèrent à Guadalcanal.
Guadalcanal
À la mi-septembre, la situation sur l’île en était toujours au même point, aucun des deux camps nayant réussi à évincer l’autre. Le haut commandement japonais décida alors d’axer tout ses efforts sur Guadalcanal et retira du circuit du Tokyo Express les principaux destroyers pour les reformer : em mettant plus d’armes antiaériennes, en dégageant de la place pour pouvoir charger davantage le bateau, tout en ne touchant pas aux torpilles. Ce sont ces destroyers qui permirent aux Japonais d’attaquer. Mais les Américains, plus puissants que prévu, ceux-ci furent contraints de se consacrer au déplacement des troupes. Pendant ce temps, les Américains débarquèrent 4 000 marines de plus, mais au prix du porte-avions Wasp et d’un destroyer.
Les navettes nocturnes des destroyers de Tanaka, ce fameux Tokyo Expess, accomplir des miracles durant tout le mois d’octobre en amenant jusqu’à 20 000 hommes équipés sur l’île. Les avions basés sur l’aérodrome de Henderson étaient en bien mauvaise posture et des croiseurs pilonnèrent la piste d’aterrissage dans la nuit du 11 au 12 octobre. Ils se trouvèrent face à face avec une force américaine bien supérieure. Dans ce que l’on devait appeler la bataille du cap de Bonne-Espérance, les Américains barrèrent le (T) aux Japonais et leur coulèrent un croiseur et un destroyer. A peine le jour s’était-il levé que leurs avions envoyèrent encore par le fond deux autres destroyers du Tokyo Express.
Au large de Guadalcanal, un convoi de transport japonais repéré par un Boeing B-17. Les bombardiers atteignirent rarement leur cible, et, même dans le cas, les chalands de débarquement arrivaient toujours à prendre la fuite.
Parce qu’ils voulaient absolument neutraliser la base de Henderson, les Japonais la bombardèrent à deux reprises dans la journée du 13 octobre, empêchant ainsi les Américains, par leurs tirs d’artillerie, de réparer les pistes d’atterrissage endommagées ; puis la nuit venu, ils intervinrent avec deux croiseurs. Ils pilonnèrent lourdement l’aéroport pendant une heure et demie. Les Américains perdirent leurs avions d’attaque et quarante-huit autres appareils. Les bombardements se poursuivirent dans la nuit du lendemain. Parallèlement, les Japoais renfloèrent le Tokyo Express avec de nombreux bateaux de transport supplémentaires, comptant sur le fait que la défense affaiblie de Henderson allait leur permettre de se montrer en plein jour. Réunissant toutes leurs forces, les Américains coûlèrent trois transports et obligèrent Tanaka à se replier. Mais celui-ci récidiva dans la nuit du 15 au 16 octobre avec ses croiseurs et pilona la base américaine.
Tandis que des destroyers et des croiseurs tout à la fois arrosaient Henderson Field d’obus. La nuit suivante, la Navy avait repris des forces, et les cuirassés South Dakota et Washington intercetèrent les japonais. Il ne fallut pas plus de sept minutes au Washington pour pulvériser de ces canons de 16 le cuirassé Kirishima. A la suite de cet épisode, les japonais abandonnèrent les bombardements, laissant les destroyers de Tanaka s’en sortir comme ils pouvaient.
Exténués et las de cette bataille, les Américains s’efforcèrent de repousser les Japonais qui, du 22 au 26 octobre, essayaient par tous les moyens de passer à l’assaut final. Ils manquèrent leur but de peu. Les destroyers de Tanaka essuyèrent des tirs d’artillerie qui leur causèent de lourdes pertes, car Tanaka avait considéré que le piètre état de la défense américaine à Henderson lui permettrait d’attaquer de jour. En cela, il fit une grave erreur.
Début novembre, Tanaka aborda soixante-cinq fois l’île de Guadalcanal en dix jours seulement, et constata avec satisfaction qu’il avait débarqué plus d’hommes que les Américains pour une perte de trois destroyer. Le 12 novembre, les Japonais accostèrent avec 11 000 hommes à bord. Une flotte, dans laquelle on pouvait compter deux cuirassés, couvraut l’opération. Les services de renseignement américains avait fait leur travaille ; Par conséquent, tout était prévu et il n’y eut pas de surprise. Mais le 13 novembre, la bataille dégénéra en mêlée générale, qui coûta quatre destroyers et deux croiseurs aux Américains, contre seulement un cuirassé et deux destroyers aux Japonais. Sans se laisser décourager, ces derniers revinrent à la charge les nuits suivantes, balayant de nouveau l’aérodrome de leur feu pendant trente-sept minutes. A l’aube, un avion qui allait décollé de la base de Henderson surpris les coupable et coula un croiseur. Mais pendant ce temps, puisque l’attention des Américains était détournée, le Tokyo Express en profita pour faire au moins dix navettes. Six eurent à affronter des attaques aériennes acharnées, tandisque les autres arbordèrent pour décharger.
Une flottille japonaise se dirige vers Guadalcanal, qu’elle ravitaille de nuit en espérant bien échapper aux avions américains au lever du jour. Sortir trop tôt était aussi dangereux que de se faire prendre au petit matin. L’Asagiri en fit la cruelle expérience.
Les combats s’engagèrent et le croiseur Kirishima, écrasé par le feu du cuirassé Washington, ainsi que trois autres destroyers, deux américains et un japonais coulèrent, rejoignant ainsi les autres bateaux qui tapissaient le fond du détroit que l’on appelait déjà Ironbottom Sound (le détroit au fond de fer).
Les Américains dépassaient maintenant leur ennemi, avec 40 000 hommes, les Japonais n’en comptant que 25 000. Seul Tanaka pouvait empêcher le désastre. Ses destroyers n’étaient plus bon qu’à livrer le ravitaillement dans des conteneurs en caoutchouc que l’on jetait par-dessus-bord.
La nuit du 30 novembre, huit de ses destroyers bourrés de vivres et d’hommes, se trouvèrent face à face avec cinq croiseurs et six destroyers américains qui venaient de Tassafaronga. Les Japonais, agguerris, réagirent d’instinct en les arrosants de torpilles, tandis que les Américains moins expérimentés, se firent repérer pour avoir trop compté sur les canons guidés par radar. Ils perdirent un croiseur. Quant aux Japonais, ils perdirent un destroyer, mais Takana ne se laissa pas décourager et continua à livrer son ravitillement, remportant ainsi la victoire tactique.
Au début du mois de février 1943, les Japonais se résignèrent à abandonner Guadalcanal, et les destroyers de Tanaka revinrent, mais cette fois-ci pour évacuer les troupes qu’ils avaient ravitaillées avec tant d’assiduités. Les Américains opposèrent peu de résistance à ce retrait habilement dissimulé, et, le 7 février, il ne restait plus de la présence japonaise que des épaves.
Début décembre, le rytme des navettes augmenta, regroupant jusqu’à dix destroyers à la fois, mais le 12 décembre, le Teruzuki fut coulé par une vedette lance-torpilles. Parce que les navettes étaient peu fiables et dépourvues de couverture érienne, les japonais arrêtèrent leur activité navale pendant une période de pleine lune. A partir de ce moment-là le haut commandement japonais décida finalement d’évacué l’ïle, désormais imprenable, de Guadalcanal, et, le 14 janvier 1943, il ordonna à 6 00 hommes des corps d’élite de couvrir le retrait en assurant les arrières. L’évacuation, c’est à peine croyable, ne rencontra aucune résistance. En trois voyages, début février avec un croiseur et deux destroyers, Tanaka rapatria ses soldats jusq’au dernier.
Guadalcanal avait coûté aux Américains 1 600 hommes de troupe, mais encore plus de marines, et 23 000 hommes aux Japonais. Chaque camp a erdu vingt-quatre destrouyers ou utres navires.
La chute d’Iwo-Jima
La prise d’Iwo Jima permit aux Américains d’atteindre deux objectifs : d’abord, ce fait d’arme permit à leur force aérienne d’accorder des escortes de chasseurs aux B-29 ; ensuite, la chute de l’île faisait entrevoir aux dirigeants japonais que les jours de leur empire étaient comptés.
Iwo Jima, l’île défendue par un labyrinthe de tunnels, de caves et de fortins souterrains que, jusqu’au dernier homme, les Japonais défendront. Une équipe de démolition américaine fait sauter la superstructure d’un souterrain recouvrant trois étages de fortifications creusées dans le sol ; les défenseurs survivant seront enterrés.
A la fin de 1944, les commandants américains du théâtre du Pacifique se rendirent compte qu’une attaque de grande envergure contre l’île japonaise d’Iwo Jima se révélait d’une impériewuse nécessité.
L’importance stratégique de l’île
Malheureusement pour les Américains, le haut commandement japonais était grandement conscient de ces réalités stratégiques et avait réfléchi à la nécessité d’interdire tout accès d’Iwo Jima aux troupes américaines. Un officier d’état-major avait même suggéré l’élaboration d’un projet visant à couler l’île dans l’océan (ou du moins la moitié qui contenait l’aérodrome principal), arguant du fait que l’aviation et la marine japonaises avaient subi des pertes significatives, ce qui rendait aléatoire une défense efficace. Le projet n’était pas si loufoque puisque, après tout, Iwo Jima n’est longue de de 8 km et large de 4 km, et que son point culminant (le sommet du mont Suribachi) ne culmine qu’à 168 m.
Les forces américaines savaient ce qui les attendait à Iwo Jima. C’est pourquoi les bombardements de saturation commencèrent dès novembre, alors que le débarquement n’était pas prévu avant février. Les bombardements par l’artillerie de marine ainsi que par l’aviation s’intensifièrent dans les jours précédents l’assaut.
Cette suggestion ne fut toutefois pas retenue mais, en juin 1944, un général très en vue Kuribayashi, fut envoyé dans l’île pour en organiser la défense. On lui fit nettement comprendre que, en cas d’échec, il ne devait pas s’attendre à revoir sa famille et sa patrie. Les 14 000 vétérans qui le rejoignirent à Iwo Jima au cours des mois suivants reçurent la même directive. Mais comme ces soldats disposaient d’une artillerie lourde et moyenne, de batteries antiaériennes, de mitrailleuses lourdes et légères, de mortiers et de chars, avec des munitions en abondance, leur moral ne fut en rien influencé par la perspective de vaincre ou de mourir sur place.
Des Bunkers et des tunnels
C’est avec une volonté d’acier que ces hommes se mirent au travail, ils enterrèrent leur artillerie profondément dans le sol et construisirent des lignes de défense succèssives sur toute la largeur de l’ïle. Ils relièrent aussi la plupart de leurs points d’appui par des souterrains, travail qui fut facilité par la configuration géographique d’Iwo Jima, faite de roches volcaniques légères, facile à creuser et demeurant solides quelque soit la profondeur des galeries. En mars 1945, environ 4,800 km de souterrains parcouraient la moitié septentrionale de l’ïle.
Les chenillés amphibies de débarquement, manœuvrés par des équipages appartenant à l’US Coastguard, amènent la 4e division des marines sur la plage d’Iwo Jima. Les Japonais avaient décidé de ne pas riposter au cours des premières phases de débarquement ; Ils opposèrent ensuite une résistance farouche.
Pour les défenseurs, ce fut bien utile car, en vue de ramolir cette défense avant le débarquement, l’US Navy et l’US Air Force procédèrent à un bombardement massif de l’ïle. C’est la marine US qui déclancha la bataille en pilonnant les positions japonaises dès novembre 1944 avec le feu de six destroyers et de quatre croiseurs lourds. Ceux-ci crachèrent leurs obus pendant toute une matinée. L’opération fut répétée à intervalles réguliers jusqu’en février. Le 8 décembre, des Consolidated B-24 et des North American B-25 commencèrent un bombardement intensif qui dura soixante- douze jours. Le point culminant de cette action eut lieu le 19 février avec l’attaque de cent vingt appareils, venus des porte-avions qui lâchèrent des bombes au napalm sur les terrains situés juste au-delà des plages de débarquement prévues. Après ce déluge de feu, le bombardement se limita au tir de barrage.
Quatre cent cinquante bâtiments de la Ve flotte US mouillaient au large de l’île à l’aube du 19 février. Autour d’eux et entre eux, grouillaient quatre cent quatre-vingt-deux péniches de débarquement, de tous les modèles imaginables, transportant les soldats de huit bataillons de marines. A 9 h 02 mn, la première vague toucha les plages d’Iwo Jima. A gauche, il y avait les compagnies de la 5e Division des marines. A droite, celles de la 4e Division.
La bataille pour Iwo Jima a été la plus sanglante que le corps des marines ait jamais dû livrer. Le paysage lunaire de cette île volcanique était truffé de grottes que les Japonais avaient renforcées et reliées à leurs fortins et fortifications par un réseau de souterrains. Depuis ce labyrinthe, la garnison nippone de 21 500 hommes commandés par le général Kuribayashi se battit avec courage et détermination. Cest avec difficulté que les marines avançaient vers l’intérieur, attaquant chaque fortin au lance-flammes.
Une résistance acharnée
Pendant les vingt premières minutes, il sembla que la marine et l’aviation avaient fait tout le travail des marines. Ceux-ci ne rencontraient qu’une résistance sporadique et clairsemée, en apparence totalement désorganisée. Mais quand les marines firent mouvement vers une petite crète de dune, il se déclencha contre eux un tir serré de mitailleuses et de mortiers, provenant de postes bien camouflés. Une pluie mortelle de balles et d’obus balaya systématiquement la bande de terrain longue de 1,600 km. L’opération la plus coûteuse que connut le corps de marines venait de commencer.
Pendant quelques secondes, le choc soudain de ce déluge de feu déclanché par les Japonais cloua les marines au sol. Les réflexes acquis lors de l’entraînement, couplés à la réaction nécessaire face à une telle situation, galvanisèrent les Américains qui reprirent l’action. Ils ne pouvaient en aucun cas survivre en restant sur place. Ils ne pouvaient pas reculer non plus, car malgré le tir qui frappait dru la plage derrière eux, les péniches s’avançaient toujours, débarquant des compagnies de soutien qui s’accrochaient aux têtes de pont.
Des hommes de la 5e division de marines somme les occupants d’une grotte de se rendre. Généralement, les défenseurs ignoraient ce type d’ultimatum. Les marines truffaient alors la grotte d’explosifs ou la remplissaient d’essence avant d’y jeter des substances incendiaires.
Les pelontons de tête foncèrent droit devant eux pour échapper à la pluie d’obus qui les talonnait ; ils arrivèrent ainsi devant les positions japonaises les plus proches. Ils en détruisirent quelques-unes, laissant les autres à leurs camarades des compagnies qui débarquaient. En moin d’une heure, ils avaient élargi leur tête de pont, large maintenant de 0,800 km. Sept bataillons au grand complet avaient débarqué avec l’essentiel de leurs équipements. Les patrouilles envoyées en avant venaient d’atteindre les abords de l’aérodrome principal et pouvaient apercevoir le second, près de la plage ouest.
Sans aucun doute, Kuribayashi avait commis une erreur fondamentale en permettant à cette première vague de marines de franchir la plage car, à la fin de la journée, 30 000 marines avec leurs armes et leur logistique avaient débarqué, avec la ferme intention de rester. Les pertes avaient été élevées (ce à quoi les Américains s’attendaient), mais la pression des troupes débarquantes et le désespoir des premiers débarqués les avaient conduits au franchissement de l’étranglement de l’ïle, ce qui isolait le mont Suribachi, avec sa garnison du gros des forces de la défense japonaise et permettait aux Américains de contrôler l’extrémité sud du principal aérodrome.
Un marine dirige le tir de saturation d’une mitrailleuse pointée sur des positions japonaises le 9 mars 1945. Le dédale de tunnels et de souterrains permettait aux Japonais de faire irruption puis de disparaître avec une rapidité incroyable. Les Nippons savaient parfaitement que tant qu’ils restaient à proximité des marines, les Américains ne pouvaient se permettre un tir de saturation qui risquerait de tuer ou de blesser leurs propres soldats.
Le mont Suribachi fut enlevé au cours des quatre journées qui suivirent. La plus célèbre photo de l’histoire américaine, montrant le drapeau étoilé hissé au sommet hissé par une section de marines sur le sommet de cette élévation, a été pris prise le 23 février. A partir de ce momment, une bataille sauvage s’engagea avec l’assaut des marines contre les lignes de défense du nord. A la baïonnette, au fusil, au lance-flammes et à la grenade, l’affrontement dura vingt et un jours. Les défenseurs japonais se battaient au départ de positions bien enterrés et leur tactique était d’attendre bien à l’abri que les marines soient à une distance de 45 m ou moins avant de se servir de leurs pièces et de trahir leur position puis de disparaître après un (spasme) violent de bataille rapprochée, de bataille qui coûtait cher.
Le regard des mille miles. La flexité du regard de ces marines revenant de la ligne de front témoigne éloquemment de la férocité des combats. La résistance des Japonais à Iwo Jima donnait aux Alliés un avant-goût de ce qui les attendait s’il leur prenait l’idée d’envahir le Japon proprement dit.
Les tunnels des Japonais
Sans cesse, les marines pénétraient dans des zones laminées en apparence par les barrages d’artillerie. Soudainement, un tir de canons les surprenait, provoqué par les défenseurs retranchés dans des positions quasi invisibles. Puis, après une demi-heure de combat acharné, ils prenaient d’assaut la position pour n’y trouver que quelques cadavres japonais et, parfois, une mitrailleuse hors d’usage. Et s’ils poursuivaient leur avance, le poste reprenait vie pour les canarder par derrière : les défenseurs étaient revenus par les tunnels.
Au dixième jour de l’opération, bon nombre de formation de marines avaient perdu la moitié de leurs effectifs. Malgré le débarquement de la 3e division de marines, toutes les forces américaines se virent bloquées dans un réseau de positions défensives au nord de l’ïle. Des ensembles de fortins souterrains leur faisaient face, ainsi que des labyrinthes de caves. Ce n’est que cent quatre-vingt-neuf jours après le débarquement que les premières patrouilles de marines purent atteindre la plage nord-est de l’île. A partir de ce moment, il fut possible de scender en portions le terrain toujours tenu par les Japonais et de les grignoter une à une jusqu’au moment ou la résistance fut totalement éliminée. La nuit de 25 au 26 mars, les derniers défenseurs hurlèrent leur ultime Banzai en chargeant les Américains. Le matin suivant, les corps de trois cents serviteurs féaux de l’empereur jonchaient le sol devant l’entrée de la dernière position qu’ils avaient héroïquement tenue.
Le mont Suribachi surplombe le paysage lunaire d’Iwo Jima que les mortiers américains pilonnent les positions nippones. La garnison a lutté presque jusqu’au dernier homme, et le corps du commandant japonais au courage et à la détermination inflexible, le général Kuribayashi, n’a jamais pu être retrouvé
A ce moment, les premiers B-29 atterrissaient sur le principal aérodrome de l’île. A la fin de mars, des escadres de P-51 les rejoignirent pour assurer leur escorte contre le Japon. Cette bataille constitua un pas décisif dans la défaite du Japon. Le corps des marines y avait perdu 6 821 tués et trois fois autant de blessés. Des 23 000 Japonais qui étaient dans l’île au moment des premiers débarquements, seul 1083 hommes furent fait prisonniers ; la plupart d’entre eux étaient grièvement blessés. Ces Japonais venaient d’écrire une nouvelle page de gloire militaire.































































